Charte des valeurs : La petite noirceur

Dans le débat qu’il pilote au sujet de sa charte des valeurs et de la laïcité, le gouvernement de Pauline Marois postule que les impressions valent plus cher que les faits.

Photo : Jacques Boissinot / La Presse Canadienne
Photo : Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

Le projet de loi qu’il a soumis à l’Assemblée nationale reflète fidèlement les convictions — apparemment inébranlables — de ses auteurs politiques. Du même coup, il occulte la foule d’objections suscitées par les dispositions les plus controversées de la charte, y compris celles, nombreuses, qui sont étayées par un argumentaire plus étoffé que le sien.

Aux empêcheurs de tourner en rond de tout acabit, Mme Marois et ses ministres se contentent de répliquer que leur charte séduit beaucoup de Québécois. Mais encore…

Après trois mois de discussions, on attend toujours de savoir sur quelles données se fonde la certitude gouvernementale que la laïcité de l’État québécois est à risque au point qu’il faille circonscrire l’exercice d’un droit jugé fondamental à l’échelle de l’Amérique du Nord.

Parmi la soixantaine de gouvernements avec lesquels celui du Québec cohabite sur ce continent, aucun ne privilégie la voie suggérée par le PQ et aucun ne s’en porte plus mal. Aux dernières nouvelles, l’Ontario, où le multiculturalisme est en odeur de sainteté, n’est pas moins laïque que son voisin.

À l’appui de la thèse du gouvernement, la distinction québécoise n’est pas non plus d’un grand secours. Les prescriptions du PQ ne correspondent ni au diagnostic ni aux propositions de la commission Bouchard-Taylor, qui a pourtant étudié la question avec tout le sérieux qu’elle mérite.

Si la source de l’argumentaire du gouvernement Marois est trouble en amont, l’effet des mesures qu’il propose est encore moins limpide en aval.

L’an dernier, il a reproché avec véhémence au gouvernement fédéral de ne pas s’être livré, avant de changer des dispositions du régime de l’assurance-emploi, à des études sur les conséquences de cette réforme.

Aujourd’hui, il ne veut même pas savoir combien de ses fonctionnaires arborent au travail les signes religieux ostentatoires qu’il entend interdire, ni quelles fonctions ils occupent et dans quels secteurs.

Les ténors ministériels balaient du revers de la main l’idée qu’il puisse y avoir des dommages collatéraux sur le plan de l’embauche au sein de communautés culturelles en pleine croissance et du maintien en emploi des personnes qui en viennent. À les entendre, on pourrait croire que le Québec est un modèle d’intégration à toute épreuve. Cette impression ne soutient pas le test de la réalité.

Des études démontrent plutôt que les immigrants — et plus particulièrement ceux de minorités visibles — ont plus de mal à s’intégrer au marché du travail au Québec qu’ailleurs au Canada.

En novembre 2012, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques concluait que cet écart ne tient ni à la scolarité des nouveaux arrivants ni à des compétences linguistiques inadéquates, mais plutôt à des pratiques d’embauche discriminatoires plus répandues au Québec.

Enfin, de nombreux juristes doutent de la valeur légale du projet de charte actuel. Le gouvernement Marois a en main des avis juridiques à ce sujet. Il refuse de les rendre publics.

La première ministre et Bernard Drainville ont souvent comparé le débat que suscite leur projet à celui — très animé — qui a mené à l’adoption de la Charte de la langue française, il y a 30 ans. Mais la démarche actuelle du PQ emprunte davantage à l’ignorance volontaire qui imprègne certaines des politiques les plus controversées du gouvernement Harper qu’à l’héritage de René Lévesque.

Comme l’argumentaire conservateur en matière de criminalité, de registre des armes à feu ou de recensement, celui du gouvernement péquiste privilégie la croyance populaire, voire les préjugés, par rapport aux données empiriques.

