Changement d’ère à Ottawa

L’annonce, samedi, du nom du prochain chef conservateur mettra la table pour le grand affrontement électoral à Ottawa. Justin Trudeau devra se méfier.

montage : L’actualité

Yan Plante est vice-président à l’agence de relations publiques TACTIl est un ex-stratège conservateur ayant conseillé l’ancien premier ministre Stephen Harper lors de trois électionsComptant près de 15 ans d’expérience en politique, il a également été chef de cabinet de l’ex-ministre Denis Lebel.

Les bureaux de vote sont fermés, les jeux sont faits dans la course à la direction du Parti conservateur du Canada : l’heure est au comptage des votes, le nom du nouveau chef sera dévoilé samedi. Reste-t-il vraiment du suspense, au fait ?

Il y a deux scénarios probables. Dans l’équipe de Jean Charest, on croit encore à une victoire à l’arraché. S’il est vrai que l’ex-premier ministre du Québec a une chance mathématique, je n’ai rencontré aucun observateur de la scène politique fédérale — en dehors de son entourage — arrivant à la conclusion que quelqu’un d’autre que Pierre Poilievre l’emportera samedi. 

Mais peu importe qui gagnera, le 10 septembre marquera assurément une transition à Ottawa. L’opposition officielle aura maintenant son chef permanent, celui qui dirigera les conservateurs lors des prochaines élections. 

Et qu’est-ce que ça change ? La réponse simple : tout ! 

À la Chambre des communes, le tenant du titre, Justin Trudeau, affrontera désormais le premier aspirant à son trône. Le duel qui s’amorcera sera long, avec de bonnes et de mauvaises journées pour l’un et l’autre. Dans l’espace public, dès samedi soir, libéraux et conservateurs entreront aussi dans une course pour définir le nouveau prétendant au poste de premier ministre du Canada. 

Pendant que les conservateurs voudront présenter positivement leur chef aux électeurs qui n’ont pas porté une grande attention à la course à la direction, les libéraux feront le contraire.

En politique, il s’agit d’un moment très important : les perceptions sont difficiles à défaire une fois qu’elles se sont cristallisées. On cherche donc à imposer la première impression qu’auront les Canadiens du petit nouveau… en bien ou en mal, selon la perspective.

Si l’atterrissage de Pierre Poilievre ou de Jean Charest s’effectue correctement au sein du parti, le nouveau chef attirera assez facilement du personnel politique expérimenté et de haut niveau pour composer son entourage. Ce sera la même chose en ce qui concerne le recrutement de candidats d’envergure pour la future campagne. La tâche sera à cet égard facilitée par le fait qu’après sept ans dans l’opposition, les conservateurs commencent à croire que la prochaine fois sera la bonne. 

Au sein du gouvernement libéral, on vit un peu l’inverse. Tous les gouvernements, dont celui que j’ai servi, passent à travers le même processus. C’est-à-dire qu’au fil des mandats qui s’accumulent, une partie des meilleurs conseillers politiques ont quitté ce boulot éreintant, et ceux qui restent ou qui les ont remplacés ne sont pas toujours du même niveau… 

Ainsi, les curriculum vitæ qui arrivaient en abondance autrefois se font plus rares maintenant. C’est vrai pour le personnel politique, c’est vrai aussi pour les candidatures de prestige pour la prochaine campagne. Après sept ans au gouvernement, les libéraux se doutent que leur temps au pouvoir est peut-être compté. 

Nous entrons donc dans une phase où, en théorie, le premier ministre Trudeau aura une équipe un peu moins forte qu’avant, alors que le chef conservateur devrait être en mesure d’attirer plus de talents que ses deux prédécesseurs.  

Le gouvernement garde tout de même l’avantage des ressources en nombre, mais il fera face à une opposition revigorée qui a soif de succès. Ce contexte ne garantit en rien la victoire de l’un ou la défaite de l’autre lors d’élections. C’est cependant une réalité cyclique implacable. 

Un autre changement s’opérera autour des travaux parlementaires à Ottawa : il y aura beaucoup plus d’attention médiatique sur les affrontements Trudeau-Poilievre (ou Charest…) que ce que nous avons connu depuis 2015. 

Pierre Poilievre est l’un des députés les plus doués en période des questions. Justin Trudeau en aura plein les bottes, comme on dit.

Son arrivée me rappelle celle de Thomas Mulcair comme chef de l’opposition officielle, en 2012. Lors d’une réunion des chefs de cabinet, j’avais averti mes collègues que Stephen Harper allait avoir devant lui le chef de l’opposition le plus redoutable qu’il ait affronté. 

Cette prédiction s’est avérée rapidement, et tous les yeux des journalistes et des conseillers politiques étaient quotidiennement rivés sur le duel entre ces deux hommes. 

Mais les élections ne se gagnent pas au parlement. Justin Trudeau en est la pièce à conviction numéro 4563. Lui qui était franchement beaucoup moins performant que Thomas Mulcair dans cette arène a battu ce dernier à plate couture aux élections de 2015.

Gardons cela à l’esprit, d’ailleurs : Justin Trudeau n’est pas le plus talentueux des acteurs sur la scène formatée de la colline du Parlement, mais il demeure à ce jour un champion invaincu en campagne électorale. 

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Ce qui risque surtout de changer si Poilièvre est élu, c’est le parti conservateur qui deviendra beaucoup plus à droite ce qui pourrait bien causer des divisions à l’intérieur de ce parti.

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On va espérer que Jean Charest gagne cette course.
Quel désastre ce sera un Canada avec Polievre. Même s’il est brillant : le Canada a pas besoin d’un excite comme lui.

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En temps « normal », avec des candidats « normaux » dans la course à la direction du parti conservateur, j’abonderais dans le même sens que vous en ce qui a trait au recrutement de personnel de haut niveau pour assister le nouveau chef. Mais là, dans l’expectative d’un P. Poilievre très démagogue, ce dernier risque fort d’attirer la même sorte de gens dans son équipe. En fait je trouve votre analyse plutôt naïve pour la suite des choses si c’est Poilievre qui est couronné. Premièrement, même si nous serions dus pour un changement de gouvernement à Ottawa, avec PPoilievre à la tête des Conservateurs, cela ne risque pas d’arriver dans l’immédiat. Deuxièmement, c’est plutôt une scission presque inévitable du PC qui se profile à l’horizon.
J’espère une finalité exempte d’approche complotiste pour la suite de notre démocratie Canadienne. Donner voix au chapitre à des opinions basées sur l’IGNORANCE ferait dramatiquement reculer notre société. Le « trumpisme » n’est pas un modèle à reproduire chez nous !

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Je n’ai pas encore arrêté ma décision en vue des prochaines élections fédérales (j’ai encore bien le temps, semble-t-il), mais contrairement aux intervenants ci-dessus, je ne crois pas que l’élection de Pierre Poilièvre à la tête du Parti conservateur du Canada serait forcément désastreuse. Au contraire! D’abord, en raison du choc des idées véhiculées de part et d’autre, les débats à la Chambre des communes deviendront beaucoup plus intéressants à suivre. Ensuite, qu’on aime ça ou pas, il importe que le point de vue de l’Ouest canadien puisse être également exprimé à Ottawa.

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