Le droit de «Charlie Hebdo» de critiquer, et le droit de critiquer «Charlie Hebdo»

Des commentateurs insistent aujourd’hui sur le fait que Charlie et le Jyllands-Posten n’auraient pas dû être critiqués pour avoir publié les caricatures de Mahomet.

Photo: Jack Guez/AFP/Getty Images
Photo: Jack Guez/AFP/Getty Images

PolitiqueLa terreur sera donc l’un des phénomènes marquants des premières décennies des années 2000.

Si les conflits interétatiques sont beaucoup moins fréquents, les attentats et autres tueries barbares font maintenant douloureusement partie de la vie normale. Et lorsqu’on s’attaque à la liberté de presse ou au parlement, on s’attaque aux symboles les plus forts des sociétés que le philosophe Karl Popper qualifiait d’«ouvertes», à savoir celles qui sont fondées sur le choc des idées et le respect du pluralisme.

Je tiens à l’affirmer clairement: rien ne peut exonérer les coupables de cet attentat lâche et inhumain, et rien dans mon propos ne cherchera à atténuer leur responsabilité morale et criminelle. L’attentat fait des victimes qui ne méritaient absolument pas leur sort et laisse dans le deuil des proches et une nation tout entière.

L’attaque contre Charlie Hebdo nous replonge tout de même dans la décision du média français de republier des caricatures représentant le prophète Mahomet d’abord publiées en 2005 dans le Jyllands-Posten, un quotidien danois de droite.

Les caricatures ont été jugées offensantes par un grand nombre de musulmans — pour certains, en raison de leur croyance selon laquelle le prophète ne devrait jamais être représenté graphiquement ; pour d’autres, parce qu’ils jugeaient leur contenu insultant ou blasphématoire. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs pays majoritairement musulmans et des ambassades occidentales ont été attaquées. Des groupes extrémistes se sont servis des caricatures pour nourrir leur discours antioccidental primaire.

Les médias occidentaux ont alors été confrontés au dilemme suivant : les caricatures qui sont à l’origine de la controverse doivent-elles être publiées de nouveau, au nom du droit à l’information, mais au risque de susciter une nouvelle vague de violence ?

Le grinçant et satirique Charlie Hebdo décide de les republier, ajoutant même des caricatures de son cru, dont la célèbre «C’est dur d’être aimé par des cons», représentant elle aussi le prophète.

Charlie Hebdo est poursuivi et gagne son procès. Un documentaire qui fait très largement la part belle à Charlie témoigne de cet épisode.

Le mot d’ordre, aujourd’hui, est de défendre les biens précieux que sont les libertés de presse et d’expression. Cette réaction est évidemment parfaitement fondée. Plusieurs se sont néanmoins demandé, lorsque le Jyllands-Posten et Charlie ont publié les caricatures incendiaires, s’ils avaient outrepassé les limites de la liberté d’expression.

La publication des caricatures me semblait défendable d’un point de vue juridique, mais déplorable d’un point de vue éthique. Ce n’est pas parce qu’on a le droit de publier quelque chose qu’on devrait le faire. En l’occurrence, publier des caricatures qu’un grand nombre de musulmans allaient juger injurieuses dans un contexte marqué par l’islamophobie post-11 septembre 2001, cela manquait fortement de sagesse et d’empathie.

Des commentateurs insistent néanmoins aujourd’hui pour ajouter que Charlie et le Jyllands-Posten n’auraient pas dû être critiqués pour avoir publié les caricatures. Le professeur de droit Pierre Trudel, dont les analyses juridiques sont d’une valeur inestimable, écrit :

«Avec le carnage contre Charlie Hebdo, ceux qui discourent sur l’éthique et la responsabilité de ceux qui s’expriment ont d’importantes révisions à faire. Le problème n’est pas chez eux qui s’expriment, mais plutôt chez ceux qui ne supportent pas que d’autres parlent, dessinent ou exposent des vues qui contredisent leurs croyances ou leurs préjugés».

Mon collègue a raison sur un point : le «problème» des meurtriers intolérants est infiniment plus grave que celui de ceux qui manquent de jugement éthique en publiant des contenus incendiaires contribuant de façon médiocre à la qualité du débat.

Depuis la triste «Affaire Rushdie» en 1989 — une fatwa exigeant l’assassinat du romancier avait été prononcée par l’ayatollah Khomeini —, les philosophes et juristes ont beaucoup réfléchi à la question de savoir si le blasphème devait faire partie des critères permettant de limiter la liberté d’expression, comme cela a longtemps été le cas dans la plupart des pays occidentaux. La réponse me semble évidente : non.

