Charte des valeurs: le monologue électoraliste

Le projet de Charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois a provoqué un débat vif, vigoureux, mais bien loin de la sérénité recherchée. L’enjeu touche aux trippes et chaque camp se plaint volontiers des gros mots de l’autre.

Pourtant, au milieu du bruit et des désaccords, des consensus émergent déjà. Ce n’est pas l’unanimité, mais on n’assiste pas aux mêmes déchirements qui entourent le port de signes religieux ou le maintien du crucifix à l’Assemblée nationale lorsqu’il est question d’inscrire le principe de la neutralité de l’État dans la Charte québécoise des droits et libertés, de réaffirmer avec plus de force l’égalité homme-femme, de clarifier les balises pour trancher les demandes d’accommodements ou encore d’interdire le port du voile recouvrant tout le visage pour offrir ou recevoir des services publics.

C’est ce qui a inspiré au chef libéral Philippe Couillard sa proposition de scinder le projet afin d’adopter rapidement les éléments faisant consensus. Proposition «prématurée», a répondu le ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville. «Ça fait à peine 72 heures que le projet a été déposé et il (Philippe Couillard) veut déjà soustraire une partie du projet du débat public. Voyons donc, on est en démocratie, laissons les citoyens se prononcer, je l’invite à respecter ça», a–il réagi.

Mais reconnaître des consensus et agir en conséquence n’empêche pas de poursuivre le débat sur les autres éléments et ce, aussi longtemps que nécessaire.

M. Drainville n’est pas fermé à modifier son projet, mais il le présente comme un tout dont il ne démord pas et n’a prévu aucune consultation digne de ce nom avant la présentation de son projet de loi plus tard cette automne. En fait, il faudrait parler de mascarade. Il appelle les électeurs à faire pression sur leurs députés pour qu’ils appuient le projet de Charte et prévoit 1,9 millions $ pour mousser ses idées, alors qu’il n’offre qu’un site Internet aux citoyens pour déverser leurs opinions, opinions que seulement le ministre et son personnel verront. La commission parlementaire n’aura lieu qu’après les Fêtes ou au printemps, à temps pour attiser les passions pour une probable élection printanière.

Après cela, on veut nous faire croire qu’il n’y a pas de calculs électoralistes derrière tout ça.

Un vrai débat démocratique axé sur la recherche de consensus ne peut pas se faire uniquement par médias interposés. Cela exige rigueur et structure afin de créer un esprit de dialogue, éclairer les points de vue, dissiper les idées préconçues et favoriser la compréhension des enjeux. Le PQ, que le Bloc québécois appuie sans réserve dans cette démarche, rate royalement le coche.

L’éviction de Maria Mourani du caucus bloquiste n’arrange rien à l’affaire (en plus de nuire au mouvement souverainiste dans son ensemble). Cette décision du chef du Bloc, Daniel Paillé, renforce l’impression que la soi-disant discussions souhaitée par les deux partis souverainistes ne s’applique par vraiment à eux. La dissidence ne sera tolérée que si elle se fait timide et discrète.

(Pour approfondir la réflexion sur ce projet de Charte et les enjeux politiques qu’il soulève, je vous invite à lire les nombreux billets de ma collègue Josée Legault. Ils sont très éclairants.)

 

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La marche de protestation d’hier, contre cette loi, était dirigée par un Musulman qui veut imposer la charia au Canada.

Faudrait choisir son camp, la neutralité religieuse d’État ou les religieux au travail gouvernemental qui disent préférer porter leurs voiles que de conserver leurs jobs, ce qui s’est démontré faux en France. Des menaces pour faire plier leurs pays d’accueil afin d’importer les travers de leurs anciens pays, amateurs des guerres de religion meurtrières.

Je ne suis pas d’accord avec votre analyse. Elle ne tient pas compte des contraintes de parti, quoique vous en disiez. Quand à Maria, elle a toujours eu son agenda privé. J’en encore moins confiance en votre référence, Josée Legeault, qui n’a de crédibilité qu’auprès de ces nouveaux maîtres. Il n’y a pas si longtemps encore, j’aimais bien être en opposition avec elle. Il y avait un peu d’espace pour faire un bout de chemin. Là, ce n’est plus possible. Sa rancœur envers le PQ lui enlève toute nuance et rend ses textes intoxiqués. Je suis le premier à en souffrir.