De mes lointains rudiments de journalisme 101, j’ai surtout retenu que les faits sont aux débats de société éclairés ce que les piles sont à une lampe de poche. Et de mes cours d’histoire du Québec, que la période qu’on a baptisée la Grande Noirceur doit son nom à ce que la lumière des connaissances vivotait sous le boisseau d’un pouvoir démagogue.

Quels mots les historiens utiliseront-ils pour décrire un débat que le gouvernement choisit délibérément d’éclairer avec des bouts de chandelles ?

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Votre argumentaire, Madame Hébert, n’est pas très étoffé non plus. Il y a plusieurs intellectuels de haut niveau, ouverts d’esprit, tolérants et généreux, qui militent pour un état laïc, ce qui implique de limiter certains droits individuels. Tentez donc de répondre à leurs arguments, plutôt que de tourner en rond à « politicailler ». Je pense que votre idée, pour ne pas dire votre idéologie, était faite dès le départ et vous n’avez jamais réellement réfléchi à la question. Votre idée est plus le réflexe du multiculturalisme intégré qu’une réflexion. Vous n’apportez plus rien au débat et pourriez facilement cesser de répéter ad nauseam les mêmes arguments creux. Ne le prenez pas mal, dans l’autre camp aussi, on tourne en rond. Le noeud, il est dans la zone grise. Et les journalistes se concentrent dans le noir et le blanc. Désolant.

Qu’est-ce que les historiens vont dire de ce genre de charte? Ils vont tous dire la même chose: « Ce fut une bonne idée de repousser la religion de l’espace publique ». Que pensons-nous des années 60 où nous avons exactement fait ce genre d’excercice? Enfin, on prenait notre société en main qui était rongé par la gangraine dogmatique des cercles religieux. La religion est un cancer, une abomination humaine qui utilise la fragilité psychologique des masses pour se répendre.

Je comprends bien que cela vient en contradiction direct avec les fameuses charte de libertés etc, etc. Je comprends bien l’argumentaire des philosophes libéraux comme Chantal qui veulent ÉVITER à tous prix des conséquences douloureuses pour les individus. Je ne peux que regarder l’histoire de l’humanité pour en conclure que chaque société ayant fait le choix de limiter (souvent drastiquement) les tentacules de la religion en sont sorties grandies, puissantes et LIBRES… Le malheur des quelques individus que cela peut causer est un prix que je n’hésite pas dutout à payer pour ma collectivité qu’est le Québec.

Les historiens du 21e et 22e siècle ne parlerons JAMAIS de noirceur lorsqu’on regardera les périodes où les sociétés auront « chassé » la religion. Surtout quand cela est fait aussi « calmement » qu’au Québec.

@ Jer,

Comment expliqueriez-vous que l’ex-URSS qui s’était émancipées des « tentacules de la religion » pour vous citer ; qu’elle soit retombée tête la première dans la religion orthodoxe ou l’Islam (dépendamment des ex-républiques) ? Comment expliquer que le Parti Communiste de Chine encourage désormais les gens à pratiquer le taoïsme notamment ? Les États qui se sont construits sur les bases de la laïcité se sont établis sur le principe de la souveraineté et de la prédominance du peuple. Pas contre toutes formes d’expressions religieuses. En quoi et pourquoi, la « collectivité » du Québec devrait-elle faire cavalier seul dans ce débat ? Et accessoirement que faites-vous contre les membres de la collectivité qui ne voient pas les choses comme vous ?

Madame Hébert devrait lire Christian Rioux au lieu de nous ramener constamment le discours du multiculturalisme de Trudeau. Quand on se limite à regarder dans notre cour (USA et Canada) pour étayer son point de vue, c’est triste.

Regardez le monde madame Hébert, regardez les mouvances, les religions, l’histoire qui se répète. L’absence de religion dans l’état n’est qu’un des multiples et nécessaires remparts contre l’intégrisme qui s’installent dans ce monde. Les religions profitent simplement des discours banalisant comme le vôtre pour s’implanter, au péril, trop souvent, de l’égalité des sexes et des libertés des populations. Critiquer ceux qui veulent protéger les plus vulnérables est regrettable. Les femmes sont toujours les premières à payer pour tant d’indifférence sur la manipulation des cerveaux par les hommes.

