Ce qu’il reste de la présidence Obama

Les républicains ont beau être majoritaires à la Chambre des représentants depuis 2011 (et détenir de réelles chances de ravir la majorité au Sénat aux prochaines législatives), cela ne signifie pas que Barack Obama ne peut rien espérer accomplir au cours des trois ans qu’il reste à son second mandat.

Le palmarès des réputations
Photo : Charles Dharapak/AP/La Presse Canadienne

D’une certaine façon, c’est dès le jour de sa réélection qu’un président américain se prépare à quitter la Maison-Blanche.

La Constitution américaine, amendée au milieu du XXe siècle pour limiter à deux le nombre de mandats que le président peut exercer, crée en effet une dynamique dans laquelle le président tend à perdre de son influence en fin de parcours. À cela s’ajoute, particulièrement depuis les dernières années, un intérêt frôlant parfois l’obsession de la part des médias américains pour l’élection suivante.

Ainsi, c’est en tête de sa première page que le Washington Post présentait récemment les résultats d’un sondage portant sur les prochaines primaires présidentielles américaines… qui auront lieu, dans la plupart des États, dans plus de deux ans.

Dans le cas de Barack Obama, réélu en novembre 2012, l’exercice de la fonction présidentielle n’est déjà pas simple, en raison de profondes divisions et du climat de méfiance généralisé entre son administration et les membres républicains du Congrès.

Les gains législatifs majeurs du président — son plan de relance économique et ses réformes des systèmes bancaire et de santé, par exemple — ont surtout été réalisés en 2009-2010, alors que son parti dominait les deux chambres du Congrès.

Or, les républicains sont majoritaires à la Chambre des représentants depuis 2011 et détiennent de réelles chances de ravir la majorité au Sénat aux élections législatives, prévues en novembre prochain.

Tout cela ne signifie pas pour autant que le président ne peut rien espérer accomplir au cours des trois ans qu’il reste à son second mandat. En voici trois exemples notoires.

Immigration

Un vaste projet de loi qui vise à réformer le système d’immigration aux États-Unis a été voté au Sénat l’été dernier et fait actuellement l’objet de débats passionnés au sein du caucus républicain à la Chambre.

Celle-ci n’a toutefois pas encore voté sur cette réforme, qui divise profondément les républicains. Certains estiment toutefois que le fait qu’elle divise tant les républicains représente déjà une victoire pour Obama.

En effet, si des républicains croient que la réforme pourrait aider le Parti à rebâtir son image auprès de la communauté hispanique, d’autres craignent de s’aliéner les électeurs conservateurs, hostiles à l’idée de «récompenser» des millions d’immigrants clandestins avec la promesse d’un éventuel accès à la citoyenneté américaine.

Cela dit, si un plan de réforme significatif devait émerger de la Chambre et éventuellement mener à un compromis avec le Sénat, il s’agirait d’une victoire considérable pour le président et d’un triomphe potentiel pour son parti à plus long terme.

Obama remplirait l’une de ses promesses électorales les plus importantes, signerait un premier accomplissement législatif bipartisan majeur et permettrait à son parti de récolter, d’ici quelques années, les votes de millions de citoyens nouvellement affranchis.

Même si les chances d’un passage cette année de la réforme semblent s’amenuiser, il demeure concevable qu’elle voie le jour d’ici la fin du mandat d’Obama.

Nominations judiciaires

Un deuxième dossier prioritaire pour Obama est celui des nominations judiciaires qu’il soumettra au Sénat.

L’une des responsabilités premières du président américain consiste à nommer les juges fédéraux, qui doivent par la suite recevoir l’aval du Sénat.

À la Cour suprême, Obama a déjà solidifié l’aile plus «libérale» avec les nominations de Sonia Sotomayor et Elena Kagan lors de son premier mandat, et il n’est pas inconcevable qu’il soit appelé à remplacer un(e) troisième membre du plus haut tribunal du pays d’ici la fin de son second mandat — un total inégalé depuis la présidence de Ronald Reagan dans les années 1980.

Qu’un poste s’y libère ou non d’ici 2017, la Cour suprême est loin de constituer le seul champ de bataille juridique important. En effet, avec une centaine de postes actuellement vacants au sein de cours d’appel et de districts fédéraux, ainsi qu’une refonte des règles du Sénat devant assurer un processus de nomination plus expéditif, Obama a toujours devant lui l’occasion de laisser sa marque sur l’appareil judiciaire américain.

Iran

L’un des passages les plus intéressants du discours sur l’état de l’Union d’Obama, le mois dernier, fut sans doute celui qui portait sur l’Iran.

Obama s’en est à la fois pris au régime islamiste — le qualifiant notamment d’inférieur à l’Union soviétique — et aux faucons du Congrès (incluant certains dans son propre parti), qui insistent pour que l’administration adopte une position plus ferme envers l’Iran.

Le président a fermement insisté pour qu’on lui laisse le temps nécessaire pour produire une entente solide entre les deux pays dans le dossier du nucléaire.

De la myriade de problèmes dont a hérité Barack Obama à son arrivée au pouvoir en 2009, la situation chaotique au Moyen-Orient était sans contredit l’un des plus complexes. Cinq ans plus tard, le progrès américain dans la région fait l’objet de bien des doutes.

Cela dit, si le président en venait à une entente durable avec l’Iran, il pourrait quitter ses fonctions en étant parvenu, bien qu’imparfaitement, à mettre fin aux interventions militaires américaines en Afghanistan et en Irak, et à calmer les tensions avec l’Iran (et, par conséquent, avec Israël). Ce ne serait pas rien.

En somme, bien que la paralysie et l’impasse entre les deux partis politiques risquent de continuer à caractériser Washington, D.C. au cours des trois prochaines années, Barack Obama dispose encore de plusieurs occasions pour laisser son empreinte sur la politique et la société américaines. Son vigoureux discours sur l’état de l’Union illustre à tout le moins qu’il est loin d’être prêt à remettre les clés de la Maison-Blanche à son (ou sa) successeur(e).

Rafael Jacob

Chercheur associé, Observatoire sur les États-Unis

Chaire @RDandurand @UQAM

Suivez-le : @RafJacob

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