La laïcité de l’État implique que la justification des lois soit de nature séculière ou laïque, c’est-à-dire qu’elle ne provienne pas d’une doctrine religieuse ou d’une conception du monde similaire.

Le blasphème est une catégorie religieuse. Les croyants ont évidemment le droit de considérer que certains contenus sont suprêmement offensants, mais cela n’en fait pas une raison suffisante pour limiter une liberté fondamentale, à moins, bien sûr, qu’on verse dans le discours haineux.

Cela étant admis, je suis abasourdi par cet appel à la censure inversée et par la nouvelle «rectitude» qui se profile : il ne faut pas critiquer Charlie, ou il faut regretter de l’avoir fait. Je ne vois pas pourquoi il en serait ainsi. Si le droit de critiquer les religions doit être défendu, celui d’en découdre avec ces critiques doit l’être également.

Les artisans de Charlie ne méritaient d’aucune façon leur sort, et nous devons exprimer notre solidarité envers les proches des victimes et envers tous les journalistes, auteurs et illustrateurs qui prennent des risques pour défendre des idées.

Cependant, s’en prendre au contenu des caricatures ne revient pas «à conférer une molécule de légitimité à de tels actes meurtriers contre les médias». Charlie a défendu bec et ongles la liberté de provoquer et de critiquer ; ce n’est pas leur rendre hommage que de vouloir les protéger contre cette même liberté.

* * *

À propos de Jocelyn Maclure

Jocelyn Maclure est professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval. Il a publié, avec Charles Taylor, Laïcité et liberté de conscience (Boréal), qui a été traduit en plusieurs langues.

Les commentaires sont fermés.

Voici un texte franchement dégueulasse. M. Maclure. Vous auriez au moins pu attendre que les cadavres soient refroidis avant de tenter d’inverser la réalité.

Il n’y a pas de « contexte d’islamophobie post-11 septembre 2001 ». Il n’y a que la crainte légitime qu’inspirent les actions des militants et terroristes islamistes, du 11 septembre à ce matin. Charlie Hebdo s’est battu courageusement contre l’imposition de cette terreur et contre le délit de blasphème que ces barbares tentent de nous imposer. Vous et vos semblables, M. Maclure, n’êtes que leurs complices. Charlie a défendu le droit de caricaturer autant Jésus que le prophète. Vous et vos semblables militez pour que des droits différents, dont le « droit de ne pas être offensé », s’appliquent aux adhérents d’une seule religion : la religion de l’offense et de la menace perpétuelle; ou la religion des victimes perpétuelles dans votre vision des choses. (Je ne me souviens d’ailleurs d’aucun texte de votre part critiquant les caricatures du pape ou de juifs hassidiques.)

Vous dites être « abasourdi par cet appel à la censure inversée et par la nouvelle «rectitude» qui se profile ». Nous sommes plusieurs à être abasourdis par la censure imposée depuis maintenant plus d’une décennie dès qu’il s’agit de l’islam — et toujours seulement de cette religion — par des intellectuels de gomme balloune comme vous. Votre « critique éthique » sur le « manque de sagesse et d’empathie » cache très mal votre souhait que notre autocensure se charge de faire gagner aux intégristes le droit de ne jamais être remis en question. Cette autocensure que vous souhaitez est malheureusement maintenant largement répandue dans les médias qui, au contraire de Charlie, ont prétexté de ne pas attiser l’islamophobie pour justifier de ne jamais critiquer ni caricaturer ces islamistes. Si plus l’avaient fait, ç’aurait au moins réparti le risque et peut-être sauvé Charlie, tout en affirmant haut et fort que nos sociétés sont libres et qu’elles ne plieront pas devant la menace d’illuminés divins, peu importe à quel point ils croient que leur sentiment d’offense leur donne le droit de menacer et de tuer. Mais ces illuminés peuvent compter sur de bons alliés aux bons sentiments comme vous.

Prendre la plume comme vous le faites aujourd’hui est franchement ignoble. Vous êtes rendu bien bas.

YannM, Charlie répondrait sûrement en lisant votre longue éructation : déprimant d’être défendu par un con.

Je repique ici le titre de M. Maclure: «Le droit de «Charlie Hebdo» de critiquer, et le droit de critiquer «Charlie Hebdo».»

Il y a malentendu, je crois. Ce que le citoyen Maclure appelle « critiquer Charlie Hebdo », c’est son opinion selon laquelle certaines caricatures N’AURAIENT PAS DÛ ÊTRE PUBLIÉES, notamment la caricature anti-intégristes de Cabu : «Mahomet aux prises avec les intégristes : «C’est dur d’être aimé par des cons !». »

Et ça, ce n’est PAS de la critique : c’est un appel à la censure. Il ne faudrait pas confondre.

