C-38 et assurance-emploi : dangereux cercle vicieux

La réforme de l’assurance-emploi aura nombre d’effets pervers, dont celui de pousser plus de gens financièrement vulnérables vers la pauvreté. Le gouvernement s’en défend, mais on se demande comment il peut en être autrement. Le témoignage d’une lectrice de La Presse, mardi, est à cet égard d’une grande éloquence (malheureusement, cette lettre destinée à Stephen Harper n’est pas en ligne, donc je ne peux vous fournir de lien). Chercheuse en sciences sociales, Isabelle Dicaire travaille d’un contrat à l’autre dans des organismes communautaires. Le salaire est modeste et une fois au chômage, avec des prestations représentant 55 % de ce salaire, elle dit arriver tout juste à survivre. Imaginez avec la réforme qui exige des prestataires fréquents qu’ils acceptent un recul salarial pouvant atteindre 30 % par rapport au salaire précédent. «Accepter un emploi à 70 % de mon salaire actuel, écrit-elle, serait très dangereux pour ma survie.» Parce qu’une fois le contrat terminé, elle devra vivre avec des prestations d’assurance-chômage représentant 55 % de ce salaire réduit (55 % de 70 %). Et devra encore être prête à accepter un salaire à nouveau réduit car rien n’a été prévu pour éviter cette spirale descendante et accélérée vers la pauvreté. J’ai posé la question au bureau de la ministre et à lire les réponses fournies par courriel, on comprend que personne n’y a pensé.

Voici l’échange intégral que j’ai eu avec le bureau de la ministre Diane Finley. Vous pourrez juger par vous-même.

Questions : A-t-on évalué l’impact financier et l’appauvrissement possible qui peuvent résulter de cette obligation [d’accepter un emploi bien moins rémunéré] puisqu’une fois le contrat terminé, la personne ne recevra ensuite en prestations que 55 % du 70 %?

Réponse : Les changements [visent à] s’assurer que les Canadiens seront toujours mieux avec un emploi au lieu de l’assurance-emploi. Mais, il faudrait d’abord savoir dans quelle catégorie se trouverait l’individu. De plus, il faudrait savoir si l’emploi en question est convenable pour l’individu. De plus, un nouveau projet pilote concernant le travail pendant une période de prestation permettra aux prestataires de l’assurance-emploi d’occuper un emploi temporaire à temps partiel et de garder une plus grande partie de leurs gains tout en touchant des prestations. Ainsi, il sera toujours plus avantageux – tant financièrement qu’en fait d’acquisition d’expérience de travail – pour un travailleur d’accepter du travail, même s’il est temporaire.

Question: Et [cette personne] peut-elle être encore obligée d’accepter un salaire réduit par rapport au salaire reçu avant de perdre son dernier emploi, ce qui voudrait dire inférieur à 70 % du salaire initial? Y a-t-il danger de spirale descendante pour ces prestataires?

Réponse: Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte, dont la situation personnelle d’un travailleur. On prendra ainsi en compte sa situation familiale et ses capacités physiques en définissant ce qui serait convenable.  Les changements au régime d’assurance-emploi visent à jumeler plus rapidement les Canadiens et Canadiennes avec les emplois disponibles dans leur localité, notamment en améliorant l’information sur le marché du travail qui est fournie aux prestataires de l’assurance-emploi, afin qu’ils puissent revenir rapidement sur le marché du travail. Avec le nouveau système d’alertes-emplois qui sera disponible au début de l’année prochaine, un plus grand nombres d’offres d’emploi sera communiqué aux prestataires, qui auront ainsi plus de possibilités de poursuivre leur carrière et de meilleures chances de retourner rapidement sur le marché du travail.

J’en conclue par ces réponses qui passent à côté des questions que les demandeurs fréquents devront être prêt à accepter une baisse de salaire à la suite de chaque demande et qu’on n’a pas évalué l’impact économique qu’auront sur ces prestataires cette descente «en escalier» et le fait de recevoir des prestations qui équivaudront à 55 % du salaire à 70 %. J’ai soumis ces conclusions au bureau de la ministre pour m’assurer que j’avais bien compris. J’attends toujours la réponse.

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Que des voeux pieux et de la pensée magique.

J’espère que je ne perdrai pas mon emploi avant le 19 octobre 2015, sinon ils finiront par me réduire à l’état de «slave with wages».