Charte des valeurs : à quand le premier dissident péquiste?

Combien de temps encore avant que des députés du Parti québécois, forcés de défendre un projet qui heurte leurs convictions, décident la tête haute de manifester leur dissidence à leur tour ? demande le blogueur Jérôme Lussier.

Photo: Jacques Boissinot/La presse canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

Hier, une connaissance a porté à mon attention un billet absolument remarquable rédigé par le ministre Sylvain Gaudreault.

Écrit dans le contexte de la décision de la Cour suprême dans l’affaire Multani (qui concernait le port du kirpan à l’école, que M. Gaudreault appuyait sans réserve), le texte porte sur les accommodements raisonnables, les Chartes des droits et libertés, et le combat pour ce qu’il appelle lui-même la «fausse laïcité sur laquelle nous déchirons nos chemises».

C’est un plaidoyer courageux et limpide pour un Québec tolérant et fidèle à l’esprit et la lettre des instruments de protection des droits.

Paul Journet, de La Presse, en avait parlé en septembre dernier, mais la nouvelle était alors passée largement inaperçue. Le billet est toutefois capital, et à lire et relire du début à la fin.

Quelques extraits particulièrement éloquents :

«(…) Je pense que les Québécois apprécient mal l’impact des Chartes des droits et libertés dans la construction de leur identité. (…) Je constate les progrès incroyables qui ont été faits quant à la promotion de l’égalité de tous les citoyens, sans égard à leur sexe, leur race, leur religion, leur handicap ou leur orientation sexuelle. Sans les chartes et les outils qu’elles ont mis en place – comme le Tribunal et la Commission des droits de la personne – bon nombre d’avancées en faveur des minorités n’auraient jamais vu le jour. Pensons simplement à la question du mariage entre conjoints de même sexe, par exemple.

Dans quelle genre de société voulons-nous vivre? Repliée sur elle-même ou pluraliste? Qui ne pense pas que les immigrants ne font pas suffisamment d’efforts pour s’adapter à leur société d’accueil? Dans notre pays dont l’histoire est une véritable courtepointe d’influences diverses, notamment autochtone, française et britannique, jusqu’où devons-nous en rester au stéréotype qui dit : « Ce sont à eux de s’intégrer, pas à nous de changer notre façon de faire »?

Contrairement à ce qui se passe en France, je suis d’avis que la formule typiquement canadienne de « l’accommodement raisonnable » a été une bonne façon de s’adapter à une société devenue multiethnique. La France, par exemple, n’en est pas là, deux cent seize ans après la révolution des droits de l’Homme et du citoyen. (…)

Le plus absurde, c’est que pendant que nous fendons les cheveux en quatre sur la présence ou non d’un objet somme toute inoffensif à l’école, nous passons à côté du véritable enjeu de l’intégration des minorités visibles : l’égalité de traitement dans le champ économique. À cet égard, le Québec fait figure de parent pauvre. Par exemple, selon le recensement de 2001, le Québec était la province canadienne où l’écart entre le taux de chômage des Blancs (7,8 %) et celui des Noirs (17,1%) était le plus grand. Cet écart de 9,3 % est énorme comparativement à l’écart moyen canadien qui n’est que de 4,4 %. Il n’y a pas de quoi être fier…

Continuons de regarder de travers « ces gens-là qui refusent de s’intégrer ». Refusons des mesures d’accommodement raisonnable qui ne visent qu’à poursuivre l’enrichissement culturel d’une société qui s’est constamment construite sur des apports étrangers. À ce rythme-là, nous nous apercevrons bientôt, ahuris, que la fausse laïcité sur laquelle nous déchirons nos chemises est une notion bien théorique pour ceux et celles qui se voient refuser l’accès à une école, à des emplois et à des logements à cause de leur croyance religieuse ou de la couleur de leur peau. Mais ce jour-là, il sera trop tard…»

On savait déjà, bien sûr, que l’apparente unité du caucus péquiste cachait des dissensions. Il aurait en effet été fort étonnant que MM. Parizeau, Bouchard et Duceppe se prononcent tous contre l’interdiction des signes religieux — sans parler des jeunes et des indépendantistes pour une laïcité inclusive – sans qu’un seul élu péquiste ne partage leur avis.