Donc sous l’apparente symétrie : «Le droit de «Charlie Hebdo» de critiquer, et le droit de critiquer «Charlie Hebdo»», il faut reformuler ainsi : le droit de caricaturer, le « droit » d’appeler à la censure. Je ne me rappelle pas pas Charlie Hebdo ait appelé à quelque interdiction que ce soit. Le citoyen Maclure, oui.

Par ailleurs, puisqu’il est question d’islamophobie, eh bien justement : je rappelle que le dessinateur Cabu, que je savourais toutes les semaines dans ‘Le Canard enchaîné’ – vu que moi, je n’ai jamais été le plus grand fan de ‘Charlie Hebdo’ – le dessinateur Cabu, dis-je, avec lequel j’ai grandi depuis ‘Le grand Duduche’ jusqu’à ‘Mon beauf’ en passant par ‘L’adjudant Kronenbourg’, était une « one man army », une armée à lui tout seul, contre le Front national, principal foyer de l’islamophobie en France.

«Je ne me rappelle pas pas Charlie Hebdo ait appelé à quelque interdiction que ce soit. Le citoyen Maclure, oui.»

Tout à fait.

(1)

Sur le droit de critiquer Charlie Hebdo et d’en faire un texte de blogue ….

« Si le droit de critiquer les religions doit être défendu, celui d’en découdre avec ces critiques doit l’être également. »

« Charlie a défendu bec et ongles la liberté de provoquer et de critiquer; ce n’est pas leur rendre hommage que de vouloir les protéger contre cette même liberté. »

(a)

A nouveau admirons la rhetorique, du texte ….

Plutot que de discuter cette notion de blaspheme que des croyants veulent imposer meme aux non croyants … plutot que de challenger ca …

Plutot que de discuter que des gens avec certaines formes de croyance ne tolerent pas la liberte d’expression et que l’origine c’est la lecture litterale d’un livre et qu’on ne peut remettre en question le livre saint soi disant parole divine ….

On en vient dans le fond faire une discussion sur pourquoi on devrait critiquer Charlie, propos qu’on repete en boucle … a travers tout le texte … comme toute bonne rhetorique …

(b)

Mais disons que vous plaider pour critiquer Charlie Hebdo …

Le plus farfelu c’est qu’on retrouve pas vraiment une critique dans ce texte ou critique timide et indirecte ….

« Plusieurs se sont néanmoins demandé, lorsque le Jyllands-Posten et Charlie ont publié les caricatures incendiaires, s’ils avaient outrepassé les limites de la liberté d’expression. »

(c)

Plutot que de faire un texte demandant le droit a critiquer Charlie …

De faire parler des gens a votre place …

Faites nous donc un texte clair sur ce que vous reprocher aCharlie pour qu’on voit un peu que vous voulez appliquer la notion de blasphere vous aussi aux non croyant.

et tout cela en faisant semblant de plaider pour la liberte d’expression … et de critique des religions … liberte de façade que nous nous offrez quand on comprend vraiment ce que vous offrez ….

Et que cette liberte que vous plaidez c’est une liberte qui s’arrete interdits religieux ….

—-

(2)

(a)

Mais sur le fond, je trouve terrifiant qu’un philosophe propose quand on comprend ce qu’il ecrit … le concept de blaspheme aux non croyants … ( deja que les enfants des croyant ont leur liberte de conscience reduite )

C’est non seulement terrifiant, mais le plus troublant c’est probablement les wannabe professeurs suiveux d’universites x,y ou z, les etudiants au phd suiveux, servile et bete , etudiants de baccalaureat qui repetent ce que leur idole d’or disent … repetent probablement en boucle et comme des perroquet, indignent meme d’avoir leur propre pense …

Incapable de meme challenger dans leur department du monde qui plaide pour le blaspheme …

Communaute universitaire ….

Tu me faites honte …

(b)

Quand va-t-on dire que c’est delirant dans une universite que du monde pensent meme a la notion de blaspheme pour les non croyant et osent meme dire que de caricaturer un prophete c’est aller au dela de la liberte de d’expression ….

Ou etes vous etudiants au phd, wannabe professeur, chercheur etablit, doyen, recteur, …. communaute universitaire pour evoquer la connerie de tel propos ….

vous me faite honte ….

