«Ce n’est pas la politique qui fait rêver, c’est la construction de l’avenir»

Jacques Parizeau a fait ses débuts politiques à une époque où on disait : «On se donne les moyens», là où on dit maintenant : «On vit au-dessus de nos moyens.»

Photo: André Pichette/AFP/Getty Images
Photo : André Pichette/AFP/Getty Images

Je ne sais pas ce qui a fait le plus mal, mardi : la mort de Jacques Parizeau, ou tous ces témoignages qui nous parlaient d’époques où l’on créait et rêvait encore au Québec.
Politique

Je n’aime pas être ce «jeune vieux» ridicule, nostalgique d’un temps qu’il n’a jamais connu. À ceux qui me parlent sans cesse des belles années des Beatles et des Rolling Stones, je réplique que ce sont les mêmes années que celles de Patrick Zabé.

Je suis bien conscient que durant les années de Lesage et de Lévesque, il y avait aussi des Sam Hamad et des Yves Bolduc. Les livres d’histoire ont simplement eu le bon goût de les laisser disparaître dans leur propre insignifiance.

J’en suis conscient, mais j’ai quand même le sentiment que Parizeau a fait ses débuts politiques à une époque où on disait : «On se donne les moyens», là où on dit maintenant : «On vit au-dessus de nos moyens.»

L’un est autrement plus stimulant que l’autre. Je vous laisse deviner lequel.

Même si on est d’accord avec le gouvernement actuel sur la conduite des affaires, un ministre de l’Éducation qui doit passer toutes ses entrevues à prétendre que ses coupures n’ont aucun effet sur les élèves, malgré tout ce qu’on entend, ce n’est pas la chose la plus inspirante au monde.

À part vouloir équilibrer le budget des commissions scolaires, quelle est la vision de l’éducation du gouvernement Couillard ? On ne le sait pas trop. Vous me diriez qu’il voit l’école comme un moyen d’occuper les enfants pendant que les parents travaillent que je ne serais pas si surpris.

Nationaliserait-on l’électricité, en 2015 ? J’ai plutôt l’impression qu’on instaurerait un crédit d’impôt et un «Plan 200 volts», pour créer un «environnement favorable» dans l’espoir qu’une compagnie accepte de venir nous faire l’honneur de nous vendre son énergie au prix qu’elle veut.

C’est une façon de voir les choses, mais que nous donne-t-elle comme rêve, cette façon ? Ce qui tient les gens ensemble, dans une société, ce sont les rêves, les projets. Même une simple direction générale dite clairement, c’est déjà pas mal.

Autrement, nous ne sommes qu’un ensemble de personnes qui s’adonnent à habiter sur un même territoire fiscal. C’est là une vision aussi romantique que d’ajouter des saucisses dans un «Kraft Dinner» de Saint-Valentin, et c’est à peu près aussi sain. Ça ne fait pas des enfants forts, comme on dit.

Dans sa dernière entrevue, accordée à Michel Lacombe (du moins, je souhaite que ce soit la dernière : ce serait une formidable façon de quitter la vie publique), Jacques Parizeau disait que «ce n’est pas la politique [qui fait rêver], c’est la construction de l’avenir».

Il faut faire de la politique pour construire l’avenir, mais c’est une sorte de mal nécessaire. Vous ne ferez jamais rêver qui que ce soit avec un budget équilibré. Ce qui importe, c’est où vous allez avec ce budget. C’est ce que vous rêvez de construire avec ce budget.

Or, aujourd’hui, on a l’impression d’être gouverné par le budget, plutôt que par ceux qui l’ont écrit. Des colonnes de chiffres en complet-cravate, sous les ordres de la colonne de chiffres en chef.

C’est sans doute pourquoi j’ai tant de peine à imaginer qu’on va sortir les mouchoirs du dimanche dans 30, 40 ou 50 ans, quand les politiciens actuels vont passer l’arme à gauche. «Il balançait si bien les finances, c’était beau à voir», raconteront les plus vieux aux plus jeunes.

Je suis trop jeune pour avoir vraiment connu Jacques Parizeau, le premier ministre. J’avais 14 ans en 1995. Depuis, par contre, j’ai souvent lu et écouté Jacques Parizeau, l’homme qui faisait des sorties quand il n’en pouvait plus de ne pas commenter la politique du moment.

Celui-là, je l’ai toujours beaucoup aimé. C’était un homme intelligent, qui parlait à des gens qu’il savait intelligents, et il le faisait avec cœur.

Aussi : il mettait le trouble. Ça, c’est toujours un bon moyen pour me plaire.

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Il faut tout de même éviter de tomber dans le piège déterministe d’une sorte de point omega de la modernité québécoise vers lequel Parizeau nous aurait menés, tel un Moïse dont PKP serait le Josué (pour une grande partie du peuple péquiste en transes, anyway).

Parizeau a grandement contribué à bâtir des institutions qui définissent encore, pour le meilleur et pour le pire, le Québec contemporain, mais les solutions qu’il a, avec ses collègues, choisi d’apporter n’étaient pas les seules possibles. Cela dit, le gars a le mérite d’avoir agi, et dans le sens de ses convictions et de ses principes, sauf que ce qu’il a mis sur pied était une possibilité parmi tant d’autres. Sacraliser les choix d’une poignée de technocrates des années 60 et en faire aujourd’hui des acquis à jamais inattaquables sous peine d’excommunication, c’est carrément sectaire et ça relève d’une vision fort étroite de l’évolution des sociétés.

C’est précisément cette sacralisation des réalisations de quelques « pionniers » autoproclamés qui nous bloque aujourd’hui. L’expression « Révolution tranquille » même est une arnaque de marketing politique qui bouche l’horizon vu que, dès lors qu’on donne à de grands bourgeois fonctionnaires en mal de reconnaissance populaire un statut de libérateurs, rien de ce qu’ils ont fait ne pourra plus être remis en question, ce qui transforme tout dissident en contre-révolutionnaire, et c’est parfaitement ridicule.

Est-ce que les réformes de ces «grands bourgeois fonctionnaires» ont fait avancer ou reculer la société québécoise? Si elles l’ont fait avancer, pourquoi ne pas souligner le mérite de ceux (et peut-être celles) qui les ont portées à bout de bras? Tant qu’aux autres solutions possibles, avec si, on va à Paris, avec ça, on reste là.

À la mort de Jean Charest :
il était très généreux avec les compagnies privées étrangères. Rien n’était trop beau pour celles ci. Tu veux posséder nos sous-sols et saccager nos terres sans payer de redevances ni d’impôts? Viens dans mon bureau! As tu besoin qu’on te construise des routes aux frais des contribuables avec ça?
Et il était aussi si créatif pour remplir la caisse électorale de son parti. Aucun moyen n’était écarté. Mais il était humble et ne s’en ventait pas. En fait, il était si modeste qu’il a tout fait pour éviter qu’on enquête sur ses stratagèmes.