Ce qu’on nous cache : le coût de la guerre en Irak

Le gouvernement Harper invoque de plus en plus souvent le secret du cabinet pour refuser de répondre à des questions écrites de députés et à des demandes d’accès à l’information. Dernier exemple en lice : ce qu’il en coûtera pour participer aux frappes aériennes contre le groupe armé État islamique.

ISIL hits Kirkuk
Photo : Ali Mukarrem Garip/Anadolu Agency/Getty Images

Ça recommence. Ce gouvernement fédéral, qui nous annonce ce qu’il dépensera sur une période de 50 ans pour soigner les vétérans aux prises avec des problèmes de santé mentale, refuse de nous dire ce qu’il en coûtera pour participer aux frappes aériennes contre le groupe armé État islamique.
Politique

Le ministre de la Défense, Rob Nicholson, a refusé de répondre aux questions à ce sujet lorsqu’il a comparu en comité parlementaire, la semaine dernière.

Son sous-ministre Richard Fadden a résisté à son tour quand les questions sont venues du directeur parlementaire du budget (DPB), Jean-Denis Fréchette. La raison : secrets du cabinet.

Le très discret directeur n’a pas acheté cette excuse et l’a fait savoir, rappelant le sous-ministre à ses devoirs.

Voici des extraits de sa réplique à M. Fadden :

«Comme vous le savez, les documents confidentiels du Cabinet ont pour but de favoriser des discussions franches et ouvertes sur des problèmes soumis au Cabinet en apaisant toute crainte que les positions prises par les membres puissent leur causer du tort, ce qui protège la responsabilité collective des ministres. Dans cette perspective, cette règle ne s’applique pas aux données fournies au Cabinet.

Si les données étaient présentées au Cabinet, elles feraient partie de la teneur de ce que la loi appelle un document de travail. Par conséquent, bien que les données puissent ainsi bénéficier d’une certaine protection, la décision de mener des opérations militaires a été prise, et les données ne peuvent donc plus bénéficier de la protection prévue à l’alinéa 69(3)b)(i) de la Loi sur l’accès à l’information.»

Cette mise au point est importante, car le gouvernement invoque de plus en plus souvent le secret du cabinet pour refuser de répondre à des questions écrites de députés et à des demandes d’accès à l’information.

S’il faut qu’il ait recours à ce prétexte pour mettre d’autres bâtons dans les roues du DPB, qui a déjà souvent du mal à obtenir l’information dont il a besoin, ce sont tous les parlementaires dépendant de lui qui vont en souffrir — et, par ricochet, la population.

Et quand il est question d’affaires militaires, l’expérience afghane et celle des F-35 nous ont appris à nous méfier des silences trop lourds.

Il sera par conséquent intéressant de connaître la suite de cet échange épistolaire.

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À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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