—-

(3)

Et puis nos philosophes qui devraient etre non complaisant de la croyance, plaider pour une vision rationnelle du monde, challenger les propos religieux, les cosmologies a 2$ de celle-ci et plaider pour la science, pour la raison ….

Aller au dela des interdits, interdit religieux, challenger leur dogmes, leur preceptes, …

Philosophe vous me faites honte …

——-

(4)

Le plus troublant c’est qu’on va interroger des gens dans la foule des evenements et ont va applaudir des soi disant savants religieux ( savant de quoi au fait ) … autoproclame s’il en est ….

(a)

Et ils vont nous expliquer …

Ce n’est pas ce que le livre dit …

Le livre doit pas etre interprete comme ceci ou comme cela …

Le prophete serait pas d’accord avec x, y ou z …

(b)

Et sur le fond aucun, journaliste, philosophe, commenteux, penseux, aura meme la plus petite parcelle de reflexion intellectuelle et se demander si c’est aussi inquietant d’evoquer etre contre la violence parce qu’un livre ou un prophete serait contre dans notre interpretation litterale ….

(c)

Wake up ….

Justifier dans un sens ou dans l’autre, la violence ou la non violence, par un livre saint, les parole d’une prophete c’est aussi delirant …..

—-

(5)

By the way ….

Et on en revient avec l’autre texte sur les religions et la violence ….

A nouveau … malgre la soi disant impossibilite de definir la religion et les criteres menant a la violence dans certaines forment de croyance … selon le blogueur dans son precedent texte …

Encore et encore les attentats ont pas ete fait par des clowns , unijambistes , chauve, venu de l’antartique … adeptent de la croyance dans le spaguetti volant …

La véritable rectitude politique, au Canada, est celle imposée depuis 1982 par des juges non élus. C’est aussi le multiculturalisme porté tel un flambeau par Charles Taylor et son plus fidèle disciple.

Après avoir consacré le plus clair de ses énergies à faire un procès d’intention aux partisans de la laïcité, voilà que ce dernier s’indigne contre une prétendue «censure» dont seraient victimes ceux qui osent critiquer Charlie Hebdo. Plus tordu que ça, tu meurs.

Jocelyn Maclure? Non mais quelle enflure!

Personellement je crois à la liberté de la presse sans restriction. Si un sujet me blesse je n’ai pas à le lire je l’ignore tout simplement. Si nous nous plions aux demandes religieuses dans peu de temps on ne pourra plus rien publier car nous allons toujours offenser quelqu’un. UN bon exemple est la pornographie on n’est pa obligé de regarder ces magazines même si on est bien au courant qu’il existe.

A posteriori, il semble que l’autocensure exercée par les medias n’ait servi qu’à isoler les membres de la rédaction de Charlie hebdo pour en faire une cible. Or la responsabilité d’une société démocratique est partagée entre tous ses membres et permet d’éviter justement l’identification de cibles faciles. C’est le principe de la solidarité. Il faut donc regretter de ne pas avoir été solidaire de Charlie Hebdo à l’époque et de les avoir isolés depuis. Il ne faut surtout pas attribuer aux membres de Charlie Hebdo une responsabilité dans la connerie profonde qu’est l’Islamophobie. Cette islamophobie se nourrit de la même ignorance et de la même révolte qui anime la violence terroriste. La meilleure réponse sera toujours d’attaquer les sources du problème, soit l’ignorance, la pauvreté et l’exclusion.

La critique faite à Charis Hebdo était sur la base du blasphème, est tel que conclu dans votre texte, elle n’était pas légitime. C’est ça aussi qu’il faut regretter.

Bon texte ! Certains semblent dire que la responsabilité morale ne peut être qu’unilatérale (ceux qui ne supportent pas que d’autres parlent). Ceux qui s’expriment, ayant le droit de le faire, n’ont donc aucune responsabilité morale pour le contenu expressif ou le mode d’expression employé. En tout respect, j’estime qu’ils confondent le droit et l’éthique. À ce sujet, citons Guy Rocher :

« Dans l’état d’incertitude et de doute dans lequel nous vivons, le droit est maintenant apparu comme un des substituts à la morale. C’est dans le droit que s’est réfugiée la morale. C’est le droit qui maintenant nous dit ce qui est bien et mal. Vous, éthiciens, êtes en train de vous faire dépasser par la droite – je dis bien par la droite ! – c’est-à-dire par les juristes. Où réglons-nous nos problèmes moraux ? Chez les législateurs à qui nous demandons une législation sur l’avortement, sur l’euthanasie. Qui allons-nous interroger pour obtenir réponse à nos grandes questions morales ? Les tribunaux. C’est là que collectivement et individuellement nous demandons la solution à nos dilemmes moraux. Le seul consensus moral qui maintenant peut nous réunir, c’est dans et par le droit qu’il s’effectue. Ce sont les juges et les législateurs, mal préparés pour jouer ce rôle d’ailleurs, qui agissent comme guides moraux. L’éthique est en train de déraper vers le droit. Ce qui fait la terrible force du droit, c’est qu’il est simple en comparaison de l’éthique ».