On sait par ailleurs que le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, marche sur des œufs et se dit «confiant que la loi qui sera adoptée à terme sera légale et constitutionnelle».

Est-ce à dire que M. St-Arnaud votera contre une loi qu’il juge illégale et inconstitutionnelle ? Que pense-t-il de la loi dans sa mouture actuelle ? Qu’en pensent les juristes de son ministère ? Suivra-t-il leurs recommandations lors d’un éventuel vote ?

On sait aussi ce que le ministre Jean-François Lisée écrivait, en 2007, à propos de l’inclusion de la diversité religieuse au Québec : «Le voile? Franchement, je m’y suis habitué et ce qu’on met sur sa tête ne devrait pas soulever l’ire nationale. On a plus urgent.»

M. Lisée n’a offert aucune explication convaincante pour justifier en quoi la question du voile, qui n’était pas urgente en 2007 et qui ne devait pas «soulever l’ire nationale», était soudain devenue urgente et digne d’ire en 2014.

On sait finalement qu’en 1998, la première ministre Pauline Marois (alors ministre de l’Éducation) signait une politique d’intégration scolaire qui stipulait entre autres que «la crédibilité du discours sur l’ouverture à la diversité ethnoculturelle et religieuse s’appuie en bonne partie sur la visibilité de cette diversité parmi le personnel scolaire». Le même document affirmait en outre que «la diversité ethnoculturelle, linguistique et religieuse imprègne la société québécoise et a droit d’expression» et que «le simple port du hijab ne peut être interdit dans les écoles québécoises».

Pour dire les choses poliment, les explications récentes de Mme Marois quant à cette volte-face évidente n’ont pas été des plus convaincantes.

Mais la palme revient encore au ministre Gaudreault.

Son billet de 2006, incluant les extraits ci-dessus, est une œuvre d’anthologie dont il ne peut pas aisément se distancer. Ses affirmations sont directes et dépourvues de toute ambiguïté, et son texte, d’une éloquence qui part des tripes.

Les questions qu’il pose — et auxquelles il répond avec force et conviction — sont encore brûlantes d’actualité.

Croit-il encore — comme il le prétendait en 2006 et comme le répètent les opposants à la Charte des valeurs — qu’il faut «faire une distinction essentielle entre un individu et une institution» ? Que signifie cette «distinction essentielle» dans le contexte d’un projet de loi portant sur la laïcité de l’État ? Plus spécifiquement, croit-il que les individus employés de l’État ont l’obligation de se départir de tout signe religieux pour incarner la laïcité et la neutralité des institutions publiques ?

Croit-il encore que le débat sur la laïcité et les accommodements raisonnables pose la question du «genre de société dans laquelle nous voulons vivre, repliée sur elle-même ou pluraliste?» Concrètement, que signifiait cette opposition en 2006, et maintenant ? Croit-il encore qu’il faut s’affranchir du stéréotype voulant que «ce sont à eux [les immigrants] de s’intégrer, pas à nous de changer notre façon de faire» ?

Croit-il encore que, «contrairement à ce qui se passe en France (…) la formule typiquement canadienne de « l’accommodement raisonnable » a été une bonne façon de s’adapter à une société devenue multiethnique» ? Sinon, pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé depuis 2006 ? La France est-elle soudain devenue un modèle à suivre en matière d’intégration de la diversité religieuse et culturelle ?

Et finalement, est-ce que le ministre qui écrivait que «la fausse laïcité sur laquelle nous déchirons nos chemises est une notion bien théorique pour ceux et celles qui se voient refuser l’accès à une école, à des emplois et à des logements à cause de leur croyance religieuse ou de la couleur de leur peau» vit bien avec le projet de son parti de congédier des personnes parce qu’elles manifestent leurs croyances religieuses ?

