Celle qui a mis Harper en échec

Le Canada progressiste a la vie dure. Voilà en clair le message que ses compatriotes albertains ont envoyé au premier ministre Stephen Harper à l’occasion du premier anniversaire de son gouvernement fédéral majoritaire.

Chronique de Chantal Hébert : Celle qui a mis Harper en échec
Photo : J. McIntosh / PC

Cette lecture de la victoire-choc de la première ministre progressiste-conservatrice Alison Redford aux élections provinciales du 23 avril, c’est celle d’un des grands bâtisseurs de l’Alberta moderne, l’ancien premier ministre Peter Lougheed, comme le relatait le Globe and Mail au lendemain du scrutin.

Dans les annales politiques de l’Alberta, Peter Lougheed, qui a installé la dynastie conservatrice au pouvoir à Edmonton il y a 41 ans, occupe le genre de place qu’on réserve au Québec à Jean Lesage.

Selon lui, il n’y a pas à se méprendre sur le sens du résultat des élections albertaines. Si la droite pure et dure, telle que représentée par le parti Wildrose, de Danielle Smith, a fait mentir les sondages, qui lui prédisaient systématiquement une grande victoire au scrutin du mois dernier, c’est parce que les forces progressistes de l’Alberta se sont mobilisées pour lui bloquer la route du pouvoir le jour du vote.

Les chiffres donnent raison à Peter Lougheed, à commencer par le transfert de la majorité des appuis recueillis par le Parti libéral albertain au scrutin précédent aux progressistes-conservateurs d’Alison Redford. Le score libéral est passé de 26 % du vote populaire en 2003 à un peu moins de 10 % en 2012.

Forte, entre autres, de ce ralliement, la première ministre Redford a survécu haut la main à la perte de son aile droite. Le gouvernement majoritaire qu’elle a obtenu est installé sur des fondations nettement progressistes. L’hiver dernier, des commentateurs avaient décrit le budget préélectoral d’Alison Redford comme un budget « néo-démocrate ».

Parce que la bataille avait pour terrain le chef-lieu politique de Stephen Harper, parce qu’une légion de ses compagnons de la première heure dirigeaient le camp du Wildrose, parce que le gouvernement fédéral actuel est enraciné en Alberta, la victoire d’Alison Redford a eu une forte résonance dans les coulisses du pouvoir à Ottawa.

Sur le fond, le message de l’électorat albertain se résume néanmoins à une variation sur un thème récurrent depuis un an au Canada.

On l’avait déjà observé au Mani­toba et en Ontario l’automne der­nier. Dans les deux cas, des compagnons de route idéologiques de Stephen Harper, que des membres de son gouvernement appuyaient ouvertement, se sont cassé les dents sur de coriaces adversaires néo-démocrates et libéraux.

Contrairement à ce que prévoyaient bon nombre d’observateurs au lendemain du dernier vote fédéral, la droite canadienne n’a pas réussi à continuer sur la lancée de la victoire fédérale de l’équipe Harper.

S’il faut en croire les sondages sur les intentions de vote, la frange d’électeurs qui a fait pencher la balance en faveur d’un gouvernement Harper majoritaire plutôt que minoritaire l’an dernier a depuis retiré son appui au Parti conservateur.

À l’échelle pancanadienne, le NPD est le seul des principaux partis fédéraux à avoir gagné du terrain depuis un an. Les néo-démocrates ont pris du galon dans quatre des six provinces qui sont allées aux urnes au cours des 12 derniers mois et ils mènent dans les sondages en Colombie-Britannique. Au Québec, le NPD – sans Jack Layton – domine plus que jamais le paysage fédéral. Le dernier sondage CROP-La Presse chiffrait ses appuis à 51 %.

Dans la foulée de l’arrivée à la tête du parti de Thomas Mulcair, le NPD a rejoint les conservateurs dans les intentions de vote fédérales – en hausse dans toutes les régions du Canada. (Un sondage mené par Forum Research pendant la troisième semaine d’avril lui accordait même trois points d’avance sur le PCC.)

Par comparaison, même si la Tour de la Paix du parlement penche plus à droite que jamais auparavant depuis le scrutin de l’an dernier, la tendance lourde au Canada continue d’être plus centriste que celle qui anime le gouvernement fédéral actuel.

Un an plus tard, c’est à se demander qui, du NPD ou du Parti conservateur, était la vraie star d’un soir du dernier scrutin fédéral.

 

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