Changer d’idée, moi? Jamais!

De l’abolition absolue des commissions scolaires à «si on réforme un peu, O.K. d’abord!», le nouveau ministre de l’Éducation se dit tout à fait cohérent.

Le ministre de l'Éducation du Québec, Sébastien Proulx. (Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne)
Le ministre de l’Éducation du Québec, Sébastien Proulx. (Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne)

Le ministère de l’Éducation est-il sous l’emprise du terrible Rascar Capac? C’est une vraie malédiction: ministre après ministre, les titulaires du poste sont atteints d’effroyables afflictions.

L’un se retrouve avec un pied dans la bouche permanent, son successeur oublie complètement qu’il est un intellectuel capable de réflexion, et voilà qu’avant même d’avoir pu faire quoi que ce soit, Pierre Moreau se voit diagnostiquer un potentiel cancer. Un cancer! Là, franchement, Rascar, tu exagères!

Le plus sincèrement du monde, je souhaite bonne chance à M. Moreau. Qu’il revienne vite à l’avant-scène, j’ai encore plein de blagues à faire à son sujet.

Et maintenant, qui sera la prochaine victime de la malédiction de l’Éducation? Après avoir fait brûler de la sauge pour éloigner les mauvais esprits, Philippe Couillard a choisi Sébastien Proulx.

Rascar Capac, vu ici en train de s'introduire dans le bureau de Sébastien Proulx, la nuit suivant son assermentation.
Rascar Capac, vu ici en train de s’introduire dans le bureau de Sébastien Proulx, la nuit suivant son assermentation.

Proulx est un ancien adéquiste, mais il va être très bon au PLQ. La preuve: il est déjà capable de dire que l’éducation est une «priorité» pour le gouvernement sans éclater de rire. Pas même un fou rire étouffé ou un petit soubresaut du coin de la bouche pour trahir son hilarité intérieure.

Une priorité! La prochaine chose qu’il va nous apprendre, c’est que la baisse de 60 % du financement des organismes qui luttent contre le décrochage scolaire est leur façon de réduire le nombre d’élèves par classe.

M. Proulx a cependant un défaut important pour un politicien: il a déjà parlé en public.

«[…] Nous ne sommes pas en faveur d’une réfection du modèle des commissions scolaires ou de leur administration, nous sommes pour leur abolition», a-t-il lancé en 2008. Aujourd’hui, il est responsable d’un projet de loi qui se contente d’en brasser la structure, et il se dit très à l’aise là-dedans.

La mort des commissions scolaires? Ça ne lui fait plus lever le poil sur les bras. Il en a maintenant autant envie que les gens dotés de l’ouïe ont envie du retour de Marie-Chantal Toupin.

Oh, mais peut-être a-t-il simplement changé d’idée, me direz-vous. C’est normal de changer d’idée. Souvenons-nous de cette époque où on trouvait que le linge fluo, c’était cool. Collectivement, nous avons changé d’idée, et c’est pour le mieux.

Sauf que ce n’est pas le cas ici. Sébastien Proulx insiste: il n’a pas changé d’idée. De l’abolition absolue à «si on réforme un peu, O.K. d’abord!», il se dit tout à fait cohérent.

C’est un classique chez les politiciens. Eux, changer d’idée? Allons donc! Si on a l’impression qu’ils ne disent plus comme avant, c’est parce que tout le décor s’est transformé autour d’eux. Le paysage au complet a bougé, mais eux sont restés immobiles, fixes dans leur idée.

En huit ans, Sébastien Proulx aurait pu entendre de bons arguments, il aurait pu réfléchir à son affaire et changer d’idée. Et pourquoi pas? C’est humain. Moi, par exemple, j’ai déjà pensé que c’était agréable de se lever tôt la fin de semaine. Puis, j’ai eu un bébé.

J’aurais aimé entendre le ministre expliquer que sa pensée est plus complexe que celle d’un enfant de sept ans qui a décidé que le brocoli, c’est pas bon et que rien ne peut le faire changer d’avis.

Mais non, il ne pouvait pas commencer à dire ça à la radio, parce que quelqu’un, quelque part, s’imagine que le peuple insiste pour avoir des politiciens inflexibles, qui trouvent la vérité un jour, comme on trouve l’amour de sa vie, et s’y attachent pour le reste de leur existence sans bouger d’un iota.

Ou alors, peut-être que Sébastien Proulx croit sincèrement qu’il n’a pas changé d’idée.

Il faut le comprendre. De son point de vue, c’est vrai. Avant, il parlait pour un parti qui voulait A, et maintenant il parle pour un parti qui veut B. A et B se contredisent, mais pas lui: dans les deux cas, il défendait une ligne de parti.

Au fond, il n’a peut-être aucune opinion sur les commissions scolaires. Peut-être croit-il qu’elles devraient être transformées en club de tricot, ou que les élections scolaires devraient être abolies pour laisser place à un système monarchique.

On ne le sait pas, et on ne le saura sans doute jamais, parce que Sébastien Proulx est un politicien qui fait de la politique. Et c’est bien ce dont l’éducation avait besoin: plus de politique. Maudit sois-tu, Rascar Capac!

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Et si M. Proulx réformait le mode de taxation des commissions scolaires pour que la taxe scolaire n’augmente pas plus que l’inflation, il ferait alors œuvre utile.

Pourquoi bitcher Marie-Chantal Toupin ? C’est donc ben nul et insignifiant, dans un texte sur la politique ? Fais donc je texte sur elle, si ça te préoccupe!

Si on faisait un article sur tous les politiciens qui ont changé d’idée (PKP le premier!), on pourrait écrire une encyclopédie complète…