Ça marche, les attaques personnelles ? Non !

En épinglant Justin Trudeau comme un enfant gâté, Erin O’Toole a bouclé la boucle d’une campagne électorale enclenchée sur ce ton.

Christian Blais pour L'actualité

Il n’y avait rien de neuf hier quand le chef conservateur Erin O’Toole a qualifié son homologue libéral, Justin Trudeau, de « privilégié » à qui « tout est dû ». C’est exactement le même matériau qui a servi au lancement de sa campagne à la mi-août.

Rappelons-nous : à deux jours du déclenchement des élections, le Parti conservateur a diffusé un montage vidéo où le visage du premier ministre était superposé à celui d’une fillette en crise, soit le personnage de Veruca Salt dans le film pour enfants Willy Wonka and the Chocolate Factory (Willy Wonka au pays enchanté dans sa version française, mais la vidéo conservatrice n’a été diffusée qu’en anglais).

La gamine gâtée devenait donc un Justin exigeant une majorité sur-le-champ, avec éclats de colère, en se fichant de tout.

La vidéo n’a été visible que quelques jours sur Twitter, retirée pour une question de droits d’auteur. Mais ce fut suffisant pour qu’elle soit amplement critiquée, à commencer par des élus conservateurs. « Stupide », a tranché le député conservateur ontarien Scott Aitchison. Le chef de l’opposition officielle, lui, ne s’en est pas excusé. Et on a vite oublié ce montage de 37 secondes.

Mais de toute évidence, Erin O’Toole l’a gardé en tête. À ses yeux, Justin Trudeau est resté un gamin à l’enfance dorée, et il faut le lui remettre sur le nez. « Pendant que monsieur Trudeau faisait le party, moi je faisais des missions de recherche et de sauvetage dans l’armée », a-t-il dit, consacrant de longues minutes à la dénonciation du chef libéral à l’aide d’un texte rédigé à cette fin.

Quel rapport avec les enjeux de ces élections ? Aucun. Et c’est pourquoi ça tombe à plat : aucun indécis ne va changer de camp pour de la vantardise de cour d’école. Les attaques personnelles ne sont d’ailleurs pas fréquentes dans les campagnes électorales au Canada et elles sont toujours mal reçues.

L’une des pires avait été diffusée lors de la campagne fédérale de 1993. L’équipe de Kim Campbell, nouvelle cheffe du Parti conservateur, avait préparé, pour la télévision de langue anglaise, une publicité dégradante à l’égard du chef libéral Jean Chrétien.

Celui-ci était présenté la bouche tordue et une voix de femme faisait le commentaire suivant : « Je serais très gênée de voir Jean Chrétien devenir premier ministre du Canada. » Gênant, en effet ! Mme Campbell avait dû s’excuser.

Le jour du scrutin, son parti avait été balayé de la carte, ne gardant que 2 sièges alors qu’il en détenait auparavant 151 et formait le gouvernement. Cette bourde publicitaire n’explique pas en soi la défaite, mais elle a contribué à une campagne qui n’allait nulle part.

Andrew Scheer n’avait de son côté guère marqué les esprits quand, lors du débat des chefs en anglais de 2019, il avait qualifié Justin Trudeau d’« imposteur » et de « poseur », indigne de diriger le pays. Au même moment, juste au sud, le président américain Donald Trump était menacé d’une procédure de destitution et se déchaînait sans nuance (évidemment) devant ses partisans. Question dignité, on trouvait facilement pire !

Ridiculiser les prises de position de l’adversaire se fait davantage en temps d’élections. Mais encore faut-il y aller avec parcimonie, car ici, contrairement aux États-Unis, dénaturer le message du rival ne passe pas.

En 2006, les libéraux avaient ainsi dû retirer une publicité accusant Stephen Harper de vouloir transformer le Canada en État policier. Le chef conservateur avait gagné les élections.

De toute manière, les électeurs, et encore moins les électrices, n’apprécient pas ces méthodes. Et les experts estiment qu’elles contribuent à la désaffection envers la politique.

C’est pourquoi on peut se demander quelle mouche a piqué Erin O’Toole pour qu’il ravive le dénigrement de Justin Trudeau, ce que ses propres troupes lui avaient reproché il y a tout juste un mois. 

En général, c’est la panique qui fait sombrer un chef ou un parti dans de tels excès. Donc, Erin O’Toole perdrait les pédales alors que sa formation est au coude-à-coude avec les libéraux ? Non, on n’en déduira pas qu’il ne supporte pas le stress, tout fort soit-il de son expérience militaire…

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

Je n’appuie pas les conservateurs, en fait je suis candidat pour le Parti vert dans Hull-Aylmer, et je pense que vous auriez dû mentionner la manœuvre libérale d’altérer une vidéo de M. O’Toole afin de manipuler son propos au sujet du système de santé canadien. Même si Élection Canada a jugé que cela n’enfreignait pas la loi électorale, c’était répugnant comme tactique et ça nous indique que les libéraux sont prêts à tout pour se maintenir au pouvoir.

Répondre