*          *          *

En septembre dernier, confronté à ses positions passées, le ministre Gaudreault a tenté de renvoyer la balle aux libéraux et s’est dit «extrêmement à l’aise» avec les propositions de son collègue Drainville sur l’encadrement des demandes d’accommodement religieux.

Avec égard, toutefois, là n’est pas la question. Au plan politique, dire qu’il faudrait encadrer les demandes d’accommodement, c’est comme dire qu’on aime la tarte aux pommes.

La vraie question, s’il faut en choisir une, c’est de savoir si le ministre Gaudreault — qui dénonçait jadis le «racisme sous-jacent» du débat sur les accommodements raisonnables ; qui critiquait le modèle d’intégration français ; qui dénonçait la «fausse laïcité sur laquelle nous déchirons nos chemises» ; qui affirmait que «le véritable enjeu de l’intégration des minorités visibles» concerne «l’égalité de traitement dans le champ économique» ; qui soulignait qu’à cet égard «le Québec fait figure de parent pauvre» — croit aujourd’hui, en son âme et conscience, qu’il faille congédier ou refuser un emploi à quiconque porte un voile, un turban ou une kippa au Québec.

Ces convictions sont profondes. Elles ne changent pas au gré des saisons, politiques ou autres. Elles marquent une vie et un engagement social. Et elles sont de nature à faire réfléchir et hésiter un homme ou une femme qui s’apprête à consigner pour toujours, dans les registres du parlement et de l’Histoire, son vote en faveur d’une loi discriminatoire qui fait honte au Québec.

Au Parti libéral, Fatima Houda-Pepin a choisi la dissidence par principe. Maria Mourani a fait la même chose au Bloc québécois.

La prochaine élection approche à grands pas. Elle risque malheureusement de porter sur la Charte des valeurs, et en particulier sur la promesse de marginalisation et de destitution de femmes musulmanes et d’hommes juifs et sikhs, pour des raisons que Sylvain Gaudreault assimilait lui-même à du «racisme sous-jacent».

Est-ce que tous les élus péquistes — Sylvain Gaudreault, Jean-François Lisée, Bertrand St-Arnaud, Véronique Hivon, Alexandre Cloutier et autres — oseront réellement défendre ce projet en campagne électorale ?

Combien de temps encore avant que des députés du Parti québécois, forcés de défendre un projet qui heurte leurs convictions, décident la tête haute de manifester leur dissidence à leur tour ?

En politique, le choix de serrer les rangs s’oppose parfois à la possibilité de se regarder dans le miroir. Le débat sur la Charte des valeurs pose ce dilemme avec force.

Espérons que nos élus, peu importe leur allégeance, auront le courage de choisir l’intégrité avant l’opportunisme… et les principes avant le parti.

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24 commentaires
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En 2006, je partageais les idées de M. Gaudreault.
Nous sommes maintenant en 2014, le monde a changé. Je suis mieux informé que je ne l’étais à cette époque-là.
En 2011, j’ai joint ON et Jean-Martin Aussant.
Aujourd’hui, je suis pour la CHARTE. Je ne suis plus pour ON.
Je suis indépendantiste. J’ai déjà été fédéraliste.
Et puis, dans sa plus grande partie, la charte reçoit l’appui de tous les partis, même du PLQ.
En réduisant la charte aux seuls aspects des signes ostentatoires, vous faites, comme a-peu près tous les journalistes et tout le monde, de la démagogie.

« Je suis indépendantiste. J’ai déjà été fédéraliste. » (sic).

Intéressant… Vous avez fait le même chemin que moi mais à l’envers.

Cher monsieur, si priver une personne de son emploi après 15 ans de loyaux services pour des motifs qui n’ont rien a voir avec la qualité de son travail ou ses compétences c’est »faire de la démagogie », j’en suis flabergasté!
Je vous invite a continuer de réfléchir.