S’il y a peut-être une certaine habileté à vouloir scinder ce projet en deux ; autant dire dans ce cas que ce n’est pas proprement une Charte et moins encore une Charte des valeurs à nous les québécois. C’est un projet de loi bien normal ; dans ce cas on trompe le citoyen sur sa nature et sur son contenu.

Si s’agissait d’une vraie Charte des valeurs, de nos valeurs à nous, ce serait un acte constitutif important ; il y aurait plein de choses que j’aimerais bien voir rajoutées comme : le droit et le devoir du travail pour tous, le droit et l’accès à l’éducation pour tous tout le temps, le droit d’accès à un logement décent pour tous (trois propositions non exhaustives).

Si le Québec parvenait à se classer en premier sur ces trois propositions. Alors, nous pourrions dire que nos valeurs sont réellement exceptionnelles, que cela mériterait bel et bien d’être « encharté ».

De même, je n’observe pas dans le discours sur l’égalité hommes-femmes une quelconque acceptation de l’égalité des sexes. Le seul fait d’établir une distinction par le langage consiste à établir une distinction sexuée, donc une division. On devrait travailler sur l’égalité pour toutes et tous voilà tout.

Et les signes ostentatoires ? Ici encore de quoi parle-t-on ? En quoi et pourquoi ce serait le rôle de la fonction publique de donner l’exemple à ce chapitre à toutes les strates de la société ? Le ministre Drainville voudrait que les standards adoptés par la Charte qui s’appliquent à la fonction publique servent de modèles à la société civile toute entière. On va loin ?

Si la fonction publique doit être considérée comme un modèle d’intégration sociale, cela signifie que le législateur assume d’établir une classe qui aura prévalence sur les autres classes. D’où une hiérarchisation au profit de la fonction publique dans la société. Oublions en cette occurrence précisément toute notion d’égalité. Ce n’est plus qu’une égalité d’apparence. Rien de plus.

Est-il possible en ce contexte que la Charte devienne l’acte premier d’une éventuelle accession du Québec à la souveraineté ? « Étapisme » quand tu nous tiens ! Une préfiguration du nouvel État : oligarchique, bureaucratique, dirigiste, interventionniste et idéalement répressif.

Puisqu’il nous faut faire nos adieux à l’égalité, regardons un peu la neutralité. La neutralité ne sert qu’à produire de la distance. En érigeant la fonction en classe suprême, de préférence québécoise pure laine (ce qui est le cas actuellement), il devient indispensable d’établir une certaine distance entre celui qui administre et celui qui est administré. C’est ce à quoi sert la neutralité : à nous distancer, nullement à nous rapprocher toutes et tous.

En cette circonstance, la « neutralité d’apparence » s’objecte aux principes de la laïcité, principes qui sont sourcés dans l’appréciation de l’universalité. À ce titre, l’emploi échu aux services publiques, voire parapubliques et municipaux, c’est l’obligation d’exercer selon la vertu en toute impartialité ; ce qui veut dire dans la probité, avec droiture, avec intégrité, avec discernement dans le respect du droit et des procédures. Autant de notions qui ne sont pas précisées dans nos Valeurs à nous les québécois. On se veut neutre sans entrer vraiment dans d’autres détails que ceux de quelques oripeaux vestimentaires désormais prohibées. Ce n’est pas parce que ça parait « plusse » beau comme ça, que c’est beau !

Non seulement ce projet de Charte — peu importe la forme définitive qu’il prendra — nous fait reculer d’au moins un demi-siècle dans le temps, ceci porte en soi le germe de la désobéissance civile. La reconnaissance du droit à l’indépendance citoyenne devrait être considéré en cette occurrence comme une vertu de société supérieure et un plus grand bien.

J’aime bien votre expression « valeurs à nous ». En dehors d’un droit à l’auto-défense associé à la peur de l’autre je ne vois rien à l’horizon. L’égalité homme-femme est née chez Condorcet, Stuart-Mills et bien d’autres avant de débarquer sur les rives du Saint-Laurent (1944- droit de vote aux femmes québécoises, infantilisées depuis des lustres, bien tardivement vous en conviendrez). L’égalité doit beaucoup plus à Rousseau et à Voltaire qu’à Monsieur Drainville, vous en conviendrez aussi. Les valeurs chrétiennes sont… chrétiennes. Les valeurs universelles appartiennent beaucoup plus à Kant qu’à « Saint-René », Dieu ait son âme. Quant à la liberté de l’individu, cette valeur fondamentale semble être passée aux oubliettes de l’édifice mental québécois, étant sans doute déléguée au pouvoir central, anglophone et hostile par définition.

madame Cornellier, peut-on reprocher aux politiciens de faire de la politique ?

