Canada et États-Unis: deux planètes

Y a-t-il, au détour du règne libéral actuel, un Trump canadien susceptible de profiter du retour du balancier politique pour chambouler le paysage ?

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Pendant presque une décennie, bien des Canadiens ont envié Barack Obama aux Américains. Ce sentiment n’est pas complètement étranger au succès de Justin Trudeau. À l’instar d’Obama à son arrivée au pouvoir, il est rapidement devenu la coqueluche d’une partie du reste de la planète.

Dans le même esprit d’imitation, y a-t-il, au détour du règne libéral actuel, un Trump canadien susceptible de profiter, dans quatre ou huit ans, du retour du balancier politique pour chambouler le paysage ?

Rien n’est moins sûr. L’effet Trump aux États-Unis comme l’effet Trudeau au Canada reposent sur autre chose que leurs personnalités respectives. Ils sont des produits de climats politiques très différents. À tel point que, le plus souvent, les grands clivages de la politique américaine version 2016 correspondent à… de vastes consensus canadiens.

• Le mois dernier, le premier ministre Trudeau a nommé, pour la première fois de son mandat, un juge à la Cour suprême du Canada. Le Terre-Neuvien Malcolm Rowe a rejoint des collègues qui, dans la majorité des cas, ont été sélectionnés par Stephen Harper au cours de ses 10 années au pouvoir.

Pour autant, et contrairement à ce qui est le cas aux États-Unis, personne n’a suggéré que M. Trudeau tentait d’introduire un renard libéral dans le poulailler juridique conservateur que lui aurait légué son prédécesseur.

• Pendant que des candidats américains se déchiraient sur les droits des transgenres et le mariage gai, le Parti conservateur fédéral retirait la définition hétérosexuelle du mariage de son programme pour se mettre à l’heure des droits des conjoints de même sexe.


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Plus tôt cet automne, la Chambre des communes a adopté par une écrasante majorité en deuxième lecture un projet de loi pour protéger les transgenres contre la discrimination et les crimes haineux. Presque tous les aspirants à la succession de Stephen Harper ont voté pour le projet.

• Ottawa et les provinces négocient actuellement un nouveau pacte sur le financement de la santé. Tout cela se passe dans une certaine acrimonie fédérale-provinciale qui donne aux discussions l’allure d’un dialogue de sourds. Mais contrairement aux États Unis, où la réforme Obama a été une pomme de discorde, personne ne s’est présenté à la table de négociations pour pourfendre le concept d’un régime universel d’assurance maladie.

• L’annonce par le premier ministre Trudeau de l’instauration d’un prix plancher pour les émissions de gaz à effet de serre a coïncidé avec les dernières semaines de la campagne américaine. Cette initiative, unilatérale, d’Ottawa a indisposé des provinces, à commencer par la Saskatchewan. Aux Communes, l’opposition conservatrice est montée aux barricades contre ce qu’elle dénonce comme une taxe faucheuse d’emplois. Pour autant, les cinq partis fédéraux adhèrent à l’accord sur les changements climatiques négocié à Paris l’an dernier.

• Aux États-Unis, l’ALENA a été, à divers degrés, voué aux gémonies par les candidats à la présidence. La dernière fois que le libre-échange a été un enjeu électoral majeur au Canada remonte à 1993, époque où Jean Chrétien promettait de renégocier l’ALENA. Cet automne, aucune capitale provinciale ne s’est élevée contre la ratification du traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne.

• Aucun des principaux partis fédéraux au Canada ne voudrait être qualifié d’anti-immigration. La clientèle pour le genre de rhétorique en vogue chez nos voisins du Sud n’est pas au rendez-vous en nombre suffisant.

Au cours de la dernière campagne électorale, le débat sur le port du niqab et la proposition d’instaurer une ligne téléphonique pour dénoncer les pratiques culturelles soi-disant barbares ont coûté cher au Parti conservateur dans les banlieues multiculturelles, où se décide de plus en plus l’issue des scrutins fédéraux.

Au Québec, le Bloc québécois et le Parti conservateur du Canada — qui appuyaient l’idée de restreindre le port du niqab dans l’espace public — ont obtenu une plus faible proportion du vote qu’au scrutin précédent.

À tout cela, certains répliquent que le Canada n’a tout simplement pas encore réussi à se libérer des consensus échafaudés par ses élites. Peut-être. Rien n’empêche que, pendant que les Américains se désolaient de leurs choix à la présidence cet automne, une majorité de Canadiens — y compris bien des électeurs qui n’avaient pas voté pour lui — se disaient satisfaits de la première année au pouvoir de Justin Trudeau.

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« Le Maître dit : Ne crains point de rester méconnu des hommes, mais bien plutôt de les méconnaître toi-même. » — Confucius

Il est certes plus facile de s’affairer à critiquer les propos du ou de la journaliste ou à défaut ceux des internautes, que de comprendre ce qu’a écrit le ou la journaliste ou mieux encore de se comprendre soi-même….

