La Charte et la ligne de parti : faisons place à la souplesse

À divers degrés, tous les partis politiques vivent des crises internes à cause de la Charte. Mais si les crises varient en nature et en intensité, la cause est la même dans tous les cas : l’obligation de maintenir une façade d’unanimité, dit Jérôme Lussier.

Photo: Jacques Boissinot/Presse canadienne
Photo: Jacques Boissinot/Presse Canadienne

Après des mois de tergiversations, Fatima Houda-Pepin ne siègera plus au caucus libéral.

C’est la dernière victime de l’interminable saga de la Charte des valeurs — celle-là même qui devait unir les Québécois, selon le ministre Drainville.

La Charte a déjà mené à l’expulsion de Maria Mourani du Bloc Québécois. Au sein de la famille souverainiste, Gilles Duceppe, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Jean Dorion, Michel Seymour et autres ont publiquement manifesté leur dissidence.

Les jeunes péquistes sont divisés. On sait que certains députés et ministres du PQ — dont le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud — sont eux-mêmes mal à l’aise avec la Charte. Il existe certainement des divergences semblables au sein de la CAQ.

À divers degrés, donc, tous les partis politiques ont vécu ou vivent des crises internes à cause de la Charte. Mais si les crises varient en nature et en intensité, la cause est la même dans tous les cas : l’obligation de maintenir une façade d’unanimité et de cacher les dissidences, même légitimes, derrière une ligne de parti étanche.

Bien que rien n’oblige concrètement les formations politiques à jouer dans cette mascarade, les journalistes et chroniqueurs ne favorisent pas la transparence et la vigueur du débat public quand ils font passer toute dissension interne pour un scandale. Avec comme résultat que les partis cherchent frénétiquement à dissimuler toute hétérogénéité d’opinion au sein de leur caucus.

Or, la meilleure façon de gérer ces crises — maintenant et pour l’avenir — ne consiste pas à étouffer les opinions divergentes et à resserrer encore davantage l’étau du chef sur ses députés.

Il faudrait plutôt accorder à ceux-ci un droit de dissidence plus étendu, notamment pour des questions de principe qui ne contredisent pas, par ailleurs, les orientations fondamentales d’un parti politique. (Il va de soi qu’un élu péquiste ne pourrait pas se dire fédéraliste et qu’un libéral ne peut pas être souverainiste.) La diversité d’opinions au sein d’un parti politique deviendrait chose habituelle ; il faudrait trouver d’autres raisons de crier au scandale ou à la crise de leadership.

Dans le contexte de la Charte, un vote libre de toutes les formations politiques réglerait plusieurs problèmes d’un coup.

Les crises internes disparaîtraient — tant pour les opposants que pour les partisans du projet de loi 60. Il y aurait sans doute quelques libéraux pour, quelques péquistes contre, et la CAQ serait elle aussi divisée.

Le débat cesserait d’être aussi partisan et tranché, et on verrait apparaître des positions et des compromis plus nuancés qui pourraient rallier des députés de formations différentes. Le caractère transpartisan des appuis et des objections à la Charte ramènerait le débat sur le terrain des idées et des arguments plutôt que celui des sondages, des distractions et des sophismes.

Plus généralement, l’assouplissement de la ligne de parti permettrait de donner voix à la nouvelle diversité des positionnements politiques au Québec et favoriserait sans doute l’implication politique d’hommes et de femmes plus indépendants, réticents à devenir les perroquets dociles d’une ligne de parti dictée d’en haut.

En somme, l’assouplissement des lignes de partis enrichirait notre démocratie de plusieurs manières et contribuerait certainement à combattre le cynisme ambiant — celui-là même qui fait que, malheureusement, à peu près personne ne croit qu’une telle révolution soit possible.

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« On sait que certains députés et ministres du PQ — dont le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud — sont eux-mêmes mal à l’aise avec la Charte ». Où êtes-vous aller chercher ça? L’article que vous mettez en référence ne donne pas le début du commencement d’une indication voulant que Bertrand St-Arnaud est mal à l’aise avec le projet.

L’article indique qu’il se fait extrêmement prudent dans ses commentaires. Rien de plus normal. St-Arnaud peut être d’une extrême prudence sans être mal à l’aise avec le projet.

Crise parce que ce n’est pas la dichotomie traditionnelle fédéralistes-souverainistes, ou la plus récente dichotomie gauche-droite, mais plutot la dichotomie identitaires-multiculturalistes.

Ce débat qui a lieu en Europe depuis plusieurs décennies, est tout à fait nouveau au Québec.
Je prédis que le prochain débat va porter sur l’immigration (comme en Europe) parce que le problème est là et non dans les signes ostentatoires.

Complètement d’accord car le PQ agit comme si le Québec était une république dans l’Union européenne.
Avec la loi 60, l’immigration va diminuer automatiquement car les seuls francophones qui cherchent un pays libre et accueillant comme le Canada proviennent des pays africains francophones

Quoique je sois pleinement favorable à la liberté d’expression et que je n’ai pas d’objection avec le fait de laisser les élus discuter librement et publiquement de toutes sortes de sujets y compris les enjeux de société. Quoique personnellement je ne verrais rien d’infâmant avec le fait qu’un député à titre personnel puisse voter contre un texte de loi ou bien s’abstenir. Ni qu’il soit possible d’amender certains textes de lois sans devoir obligatoirement obtenir le soutien ou le consentement ou la permission d’un groupe parlementaire particulier pour pouvoir procéder.