Mme Hébert,
Habituellement, j’apprécie beaucoup vos chroniques. Toutefois, ce tte fois- ci, je crains que l’arbre québécois ne vous cache la forêt mondiale!
En effet, je serais surpris que quiconque invoque ici le péril en la demeure imminent.
Toutefois, on blâme sans cesse nos gouvernements de ne pas prévoir. De ne faire que de la politique à la petite semaine. Il faut entendre tiut ce qui compte de braillards à la radio conspuer les politiciens pour leur manque de clairvoyance concernant le Pont Champlain alors qu’on sait fort bien que pas un seul politicien n’aurait gagné de points à soulever ce problème il y a 5 ou 10 ans!
Maintenant, un gouvernement, constatant la montée de l’islamisme politique radical partout dans le monde, et ses manifestations de plus en plus visibles ici même, décide d’agir. D’innoculer contre le virus plutôt que de devoir soigner l’infection générale dans quelques années, pour reprendre l’image de Boucar Diouf, et vous le conspuez aux géhennes duplessistes!
Et, bien entendu, vous nous rappelez combien le ROC Et les US sont tellement plus ouvert et tolérants.
Un peu plus vous fléciteriez l’Ontario d’avoir voulu laisser implanter la charis. Quelle belle ouverture d’esprit! Quel beau modèle.
Pour ma part, je préfère de beaucoup agir maintenant et je félicite mon gouvernement d’avoir le courage et la vision requise pour le faire.
N’en déplaise aux bonnes consciences libérales et politiquement correctes!

C’est peut-être « La petite noirceur » mais votre papier est aussi « Le petit argumentaire ». Pas très solide. D’une pars vous vous plaignez du fait que le gouvernement s’appui sur un appui populaire pour avancer son projet, mais aussitôt vous utilisez comme argumentaire l’appel à la majorité (un sophisme) en disant « Parmi la soixantaine de gouvernements avec lesquels celui du Québec cohabite sur ce continent, aucun ne privilégie la voie suggérée par le PQ et aucun ne s’en porte plus mal ». Si on avais suivi la même logique, les droits des LGBT ne serais pas rendu loin ici!

Je ne veut pas excuser le gouvernement Marois, il n’ont certes pas été très habile dans ce débat, comme dans à peu près tout les dossier à date. On à parfois l’impression qu’il veulent prouver à l’électorat qu’il ne peuvent rien accomplir et qu’ils ont besoin d’un mandat majoritaire.

Reste que, une question que je ne vois jamais adressé dans ces chroniques est l’homophobie de ces religions et le message que leurs symbole transporte auprès de la communauté LGBT quand ceux-ci sont affiché par un employé de l’état. C’est le silence radar. C’est un argument que vous préférer ignorer. Plus simple de jouer dans le sophisme, une technique qui à fait ses preuves!

Le problème, c’est la bipolarité qui sévit dans la société québécoise. Il y a des personnes qui sont définitivement fâchées avec le PLQ et qui voient dans les politiques du PQ une sorte de planche de salut. Certains sont persuadés que ce projet de Charte est un prélude, cette fois-ci le bon, qui permettra de faire du Québec un État souverain.

Dans ce jeu, le PQ donne l’impression qu’il s’occupe vraiment de « ses gens », cela plait forcément à une partie de la population. En outre, la plupart de ces mêmes gens ne lisent pas les projets quand celui-ci par le fait-même est un projet miroir sur lequel on projette, tout autant nos peurs que nos frustrations. Et il y en a.

Quoi et qui de mieux que celles ou ceux qui pratiquent une forme religieuse étrange, sur qui projeter nos pires angoisses. D’autant plus que depuis le début du siècle, depuis les attentats du 11 septembre, depuis les rhétoriques de George W Bush, celles et ceux qui s’élèvent contre les intégrismes ; lorsque la Charte s’inscrit en quelques sortes comme la première pierre de ce mur contre l’intégrisme que nous allons ou pourrions élever dans un Québec souverain libéré de toutes influences impures ; tout cela contribue à conforter le citoyen québécois qu’il soutient actuellement le bon engagement.