Bonjour Monsieur Ricard,

Vous dites « En réduisant la charte aux seuls aspects des signes ostentatoires, vous faites, comme a-peu près tous les journalistes et tout le monde, de la démagogie ».

Ce n’est pas qu’une simple réduction car seuls les aspects des signes ostentatoires du projet de charte font l’objet d’un débat. Les autres aspects de la charte proposée sont acceptés sans problème. Cela veut dire que s’il n’y avait pas les aspects des signes ostentatoires dans cette proposition, on n’en parlerait pas.

‘ À cet égard, le Québec fait figure de parent pauvre. Par exemple, selon le recensement de 2001, le Québec était la province canadienne où l’écart entre le taux de chômage des Blancs (7,8 %) et celui des Noirs (17,1%) était le plus grand. Cet écart de 9,3 % est énorme comparativement à l’écart moyen canadien qui n’est que de 4,4 %. Il n’y a pas de quoi être fier »

Est-ce que le pauvre Bleua a regardé le profil des Noirs?
Dans le ROC, l’immense majorité des Noirs parlent la langue du Canada: l’anglais. Plus facile donc de se trouver une job
Au Québec, une partie des Noirs (un bon tiers) ne parle pas la langue du Québec: le francais (j’ai vu dernièrement une jamaicaine, au Québec depuis 30 ans, qui ne parle toujours pas anglais!)
Une autre partie des Noirs ne parle pas anglais, la langue de l’argent au Québec.
Bref, le plus haut taux de chomage des Noirs au Québec n’a rien à voir à une supposée discrimination raciale telle que le suppose le pauvre Bleua complexé.

@ jack2,

Est-ce que vous disposez de chiffres plus précis pour étayer votre argumentation ?

Autant que je sache, il y a beaucoup d’Africains francophones au Québec, une importante communauté Haïtienne qui s’exprime et même écrit dans un français impeccable, sans compter des Brésiliens et autres Cubains qui se débrouillent plutôt bien dans la langue de Molière. Certains jamaïcains parlent une sorte de créole sans doute, certains parlent un anglais jamaïcain, alors on pourrait alors dire la même chose du joual qui n’est pas un français académique. L’exemple de votre jamaïcaine depuis 30 ans au Québec qui ne parle pas anglais me semble un petit peu suspect !

— Mais comme vous ne précisez pas si elle parlait le français, j’en déduis qu’en 30 ans elle aura certainement appris la langue de chez nous. Donc un bel exemple d’intégration !

(j’ai vu dernièrement une jamaicaine, au Québec depuis 30 ans, qui ne parle toujours pas anglais!
Je voulais dire francais évidemment et non anglais. La dame est arrivée en 1976 au Québec (l’année de l’élection du PQ). Elle vit dans l’Est de Montréal et ne parle pas francais!)

—-
Vous souvenez vous du débat autour du hijab sur les terrains de soccer? On prétendait que c’était dangereux de jouer avec un hijab parce que les jeunes filles risquaient de s’étrangler. On s’est fait planter dans tout le Canada
Ben c,est malheureusement arrivé hier matin dans le métro de Montréal hier matin

Faut vraiment avoir l’esprit tordu pour comparer un escalier mobile èa un terrain de soccer!

Wow! faut le faire

@yves

Se mettre un foulard qui couvre toute la tête et surtout le cou peut devenir dangereux quand ca se met à tirer d’un bord.
La strangulation peut venir rapidement. Bonne chance pour l’enlever à temps
C’est malheureusement ce qui est arrivé à la dame dans le métro de Montréal. Rien de tordu la-dedans: juste des lois de physique élémentaire.