Ce n’est pas parce que nous avons le droit de s’exprimer et d’employer n’importe quel mode d’expression (autre que la violence) que nous sommes exempts de toute responsabilité morale pour le contenu expressif ou le mode d’expression employé. Ma conception de la liberté d’expression rejoint celle de Voltaire qui disait : « JE DÉSAPPPROUVE CE QUE VOUS DITES, mais je défendrai jusqu’à ma mort votre droit de le dire » (cité par la Cour d’appel du Québec dans l’arrêt Diffusion Métromédia CMR inc. c. Bou Malhab, 2008 QCCA 1938). Bien que je défende le droit d’employer la satire ou le sarcasme, j’estime que ces modes d’expression (par ailleurs légaux) doivent, dans une société civilisée, libre et démocratique qui repose sur le respect de la dignité humaine, être découragés. C’est pourquoi, je désapprouve leur utilisation.

Si je désapprouve certains modes d’expression comme la satire, le sarcasme ou la violence, j’estime, au contraire, qu’il ne devrait JAMAIS y avoir de limite morale à la critique qui ne cherche pas à provoquer, mais à exprimer ses convictions profondes au risque de tout ce qui peut arriver, c’est-à-dire une critique franche, honnête qui vise à contribuer au débat d’idée et peut-être à faire changer les choses.

Éric Folot

« …Bien que je défende le droit d’employer la satire ou le sarcasme, j’estime que ces modes d’expression (par ailleurs légaux) doivent, dans une société civilisée, libre et démocratique qui repose sur le respect de la dignité humaine, être découragés.»

« …je désapprouve certains modes d’expression comme la satire… »

Ô mânes d’Aristophane et de Juvénal, de Jonathan Swift et de Mordecai Richler, d’Age-Scarpelli et de Fruttero-Lucentini, entendez-vous comme moi ce que dégoise ce gugusse ?

Monsieur Maclure,
Pour faire suite à votre chronique de ce matin, et en référence au commentaire de YannM, j’ai très hâte de lire pourquoi, argumenté dans votre logique molle, la fille qui a été agressée n’avait qu’à ne pas porter une mini-jupe le soir, sur la rue.

De quelle éthique sous-entend Jocelyn Maclure ? Celle où « il faut éviter de « choquer », d’indisposer de déranger lorsqu’on caricature et critique » comme le souligne Pierre Trudel ?

Ce que défend Pierre Trudel, n’est pas tant de ne « pas critiquer Charlie, ou il faut regretter de l’avoir fait », mais le « respect de l’autre [sans] passer par le musèlement des autres. »

Voyons donc! Parce qu’un groupe d’illuminés risque de recourir à la violence il faudrait auto-censurer les caricaturistes! C’est ce genre de logique qui met en danger non seulement la liberté d’expression mais les fondements même de la démocratie. On peut juger des religions comme étant rétrogrades et dépassées et s’exprimer pour le dire, quelle que soit cette religion. Évidemment les partisans de ces religions ont aussi le droit fondamental de critiquer ces caricaturistes et de s’expliquer, c’est ça la liberté d’expression – une discussion ferme et articulée, pas avec des kalachnikovs. S’auto-censurer c’est hisser le drapeau blanc et capituler devant la violence car, fondamentalement, c’est ça que vous craignez M. Maclure. Mais j’apprécie votre article car c’est justement le but de la liberté d’expression et je respecte votre opinion tout en n’étant pas d’accord avec vous sur la substance.

En fait, si on reprend le fil des évènements, la publication des caricatures en 2005 par le Jyllands-Posten s’est faite à peu près dans l’indifférence générale. C’est seulement après, que cette publication a fait l’objet d’un tôlé. Il faut attendre 2011pour se faire.

Ainsi, la question à laquelle il faudrait peut-être répondre, c’est de savoir qui avait intérêt à faire prendre la mayonnaise ? Si en de telles occurrences, on ne pourrait pas observer une sorte de double flux : Le flux des intégristes musulmans qui font feu de tout bois pour entretenir la haine contre l’occident. Simultanément, le flux des nationalistes radicaux qui voient l’opportunité de faire valoir leurs propositions racistes et xénophobes.