LA CHARTE; PEUT-ON EN DISCUTER SUR LE FOND?

Mettons de côté tout ce qui peut-être émotif :
– « c’est mon corps, c’est mon sang », je ne suis rien sang mon signe religieux », etc.
– nos mères ont pris 200 ans pour se défaire du voile et de la religion
– c’est électoraliste, c’est politique
– etc

Le problème : quelqu’un qui porte un signe religieux quand il travaille dans la fonction publique. Je crois que c’est le débat.

Qui donne les services et qui les reçoit?

1- Les services qui sont donnés par la fonction publique le sont presque toujours de nature monopolistique. On ne peut les avoir ailleurs : Ex : SAQ, sauf pour quelques vins, Hydro-Québec, la SAAQ, et bien évidemment, le ministère du Revenu.
2- En tant qu’ex-fonctionnaire, j’ai donné des services pendant 33 ans. J’étais payée pour ce travail. Devais-je lui faire subir mes droits? Pas sûr.
3- Par contre, la personne en face de moi avait tous les droits de s’habiller comme elle le voulait. C’est elle qui reçoit le service.
4- Elle reçoit un service qu’elle ne peut recevoir ailleurs. Par contre, j’ai le loisir si je ne suis pas contente de mon emploi, d’aller travailler ailleurs.

Quand je vais au ministère du revenu, je n’ai pas le choix. Il n’y a qu’un ministère du revenu qui donne le service. Par contre, si je veux envoyer mon enfant dans une école privée et que je n’aime pas l’accoutrement des professeurs, j’ai le loisir de l’envoyer dans une autre institution.

Par contre dans le public, on ne peut pas le faire. C’est au professeur de s’ajuster, l’élève, n’ayant pas le choix de l’école publique jusqu’à un certain point, doit grader le droit de montrer ses signes religieux, s’il le désire.

Il me semble que c’est pas si compliquer que cela.

Quand à Mme Mourani, elle profite largement de sa lapidation publique et elle en retire justement, tout le côté politique. Pour quelle raison? Elle seul le sait : par vengeance contre son chef, par opportunisme politique,…

M. Couillard s’aplatissant devant une assemblée de femmes, déclarant avec force qu’il n’acceptera jamais qu’on interdise le voile, qu’est-ce que c’est
sinon un acte purement électoral? M. Couillard a bel et bien commencé sa campagne! Il semble que Josée Legault a un compte à règler avec le parti québécois et Mme Marois. Elle est tellement négative que c’est exaspérant et elle commence à devenir prévisible. A la radio de Radio Canada on n’invite que ceux qui sont contre la charte. Ne pourriez-vous Aavoir USSI présenter des articles de personnes qui souhaitent cette charte des valeurs québécoises? Tous ces intellectuels qui ne veulent pas qu’on interdise le port du voile se rendent t-ils compte que cela revient à dire « égalité pour les occidentales. Les femmes venue d’Orient et d’Afrique du nord n’en ont pas besoin »? Curieux prise de position! Nadine Magloire

A propos du crucifix à l’Assemblée nationale. Les grands artistes du passé ont souvent peint des scènes religieuses ou mythologiques. Si l’Assemblée nationale possède une toile de ce genre. doit-elle l’enlever en tant que signe religieux ostentatoire? Nadine Magloire

La vision péquiste participe d’un fantasme conscient que je décrirais ainsi: Un village gaulois, barricadé, qui ne possède ni courage, ni potion magique. Au lieu d’aller vers la cité rejoindre les habitants de notre trop petite planète, il se cantonne dans l’entre-nous et le renforcement tribal. Hanté par son passé et ses fantômes, il propose une improbable « Charte des valeurs indigènes » qui sont fondées sur la peur de l’Autre et il entreprend une chasse aux aux sorcières, hébraïques ou mahométanes, pour occuper ses valeureux guerriers. J’en veux pour preuve de ce comportement tribal, le maintien du crucifix ostentatoire de l’Assemblée nationale, qui servira sans doute à exorciser les non-druides.

Un signe de renouveau de la part du PQ serait qu’il propose de s’appuyer tout simplement sur une Charte des droits améliorée et fasse confiance aux membres de sa tribu pour gérer l’accueil des nouveaux arrivants. La rédaction d’un vade-mecum sur les arrangements raisonnables suffirait. J’espère que nos irréductibles gaulois me pardonneront l’emploi d’une expression romaine.