Probablement que vous vouliez dire que la dame jamaïcaine ne parlait toujours pas français après 30 ans de séjour chez nous…

Très bon travail de recherche et de synthèse et très bon choix que ce texte de Sylvain Gaudreault, qui écrivit en 2006, un texte plutôt intelligent sensé et bien rédigé avec lequel je suis plutôt d’accord hormis des propos tels que (parlant de la France) : « Sa constitution est un espèce d’être sans bras, incapable d’agir face aux discriminations directes contre ses citoyens soi-disant « égaux » devant la loi. » — Des propos qui démontrent chez l’auteur plutôt, une méconnaissance du système constitutionnel et juridique français.

Mais peu importe ! Que s’est-il donc passé dans ce changement de ton dans la tête de Sylvain Gaudreault ? Ma foi ! Que s’est-il produit pour qu’on en arrive là ? Une élection en 2012 ? Peut-être ! Le goût irrépressible du pouvoir et celui d’y rester ? Qui sait ? Le fait que la vue de toutes choses change en fonction de la position qu’on occupe ? Ou encore la promesse de former un gouvernement majoritaire cette fois en 2014 ou en 2015 ?

Certes le monde n’est point immuable et la vision de toutes choses change. En 2006, je ne voyais pas les choses comme maintenant et plus je remonte dans le temps et plus je m’aperçois que ma vision de toutes choses a changée. La lecture que nous faisons des évènements en un instant donné peut évoluer de multiples façons. Dans le jeu et la joute politique, l’opinion des gens compte quelquefois plus que le message ou le messager.

Ceux et celles qui font le Québec et qui le défont sont en petit nombre. Il en va de même pour les élections. Cents électeurs (et parfois moins) lors d’un vote, ont le pouvoir de faire toute la différence dans une circonscription.

C’est cette poignée d’électeurs qui donneront prochainement peut-être un gouvernement majoritaire au PQ ou peut-être pas. C’est en fonction de cette minorité agissante que le PQ gouverne. Ici le mot de « stratégie » prend toute sa dimension. Le PQ ne gouverne pas pour le plus grand nombre bien évidemment, c’est là son moindre défaut.

Dommage qu’il en soit ainsi, on aimerait bien dans une démocratie bien faite, pouvoir continuer d’observer les meilleurs dans notre administration ; personnellement j’aime bien le style de Sylvain Gaudreault et je trouve dommage qu’advenant un défaite prochaine du PQ pour son impéritie, qu’il ne puisse plus rendre plus de services à la nation sous-prétexte que tout ce qui prime : ce n’est plus l’homme, mais bel est bien ce qu’il adviendra au terme de l’examen des urnes.

Je n’ai pas encore lu l’article. Je pense que le parti québécois devrait se « payer » une dissidence … Les libéraux ont bien osé , eux ! La réciprocité, vivement !

Un prof égyptien de Poly a gardé ses photos de graduation. En 1959: aucune femme voilée. En 1977, aucune non plus (j’y suis allé au début des années 80 et le voile était rare en ville)
La mode est apparue vers 1994.
Regardez le résultat aujourd’hui

http://blogues.journaldemontreal.com/michelhebert/politique/la-mode-recente-du-voile-islamique/

Ces photos, provenant d’un professeur d’université reconnu pour son intégrité et sa compétence, valent mille mots. Ces photos prouvent que le port du voile n’est pas obligé par la religion musulmane, que le coran ne l’impose pas. Une femme n’a donc pas besoin de renier sa religion pour cesser de le porter. Ce sont des mouvements intégristes qui ont contraint les femmes à porter le voile dans certains pays.

Par contre, ce qui est vrai pour le hijab ne l’est pas pour la kippa et le turban des hommes. Et leur interdiction pourrait mener à des congédiements très difficiles à justifier. Faut-il tolérer ces vêtements et interdire le hijab? Faut-il introduire une clause «grand-père» qui s’appliquerait pour certains signes et vêtements et pas pour d’autres signes ethno-culturels jugés sexistes?