Là où la chose devient plus préoccupante. C’est qu’une publication plutôt dans la sensibilité de gauche qu’est Charlie Hebdo. Comment elle aura servi de bouc-émissaire en faisant à la fois le jeu des intégristes et aussi celui des xénophobes en même temps.

D’ailleurs, dans le temps le lectorat de Charlie Hebdo avait changé. Naguère considérés comme progressiste, ce journal a glissé vers une sorte de populisme, draguant avec lui des lecteurs plus proches de l’extrême-droite fasciste, que de son lectorat initialement plus modéré, sensible aux valeurs sociales et en même temps amateurs d’humour et de satyres qui après tout font partie de la vie à son meilleur.

Si adolescent j’étais lecteur de Hara-Kiri, puis plus tard de Charlie Mensuel, puis de Charlie hebdo, c’était parce que ce journal apportait vraiment un contenu éditorial original avec de bonnes bandes-dessinées qui permettaient à des artistes émergeants de faire connaître leur art.

Cela n’empêchait pas la satyre et la provocation dans un certain nombre de cas. Tout cela cependant avait bon goût. La gauloiserie était amusante. Charlie qui avait disparu en 1981, a pour continuer d’exister ou reprendre sa publication en 1992, choisi de devenir l’inverse de ce qu’elle était initialement. S’adressant parfois grossièrement plutôt aux sectaires de tous poils. En d’autres mots, le nom de Charlie Hebdo et l’image étaient encore populaires, mais le contenu était différent.

De plus, le déclin de cette publication était évident. Ce journal perdant ses lecteurs au fil des ans.

Quoiqu’il en soit, ce n’est pas en forçant les médias à l’autocensure qu’on évitera quoique ce soit. C’est plutôt le contraire qui serait salutaire. Plus de liberté d’opinion et de liberté d’expression y compris sous cette plume splendide qu’est le dessin sous sa forme satyrique, tout cela contribue à nous montrer tels que nous sommes, simplement.

Ce qui conviendrait à mon sens, c’est que tous les journaux et toutes sortes de publications donnent de l’espace à ces voix, ces dessinateurs, ces graphistes qui parfois s’expriment à contre-courant et qui pourtant par leur talent viennent apporter une certaine noblesse au sens de ce mot qu’est : la liberté. Une liberté qui est aussi chère et partagée en toute intégrité par presque tous les musulmans dans le monde entier.

Charlie Hebdo pas critiqué? Le journal a été traîné en justice et qualifié de tous les noms! Votre désir de défendre les communautés dépasse les bornes. Charlie Hebdo s’attaque à la bêtise, universelle, mais dont la religion, qu’elle soit catholique, juive, évangéliste, mormon, bouddhiste, hindoue, ou musulmane est souvent le terreau. Il en est de même des communautés « assiégées » ou « déshéritées » qui trouvent une excuse dans le délire verbal. Il en est de même de la caste politique. L’amour de l’autre n’exige pas qu’on l’on s’abstienne de combattre la connerie qui est universelle.
Quand on est con, on est con – George Brassens.
La différence entre le génie et la bêtise, c’est que le génie a des limites – Rogert Byrne.

En fait, l’argumentaire sous-jacent à la thèse de Monsieur Maclure et autres inclusifs est qu’on peut tout critiquer tant qu’on ne fait pas offense aux musulmans, ces nouveaux « damnés de la Terre » comme dirait Frantz Fanon. Leur sensibilité et leur fragilité ne doit en aucun cas être écorché, surtout par des mâles blancs occidentaux. N’oubliez pas que pour certaines chapelles, seuls ces derniers peuvent, pour cause de péché originel, être coupables de racisme!
Donc, comme pour la fille qui n’aurait pas du sortir le soir en minijupe, Charlie n’aurait pas du provoquer les damnés de la terre. Quelle indélicatesse de sa part. D’ailleurs, la bande de Charlie aurait du savoir qu’avec les islamistes il arrive que leurs coups de feu dépassent leur pensée… avec (mes excuses à Sacha Guitry!

Voici ma réflexion
d’hier…
iNon pas de partage de nouvelles de ce matin !
Suis-je à contre-courant ?
Peut-être….
Je ne partage pas non plus d’affiche disant que »je suis Charlie », pourquoi ?
Un profond malaise m’habite depuis ce matin…

Pourquoi ?

Bien sûr, je suis effondrée des décès de ce matin car aucun être humain ne devrait mourir pour une question aussi personnelle et irrationnelle que la religion..
alors pourquoi je me sens envahie par ce sentiment de culpabilité ?

