Ce ne sera pas la « question de l’urne »

François Legault et ses barrages, Éric Duhaime et son gazoduc, Dominique Anglade et son hydrogène. Les trois espèrent engranger des votes avec leurs projets de ressources naturelles. Mais les électeurs sont ailleurs.  

Onfokus / Getty Images / montage : L’actualité

Dans l’histoire québécoise, certaines élections se sont littéralement jouées sur la question des ressources naturelles. Pensons à celle de 1962, où la nationalisation de l’électricité — proposée par René Lévesque — a été au cœur du mandat demandé par le premier ministre de l’époque, Jean Lesage. Ou à celle de 1970, avec le développement de la Baie-James promis par Robert Bourassa, qui est par la suite devenu le plus jeune premier ministre depuis la Confédération.

Jean Charest aurait aimé que son Plan Nord soit déterminant à l’élection de 2012, mais sa gestion de la grève étudiante a braqué les projecteurs ailleurs. Il reste que les grands projets d’exploitation de nos ressources naturelles dominaient autrefois l’offre économique des partis.

Le scrutin de 2022 semble marquer une rupture. Non seulement l’exploitation des ressources naturelles ne lève pas, mais elle suscite plutôt des haussements d’épaules. Et pourtant, les projets annoncés sont costauds. François Legault parle de relancer la construction de barrages pour fournir 100 térawattheures de plus, la moitié de la capacité actuelle d’Hydro-Québec, ce qui représenterait « le plus grand chantier économique et écologique de l’histoire ». À une autre époque, la proposition serait devenue un enjeu de premier plan. En 2022, elle a quitté les conversations après une journée. Hydro-Québec n’était pas au courant, et les débats ont rapidement viré vers l’éolien et l’efficacité énergétique comme voies à privilégier.

Les libéraux de Dominique Anglade misent sur le projet ÉCO, soit la nationalisation de l’hydrogène vert, avec création d’une société d’État qui soutiendrait la production à partir de la biomasse agricole et forestière. À part les criquets, personne n’a vraiment réagi. D’accord, le PLQ avait déjà proposé l’idée en novembre dernier, et le projet semble aussi vague que le Plan Nord. Il reste que l’hydrogène représentera peut-être le quart de la demande énergétique mondiale d’ici 2050. Et si le Québec veut y participer, il devra mettre en place un vaste chantier.

Pourquoi ces propositions n’ont-elles pas retenu l’attention ? C’est peut-être parce qu’en cette ère où on tente de réduire la production de GES, la tendance est à la limitation des projets à grand impact environnemental et social. L’élan politique derrière ces propositions, souvent ambitieuses, ne suscite plus la mobilisation espérée. On se souvient plutôt des échecs des projets du Suroît, d’Énergie Est et de GNL Québec, sur fond de manifestations.

D’ailleurs, le souhait du chef conservateur, Éric Duhaime, de faire de la relance de GNL Québec la « question de l’urne » au Saguenay s’est également buté à un gros « bof ». Peut-être aussi parce que ses déclarations approximatives sur le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel ont entamé sa crédibilité.

« Si on avait commencé [le projet] quand la CAQ a été élue, si elle avait suivi sa propre promesse, aujourd’hui on pourrait aider les Allemands plutôt qu’être des partenaires passifs et les regarder être obligés de retourner au charbon avec des énergies beaucoup plus polluantes », a-t-il lancé à l’émission Cinq chefs, une élection à Radio-Canada, par rapport aux conséquences de la guerre contre l’Ukraine.

Or, rien n’est plus faux, puisque GNL Québec prévoyait une mise en service de son usine au plus tôt en 2026. Il est vrai que le gouvernement Legault se montrait enthousiaste au départ, mais pas au point d’accélérer le processus. C’est avant tout le retrait du fonds d’investissement du milliardaire américain Warren Buffett, en mars 2020, qui a miné le projet. Berkshire Hathaway devait y investir 4 des 14 milliards requis, mais il a retiré ses billes en raison du « contexte local » (lire : canadien), notamment l’acceptabilité sociale. Nous étions alors en plein blocage des voies ferroviaires dans tout le Canada par les manifestants qui soutenaient les Wet’suwet’en, nation de la Colombie-Britannique qui s’opposait à un oléoduc sur la côte Ouest.

Puis, une analyse du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) de deux ans et 2 500 mémoires, ainsi que des refus successifs de la part des gouvernements provincial et fédéral, a confirmé que le projet n’était pas viable.

« Il y a plusieurs projets qui ont été discutés depuis bien des années, mais pour lesquels il n’y a jamais eu de plan économique, de plan d’affaires qui étaient tout à fait logiques ou viables », a souligné le premier ministre Justin Trudeau lors de la visite à Montréal du chancelier allemand Olaf Scholz, le mois dernier.

Le nom de GNL Québec n’apparaît d’ailleurs pas dans le cadre financier du PCQ, où seuls de maigres revenus sont attendus de l’exploitation hypothétique du gaz de schiste, à partir de 2025. Là encore, « le volume de production mettrait du temps à être significatif — donc même si l’État percevait des revenus de redevances, ça ne voudrait pas dire qu’il y aurait un impact rapide sur les finances publiques », estime Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC.

Les électeurs ne semblent pas dupes. Éric Duhaime devra peut-être trouver une autre « question de l’urne ».

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