J’ai relu au complet le billet de 2006 dans lequel j’ai apprécié l’intelligence, la capacité d’analyse, le réalisme et l’humanisme de Sylvain Gaudreault.
C’est le meme individu en 2014 qui , a titre de ministre des transports, a démontré les memes qualités dans toutes les interventions publiques et entrevues : son propos est clair, intelligent, réfléchi et pertinent.
S’il a modifié sa position et qu’il appui la charte incluant l’interdiction aux employés de porter un signe religieux et faute de quoi les priver de leur emploi et les empecher de postuler un poste dans la fonction publique, alors la j’aimerais bien l’entendre car le billet de 2006 est incontournable!

Les chartes (Québec, Canada) ont toutes les deux la même faiblesse: respect de la liberté religieuse! Quand on regarde toutes les dérives, toutes les violences, toutes les injustices qu’ont apportées et apportent encore les religions sur l’ensemble de la planète, je m’interroge beaucoup sur l’inclusion de ce volet dans les chartes.
Alors, si on peut éloigner ce « gouvernement céleste » de notre « gouvernement terrestre », dans toutes ses ramifications, oui je suis pour la charte proposée. Et si tous ces intégristes, de quelque religion qu’ils soient, ne peuvent se départir de leurs signes ostentatoires avant de franchir le pas de la porte de leur employeur, l’occasion leur est donnée d’aller voir ailleurs.
Beaucoup de Canadiens observent avec intérêt la démarche actuelle de notre gouvernement, parce qu’eux aussi commencent à rendre compte que notre générosité d’accueil a des limites…

Vaut mieux s’en prendre à quelques femmes voilées que se pencher sérieusement, honnêtement, sur les problèmes posés par la diversité. C’est plus payant politiquement, et cela rassure les obsédés du « nous ». L’islam au Québec, mal connu, dont la propension au prosélytisme n’a pas été étudiée, sert tout simplement de bouc émissaire.
Si l’on voulait vraiment s’en prendre à la diffusion d’idées susceptibles de mener à l’exclusion ou au fanatisme, il vaudrait mieux s’en prendre aux prêcheurs de théories fumeuses fondées sur la race, l’histoire « structurante », ou le « ciment religieux ». Le XXe siècle, il me semble, avait montré le danger de telles croyances. Mais le ministre Drainville préfère s’en prendre à quelques croyants sans défense, plutôt que de s’attaquer à ces « clergés » d’un autre temps. C’est moins risqué et peu coûteux. Le PQ n’est plus que l’ombre de lui-même, il n’est plus souverainiste et social-démocrate, mais national-populiste. Nous retrouvons, tel un phoenix sorti de ses cendres, le bon vieux parti « Laurentien » du temps de la Grande Noirceur.

Je suis fédéraliste et décu de voir la naiveté des gens face a l’islamisme .Je suis pour 99% de la charte
A quand un dissident au PQ,avis a tous si il y avait un vote secret a l’assemblé nationale la charte passerait avec une majorité écrasante

Le pouvoir et la ligne du Parti peuvent changer bien des choses y compris le jugement et la réflexion PERSONNELLE puisqu’il faut se fondre dans la réflexion du Parti. Monsieur Sylvain Gaudreault en est l’exemple cruelle.
Même en reconnaissant un écart de plus ou moins 8 ans entre sa réflexion de 2006 et 2014, il n’en demeure pas moins que le fond de ses convictions est si bien campé et si bien expliqué que 8 ans de vie ne peuvent pas tout chavirer surtout en ce qui concerne des libertés si profondes et des orientations éthiques si logiques.
Franchement, il faut voir comment cette Charte des valeurs n’est qu’en fin de compte une réponse au mouvement laïque devenu lui-même une religion et que ses apôtres, ayant trouver leur Pape, le PQ, cherchent à tout prix à imposer à tous les citoyens du Québec.
Au fait qu’est-ce vraiment la laïcité? Ne peut-on pas être croyants et laïques engagés tout aussi libres, intelligents et citoyens de même classe que les laïques non croyants, athées, agnostiques et quoi encore…?