Parce que je suis une occidentale qui hurle son indignation, mais qui n’entend pas les cris de désespoir des nombreux Syriens, Palestiniens, Égyptiens, Libyens, Irakiens et tout ces gens qui ont cru qu’un printemps arabe changerait quelque chose à leurs quotidiens!
Quotidien teintés depuis trop longtemps de la guerre, la faim, la maladie, les camps de réfugiés et tant d’autres malheurs!
Eh oui, c’est si facile pour moi occidentale de crier, mais j’aime mieux me questionner au cas où les armes utilisées ce matin seraient fabriquer ici-même par des mains comme les miennes ….

Tous ceux qui sont contre ce texte devront faire attention, l’auteur pourrait se pointer chez vous avec un lance-roquette.

Le professeur de droit Ronald Dworkin, qui défendait un droit illimité à la liberté d’expression affirmait néanmoins :

« The British and most of the American press have been right, on balance, not to republish the Danish cartoons that millions of furious Muslims protested against in violent and terrible destruction around the world. Reprinting would very likely have meant—and could still mean—more people killed and more property destroyed. It would have caused many British and American Muslims great pain because they would have been told by other Muslims that the publication was intended to show contempt for their religion, and though that perception would in most cases have been inaccurate and unjustified, the pain would nevertheless have been genuine. True, readers and viewers who have been following the story might well have wanted to judge the cartoons’ impact, humor, and offensiveness for themselves, and the press might therefore have felt some responsibility to provide that opportunity. But the public does not have a right to read or see whatever it wants no matter what the cost, and the cartoons are in any case widely available on the Internet.Sometimes the press’s self-censorship means the loss of significant information, argument, literature, or art, but not in this case. Not publishing may seem to give a victory to the fanatics and authorities who instigated the violent protests against them and therefore incite them to similar tactics in the future. But there is strong evidence that the wave of rioting and destruction—suddenly, four months after the cartoons were first published—was orchestrated by Muslim leaders in Denmark and in the Middle East for larger political reasons. If that analysis is correct, then keeping the issue boiling by fresh republications would actually serve the interests of those responsible and reward their strategies of encouraging violence »

Ronald Dworkin, The right to ridicule, The New York Review of Books, March 23, 2006, en ligne : http://www.nybooks.com/articles/archives/2006/mar/23/the-right-to-ridicule/

@ Eric Folot,

Lorsque vous soumettez à l’appréciation du public un texte en anglais dont qui plus est la teneur est juridique, vous devriez soumettre également une traduction de votre cru pour permettre à tous les lecteurs de comprendre et d’avoir accès à votre opinion.

Quoiqu’il en soit, Ronald Dworkin souligne que les presses britanniques et américaines avaient le droit éditorial de ne pas republier les caricatures danoises. C’est tout-à-fait juste. La liberté de la presse, c’est la liberté de choisir de ce qui peut être publié, de qu’on veut publier ou bien pas.

La problématique n’est donc pas ni au niveau du droit, ni celui de l’éthique de diffuser ou pas. C’est au niveau des motivations qui justifient qu’une chose soit publiée ou ne le soit pas et à certains égards cela relève de la déontologie.

Si Ronald Dworkin a bien raison en substance sur le fait que ce qui est à l’origine de la polémique, ce ne sont pas les caricatures en particulier ; mais plutôt l’instrumentalisation ou l’orchestration faite par de tierces partis ensuite — quatre mois plus tard — par des extrémistes musulmans vivant au Danemark et d’autres au Moyen-Orient.

En d’autres termes, ce ne sont pas les caricatures qui posent problème, c’est la récupération de toutes choses à des fins politiques, idéologiques et propagandistes. Ainsi présentement, plusieurs groupes et partis de l’extrême droite européenne notamment, récupèrent cette tuerie pour justifier qu’on prenne toutes sortes de mesures de répression à l’encontre des musulmans.

De la sorte, se développe et rend justifiable un climat et des pratiques de haine de tous bords tous côtés.

Néanmoins, lorsqu’on lit l’article de Ronald Dworkin dans son intégralité. Il est visible que cet auteur démontre également le revers de la médaille. À l’effet que le choix éditorial de ne pas publier n’est pas non plus dépourvu de danger. Lorsque la « liberté de parole » (free speech) est un droit fondamental dans une société libre et démocratique.

Comme il le démontre toujours avec justesse que les dessins caricaturaux et les textes satiriques sont des armes puissantes à double tranchant. Puisque cela est susceptible de servir et d’inspirer à la fois de nobles politiques et aussi en même temps parmi les plus tordues.