Il n’en reste pas moins que cela met sur la table le principe même de l’existence des partis. Faire partie d’un parti, c’est être partisan, c’est adopter une ligne de parti, c’est accepter de se soumettre à la discipline du parti lorsque la dynamique du parti l’exige.

Indubitablement, cette rigidité partisane éloigne sans doute des membres de la société civile qui ont des idées et du talent de pouvoir siéger également sur les bancs des Parlements. Si ce n’est que nous sommes tenus par des règles, certaines sont écrites ; certaines sont non-dites, non-écrites et de par le fait-même inter-dites.

La politique est un méchant jeu. Le fait qu’il y ait des partis qui périodiquement se livrent des batailles en période électorale prouve que le débat politique n’est jamais très loin de la sphère belliqueuses ; rien n’indique que les citoyens ordinaires, plus portés à vivre dans la tranquillité et dans la paix souhaitent qu’en tout temps il y ait un vainqueur et des vaincus.

Aussi si nous voulons un débat juste, franc, positif, ouvert ; devrions-nous dans ce cas réviser le mode d’accès des citoyens à l’ensemble des postes de la fonction publique. Dans ce cas on n’entrerait pas dans la sphère politique en fonction des aléas du vote populaire mais plutôt sur la base de projets.

— En cette occurrence nous pénètrerions dans une ère nouvelle : celle de la politique créative.

Excellent article, qui démontre bien que l’adoption de cette loi tient beaucoup plus de l’électoralisme que du bon fonctionnement de la société. Loin de penser au vote libre, le gouvernement suggère qu’un vote contre ce projet de loi serait une raison pour déclencher des elections.

Tous ici avons une idée de ce la société devrait tolérés , accommodement etc , pour des gens la Sharia est acceptable pour les groupes concernés pour d’autres tout les signes religieux devraient être proscrit .
Une chose certaine il faut un encadrement (Charte quelconque )pour évier que chacun y aille selon son jugement.
Les sujets de ce genre devraient faire l’objet de vote secret a l’assemblé nationale et soumis a un référendum lors des élections si le résultats du vote est serré

Jérôme Lussier soulève le point le plus important à mon avis en ce qui concerne la structure même de notre mode de gouvernance. Les partis politique nuise à l’évolution de nos démocraties. Les députés doivent pouvoir exprimer les points de vues nuancés et les aspirations de leurs constituants en tout temps. Notre système parlementaire possède de très bonnes qualités mais il est figé dans le temps. Nous sommes conditionnées de façon continuelle à croire que les partis politique sont essentiels à la vie démocratique. Il n’en est rien. Nous avons désespérément besoin d’une plus grande participation citoyenne institutionnalisée qui permette la démocratie des idées. Nous pouvons transformer sans trop de peine notre monarchie parlementaire en un système plus inclusif qui permette l’avancement de solution durable à nos problèmes. Nous pouvons faire beaucoup mieux. Robert Beaulieu

M. Lussier parle de « souplesse », et de respecter les opinions divergentes, mais il fait lui-même de la censure sur sa propre page facebook. Il semble incapable d’accepter les opinions opposées et d’argumenter avec ses interlocuteurs.

Je suis rarement d’accord avec M. Lussier mais, sur le point de la souplesse, il a parfaitement raison.
La partisannerie extrême qui afflige maintenant le « débat public » met aussi en péril notre système démocratique.
Et pas seulement au Québec : on n’a qu’à voir ce qui se passe aux US ou l’appareil gouvernemental est quasi-paralysé.
Je crois que la solution passerait par une « libération » partielle des élus
Ainsi, chaque Parti pourrait définir trois niveaux d’importance aux différentes questions en jeu:
1. Celles qui n’ont pas d’incidence sur la raison d’être du Parti et sur lesquelles les députés pourraient voter et s’exprimer librement;
2. Celles qui ont une certaine incidence sur cette raison d’être, et sur lesquelles une ligne directrice, non-contraignante mais, disons, moralement impérative, serait donnée aux députés. Ceux-ci pourraient alors voter librement tout en se sachant en « défaveur » advenant une dissension
et,
3. Celles allant au cœur même de la raison d’être du Parti, ex l’indépendance pour le PQ, et sur lesquelles aucune dissension ni aucun vote libre ne sauraient être tolérés. Le noyau dur, pour ainsi dire!
Je sais que le « diable est dans les détails » mais un semblable exercice qui permettrait d’identifier ces trois niveaux de fidélité serait salutaire et ramènerait sans doute un peu de lucidité et de santé mentale dans le débat public … qui n’en est malheureusement plus un, mais plutôt un dialogue de sourds!
On peut toujours rêver!

Mme Ouda-Pépin est une femme d’état. Elle voit loin et large. Elle voit l’ensemble de la question. Ce n’est pas le cas du PLQ qui favorise la politique partisane.

Le PLQ sait qu’il a 30 % des voix des Québécois francophones et 100 % des voix des non-francophones. Donc possiblement le pouvoir aux prochaine élections. L’avenir du Québec? Au diable! La paix sociale? Qu’importe. 🙁 Le pouvoir à tout prix.

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