Cependant ce qui m’interpelle et je me demande pourquoi — puisque nous sommes si différents de nos voisins -, pourquoi leurs élections et leur forme de démocratie nous passionnent tellement, puisque par évidence tout est tellement mieux et pas mal plus simple « cheu nous » ?

Peut-être que ce qui fait la différence entre « cheu nous » et « cheu zeux », c’est que « zeux » osent faire ce que nous ne sommes pas décidés à faire ici pour vrai par « cheu nous ».

— Où « t’est-ce » que je veux en venir ?

Eh bien c’est très simple : les américains ont en quelques sortes inventé ou réinventé les premiers la démocratie et à chaque élection, ils cherchent à réinventer la démocratie. Cette élection de 2016, le démontre une fois de plus.

Nous en revanche, nous vivons dans un système constitutionnel et institutionnel hérité de la colonisation. Il nous a été impossible de le changer ou même de le réformer. Même en matière de réformes les britanniques font bien mieux que nous.

Bref, nous nous contentons, estimant (peut-être avec raison) que notre système n’est pas si pire que cela. Que d’en changer… en d’autres termes : faire notre propre révolution ; ce n’est pas peut-être une très bonne idée, car à bien y regarder, il pourrait s’avérer que le remède serait bien pire que le mal. Du moins dans un premier temps.

Mais le corollaire de tout cela, c’est que plutôt que de vivre notre vie telle qu’elle est pour ce qu’elle est, nous acceptons de vivre des vies qui se déroulent en quelques sortes par procurations. Si bien que les américains sont ce que nous ne sommes pas et vice-versa. C’est, je suppose pour cette raison que nous les lorgnons.

— Si bien que la question fondamental reste toujours la même : Qu’est-ce que la liberté ? Se peut-il qu’en tant que canadiens, nous passions toute notre existence dans l’ignorance de ce qu’elle est ? Ne faudrait-il pas un jour se libérer une bonne fois pour toute du joug de la soumission pour la goûter vraiment, pour enfin jouir de la liberté telle qu’elle est.

Les américains forment encore aujourd’hui un peuple libre. Tandis que nous encore toujours pas !

Il nous faut nous libérer du joug de la soumission à qui? … au Québécois Justin Trudeau? Aux 36 ans des derniers 48 ans sous un Premier ministre Québécois? Vous êtes affligé d’une maladie, monsieur Drouginsky. Elle s’appelle la religion séparatiste. Jusqu’à maintenant, tout ce que nous avons vu c’est votre liberté d’affaiblir le Québec.

La démocratie américaine n’est pas moins bancale que celle du Canada… Par exemple, Mme Clinton a eu 200 000 votes de plus que M. Trump mais c’est ce dernier qui est président… avec moins de 50% des voix! Leur système uninominal à un tour crée aussi énormément de distortions que le nôtre. Eux aussi ont un système issu de la colonisation sauf une démocratie un tant soit peu inspirée de la démocratie iroquoise des Six nations mais à les voir agir en colonisateurs à Standing Rock il est évident qu’ils l’ont oublié! En fait, nous n’avons pas grand chose à leur envier! Surtout pas Trump!

Vous avez manqué quelques votes. Clinton a perdu avec plus de 2 000 000 de votes. Une solide démocratie…

Je ne suis pas aussi certain que ça que leur système (et le nôtre également) créée « énormément de distorsion ».

Nos deux systèmes prennent en compte deux choses: le choix des électeurs au total des votes ET celui des différentes régions du pays.

Si nos deux systèmes, qui finissent par se ressembler quelque part, ne prenaient en compte que le total des voix, il suffirait que 3 ou 4 grandes villes votent toutes pour le même candidat et celui-ci serait élu sans avoir à se présenter ailleurs et sans tenir compte des particularités des autres régions.

je crois qu’au contraire, nos 2 systèmes, quoique perfectibles, sont probablement les plus stables et les plus représentatifs au monde.

Il est maintenant très clair que NOTRE PAYS, le beau et grand Canada est très, mais alors, très différent des USA!!!

Les séparatistes québécois ont tenté depuis des lustres de nous faire croire que le Canada et les USA, c’était du pareil au même (même langue, même culture, etc…) et que le Québec serait beaucoup mieux de se séparer du Canada (et par amalgame des USA) pour mieux évoluer, etc…

Maintenant que Trump est à Washington et Trudeau à Ottawa, me demande bien quel sera leur nouveau discours…

En passant, leur Lisée, supposément un imbattable intello doté d’une intelligence supérieure doublé d’un stratège hors du commun vous a impressionné?

Pour le moment, au Canada l’ état du navire est aussi important que le luxe des cabines. Mais les Leitch, Alexander et Bernier nous invitent sur un courant qui mène ailleurs.