Quoiqu’il en soit, l’auteur de ce texte marque la question du « respect » ; du respect mutuel qui doit animer tous les membres de sociétés multi-ethniques comme les nôtres. Ce qui implique certains principes fondés sur la compréhension mutuel et la tolérance. Pour cette raison, on ne peut objectivement assimiler toute forme de d’humour et de satire à des formes d’expressions blasphématoires, à moins que la forme en soit évidente.

Les conclusions de Dworkin sont sur ces questions sont on ne peut plus claires : « If we want to forbid the police from profiling people who look or dress like Muslims for special searches, for example, we cannot also forbid people from opposing that policy by claiming, in cartoons or otherwise (…) »

En d’autres termes, si nous voulons interdire à la police de faire du « profilage », on ne peut pas interdire aux gens qui s’opposent à cette politique (de tolérance) de faire valoir leur opinion par le biais de caricatures ou de toutes autres formes d’expression.

Dworkin ajoute que les religions se doivent aussi de respecter les principes de la démocratie et qu’aucune d’elle ne doit exercer quelque forme destinée ou visée à surpasser le principe de liberté sans lequel aucune démocratie ne serait possible.

En aucun temps, le propos du professeur Dworkin que vous citez, ne cherche à promouvoir cette « autocensure » que vous approuvez à fin de limiter le droit fondamental de la liberté d’expression qui s’impose à tout État de droit libre et démocratique. En cette occurrence, vous faites dire à Dworkin pour vous justifier, ce qu’il ne dit précisément pas.

À ce titre les collaborateurs de Charlie Hebdo étaient parfaitement en droit d’opter pour le medium, le moyen d’expression de leur choix lorsqu’aucune forme d’autorité religieuse ou soi-disant inspirée de Dieu ou de son prophète n’est en droit de s’y opposer par quelque coercition que ce soit, surpassant par le fait même les fondements de l’État de droit.

Dans semblable État, c’est à la justice de trancher si des personnes ou des groupes religieux se trouvent pour quelques raisons que ce soient offensés par des propos ou des formes d’expressions produites par des professionnels de l’information. — Y-eut-t-il libelle diffamatoire, offense, blasphème ou bien pas ?

Quant au choix de diffuser ou de ne pas diffuser diverses expressions de l’information, cela relève tout simplement du privilège dans un média d’information de sa ligne éditoriale et des personnes qui sont en charge de la rédaction. Rien à voir avec quelque forme de limitations ou de censures que vous préconisez quand vous amalgamez fort maladroitement l’usage du sarcasme avec la pratique de la violence. Comme si les deux choses auraient été d’une similaire essence.

Nous sommes dans un monde supposément libre en parole et en pensée.En comportement jusqu’à un certain point respectant les droits d’autrui. Ce que plusieurs ignore ne faisant point parti de leur Culture et son esclave de leur interprétation religieuse peu importe la religion.
P. Drolet

Monsieur Maclure, les religions sont des pensées spirituelles auxquels il est permis de croire ou ne pas croire.

De ce que je comprends de votre texte, les religions deviendraient des personnes morales qui pourraient poursuivre si on dit des choses pas gentilles. Vous cautionnez le terrorisme par des artifices juridiques.

Totalement scandaleux.

6 mois avant Charlie, les caricatures avaient été publiées en Égypte sans que ca soulève la moindre réaction!
Tout ca n’a rien à voir avec le sacrilège. C’est de la pure politique islamiste.

Merci pour cet essai équilibré sur la tragédie de la tuerie et le mauvais jugement qui a malheureusement fait partie de l’histoire. Vous offrez de bons points de réflexion sur les écarts entre la liberté, la loi et la responsabilité personnelle. Le meurtre n’est pas une réaction valable ni excusable aux insultes. Mais faut-il pour autant insulter au nom d’une idéologie, nommément celle de la liberté d’expression? J’ajouterais : faut-il glorifier ces insultes en une prétendue défense de la liberté? C’est un discours que l’on voit beaucoup dans les réseaux sociaux au sujet des victimes de Charlie hebdo, et qui rappellent avec un frisson la propagande américaine au sujet de ses propres tueries au Moyen-Orient. Espérons que la modération pourra être adoptée dans tous les camps.

Merci beaucoup pour ce commentaire, Monsieur Maclure ! Je partage votre avis : il faut être possible de critiquer Charlie. À vrai dire, j’ai honte de la vision du monde égocentrique et du manque de respect envers la religion islamique dont fait actuellement preuve le monde occidental.