Bureaux satellites : les conservateurs ont les leurs

Le NPD n’a pas l’apanage des bureaux satellites : à en croire une nouvelle de la Presse Canadienne, le gouvernement conservateur non plus ne se prive pas pour appuyer ses ministres en tournée à travers le pays, explique Manon Cornellier.

harper-drapeau
Photo : Darryl Dyck/La Presse Canadienne

Alors que les conservateurs et les libéraux profitent de leur majorité sur le bureau de régime interne de la Chambre des communes pour mettre le NPD à l’amende pour des bureaux satellites mis sur pied dans le but d’aider ses députés québécois, le gouvernement conservateur, lui, ne se prive pas pour faire de même pour appuyer ses ministres en tournée à travers le pays.
Politique

Ces bureaux ministériels existent depuis des années, mais la Presse Canadienne nous apprenait ce matin que le budget pour le personnel politique affecté à ces bureaux régionaux — vous avez bien lu, le personnel politique, et non pas des fonctionnaires — a augmenté de 70 % entre 2009-2010 et entre 2013-2014. Il est passé de 1,6 million à 2,7 millions, et cela, durant les mêmes années où le reste du gouvernement subissait de sévères compressions budgétaires. Le nombre de bureaux a aussi augmenté, passant de 11 à 16.

Qu’il s’agisse de ministres ou de députés, il est de bonne guerre de leur offrir un appui logistique pour effectuer leur travail ministériel ou parlementaire. Il y a problème, cependant, quand les fonds publics servent à effectuer du travail partisan, ce dont les employés politiques ne se privent pas.

Les cas du NPD et du gouvernement ne sont pas identiques. Dans le premier cas, le parti a, à la suite des élections de 2011, décidé d’offrir à la fournée de nouveaux députés québécois des services communs pour mettre sur pied leurs bureaux, établir des liens avec leurs électeurs, interagir avec la presse et ainsi de suite. Pour financer l’opération, les députés ont versé une partie de leur budget parlementaire pour payer les salaires des employés embauchés pour l’occasion.

Personne n’a prouvé, jusqu’ici, que ces employés aient agi de façon partisane. Libéraux et conservateurs les soupçonnent par contre de l’avoir fait parce que le NPD a fait l’erreur de les loger dans les locaux du parti. Rien d’explicite ne l’interdisait, mais libéraux et conservateurs ont jugé que cela allait à l’encontre de l’esprit des règles existantes. Il semblerait aussi que l’administration de la Chambre ait ignoré où travaillaient ces employés parlementaires, ce que le NPD dément avec véhémence.

Les conservateurs et les libéraux n’ont jamais cru la version du NPD et ont modifié les règles le printemps dernier, ce qui fait que depuis, les employés du NPD travaillent depuis le bureau de député de Thomas Mulcair ou de leur domicile.

Ils ont aussi conclu, lors d’une réunion à huis clos du bureau de régie interne tenue cet été, que les députés néo-démocrates ayant participé à ce système devraient rembourser une somme indéterminée — une décision que le NPD promet de contester.

L’opposition n’a pas les mêmes recours pour mettre le gouvernement au pas dans le cas des bureaux ministériels. Même si leur travail consiste à appuyer les ministres dans leur travail, le fait qu’il s’agisse d’employés politiques fait en sorte que la partisannerie n’est jamais bien loin. Les annonces, tournées et événements publics sont généralement conçus de manière à servir les intérêts des conservateurs.

Un exemple ? On y associe souvent des députés du parti au pouvoir, même si l’annonce a lieu dans la circonscription d’un député de l’opposition. Ceux-ci seront toujours tenus à l’écart, comme si ce n’était pas le gouvernement du Canada qui finançait l’investissement annoncé, mais les conservateurs eux-mêmes. Ils ne sont pas les premiers à agir de la sorte, mais ils en ont fait une règle implacable.

Et ce que le budget des employés politiques montre est que l’austérité, ça ne vaut pas pour tout le monde…

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

Laisser un commentaire

Ce n’est pas pour rien que le gouvernement fédéral se nomme le « gouvernement Harper » et non le gouvernement du Canada. En effet, les conservateurs gouvernent uniquement pour leurs partisans et applique leur idéologie dans tout ce qu’ils font. La partisannerie politique ne se limite pas aux bureaux satellites mais s’applique à tout l’appareil gouvernemental alors que les fonctionnaires n’ont plus le droit de parler aux médias sans passer par la machine conservatrice qui dicte le message. Ils ont muselé les scientifiques (enfin le petit nombre qui n’a pas été congédié) et les professionnels du gouvernement car il est souvent difficile de leur dicter un message – leur réputation professionnelle pourrait en souffrir grandement.

Il est donc très clair que le gouvernement Harper est un bras du parti conservateur et ne gouverne pas pour la majorité des Canadiens mais pour le bénéfice de ce parti et qu’il va aller chercher un nouveau mandat en puisant dans les fonds publics alors que ce même gouvernement a réduit la marge de manoeuvre des autres partis en abolissant le financement public. D’ailleurs ils ont aussi augmenté le nombre de circonscriptions électorales dans les zones où ils ont les meilleures chances d’être élus – un autre geste éminemment partisan. Ce qui est étonnant dans tout ça c’est que les citoyens semblent aveugles ou complètement apathiques et laissent faire, continuant à remplir les coffres du parti conservateur à même leurs taxes et leurs impôts, sans broncher, sauf pour les quelques journalistes comme vous qui ne cessent de tenter d’ouvrir les yeux d’un public qui semble s’en ficher royalement.

« Ce qui est étonnant dans tout ça c’est que les citoyens semblent aveugles ou complètement apathiques et laissent faire, continuant à remplir les coffres du parti conservateur… ». Ce que les citoyens, ou à tout le moins, des citoyens ont compris, c’est qu’un parti politique travaille pour sa base, à vouloir plaire à tout le monde, on ne plait à personne. Quand le PQ danse avec les syndicats est-ce qu’il le fait pour l’ensemble des citoyens ou pour plaire à sa base de gauche? Le parti conservateur n’a pas inventé la politique, elle se pratique ainsi depuis la nuit des temps.