Supposer que la pensée de M. Gaudreault serait figé à ce qu’il avait écrit en 2006, et le voir comme dissident réel ou potentiel à propos de la Charte et des signes ostentatoires, c’est un exercice qui frise la malhonnêteté intellectuelle, malgré l’habileté dont vous faites preuve en l’insinuant sous forme de questions. Vous référez à l’article de Paul Journet de la Presse, et vous évoquez notamment cet extrait :

« Le ministre se dit «extrêmement à l’aise» avec la position défendue par son collègue Bernard Drainville. «Ce qui est important pour moi, c’est d’avoir des balises claires pour encadrer les demandes [liées à la religion]. Ce qui s’est passé avec le kirpan, c’est parce qu’il manquait des normes claires.»

Bien sûr, comme vous le dites, quand il se dit à l’aise, il parle des balises nécessaires aux accommodements raisonnables. Mais c’était logique puisque son billet traitait de cette question. Mais faut-il conclure ou même insinuer une dissidence « en son âme et conscience » avec l’interdiction du port des signes religieux ? Plutôt que de poser vos questions aux lecteurs, posez donc LA question au ministre et requérez donc une réponse claire avant d’insinuer sa dissidence.

Soit dit en passant, je différais d’opinion avec M. Gaudreault en 2006 à propos de l’affaire Multani, autorisant le port du kirpan dans les écoles, et la décision de la Cour suprême de décembre 2012, autorisant le port du niqab en cour de justice, m’horripile encore davantage. En 2006, on ignorait les droits collectifs au profit des droits individuels, mais aujourd’hui, nombreux sont ceux qui, comme moi, croient que c’était une erreur. En 2006, il n’y avait plus de prosélytisme religieux dans les institutions étatiques québécoises: on s’était affranchi du prosélytisme catholique avec la Révolution tranquille. Dans les écoles et les hôpitaux, le clergé, pour le peu qu’il en restait, avait abandonné ses signes religieux avant l’huis de ces établissements. Mais depuis, il faut faire l’autruche pour ne pas voir le prosélytisme musulman, qui comble le vide laissé par le clergé catholique, la montée de l’islamisme ou « l’islam politique » ou de l’intégrisme musulman tant à Montréal ou Québec que dans l’Occident. Dans ce contexte, il faut nous protéger, y inclus les honnêtes musulmans, sikhs, juifs, etc. comme collectivité, d’abord par des institutions laïques avec du personnel neutre religieusement, et ensuite, comme le clame clairement Fatima Houda-Pepin, carrément par une lutte politique et législative à l’intégrisme notamment musulman. Dans ce nouveau contexte, qui sait si M. Gaudreault ne fait pas maintenant partie de ce nombre de personnes qui croient au rétablissement des droits (et devoirs) collectifs par rapport aux droits et libertés individuels, et, à cette fin, à une société pourvue de serviteurs de l’État neutres politiquement et religieusement? Allez-voir! Je ne sais pas plus que vous, et peut-être aurez-vous raison, mais c’est votre travail de le faire plutôt que d’insinuer.

Le même exercice que fait Jérôme Lussier pourrait être fait avec les politiciennes/politiciens « anti-chartes ». Par exemple, Françoise David qui veut laisser les fonctionnaires libres de porter des symboles religieux et une grande protectrice du droit à l’égalité des femmes a déjà dit :

« On observe aussi un retour aux valeurs religieuses plus traditionnelles. L’une de nos grandes surprises, à notre arrivée en Irak, a été de constater le grand nombre de femmes couvertes de la tête aux pieds du grand manteau noir qu’on appelle tchador. Pourtant, ce n’était pas pratique courante avant la guerre. On a aussi observé qu’on voyait peu de femmes dans les marchés publics et, en général, dans ce que j’appellerais l’espace public.

Il y a donc, de notre point de vue, beaucoup de raisons d’en vouloir à l’embargo. Toutefois, il faut en signaler une de plus, qui est le recul des droits des femmes. » (Françoise David devant un comité de la chambre des communes, 21 mars 2000)