Aussi ce n’est pas par la rationalité qu’on combat efficacement ce qui relève de la psyché, il faut descendre dans le subconscient des gens pour lire les algorithmes de programmation qui ont servi à les formater. C’est au niveau du programme, du système d’exploitation, au niveau du neurone ou de la machine qu’il faut se positionner.

Lorsque le bogue aura été trouvé, nous pourrons alors tourner la page et passer à de vraies choses plus réjouissantes. Dans un monde clair-obscur, ce sont sur les détails essentiels qu’il faut disposer les lampions. Car dans ce cas la disposition compte plus encore que l’intensité.

Petite noirceur? Oui
Et je dirais même: grande noirceur déguisée en arc-en-ciel aguicheur.
Le PQ possède donc la VÉRITÉ?

Excellent argumentaire de Mme Hébert, qui montre à quel point nos idéologues s’enferment aveuglément dans leurs petites certitudes. Et comme d’habitude, réactions agressives, subjectives, intempestives de représentants d’un petit peuple frileux, replié sur lui-même, « hérouvilien ». Un dialogue de sourds entre raison et émotions dont on ne se sortira jamais. Décourageant.

Madame Hébert
Il n’est pas nécessaire d’attendre que le feu soit pris dans la demeure pour penser à une système de sécurité. Un État laïque garanti sa neutralité au regard de toutes les religions. C’est ce que souhaitent les québécois.

« Divide et impera », divise et règne”: voilà une des fortes pensées de Machiavel qui a sans doute inspiré la stratégie adoptée par le PQ et proposé par « Le Prince » avec sa proposition de Charte. L’on pourrait ajouter celle-ci: “La force est juste quand elle est nécessaire ”. Claude Poulin Québec

Ce projet de Charte est un écran de fumée. Si l’on voulait vraiment combattre le prosélytisme religieux ou convictionnel, on ferait la chasse non pas à quelques croyants ou croyantes, mais aux nombreux clergés qui les « encadrent ». Si le ministre Drainville voulait vraiment un État laïque, il cesserait illico les subventions aux écoles privées confessionnelles. incluant la catholique romaine et apostolique.
Enfin, J-F Lisée et B. Drainville, cui ont le culot de se référer à Thomas Jefferson dans le NYT, feraient bien de relire le discours du président Obama au Caire, en Égypte, en 2009, qui affirmait que « la liberté en Amérique est inséparable de la liberté de pratiquer la religion de son choix…C’est pour cette raison que le gouvernement américain a recours aux tribunaux our protéger le droit des femmes à porter le voile et pour punir ceux quie leur contesteraient ce droit… L’Islam fait partie de l’Amérique ». Il me semble que Obama est plus habilité à interpréter le sens de l’héritage de Jefferson que les intellectuels de service du PQ. Des exégètes de la pensée molle.
Car ce qui me frappe le plus dans cette affaire, c’est le caractère enfantin, primaire et local du projet de Charte, qui ne sert qu’à exciter des esprits fragiles. Les Yvettes avaient peur de l’indépendance et de la valeur du dollar, les Janettes ont peur de l’Islam qui compte pour 3% de la population, dont 70% ne pratiquent pas. Peur de l’autre, peur de l’inconnu.

Le Québec est un état unique en Amérique du Nord, contrairement à la soixantaine d’autres gouvernements auxquels fait référence Mme Hébert. Même si on ajoute le Mexique à l’Amérique du Nord, dont il fait partie, ce pays et ses états ne constituent pas une minorité ébranlée dans ses fondements par l’hégémonie anglo-américaine. L’hégémonie religieuse fait aussi partie de l’érosion culturelle que vit le Québec car les religions sont souvent perçue comme faisant partie de la culture pour bien des gens (d’ailleurs le débat sur le crucifix de l’AN qu’on prétend faire partie du patrimoine national le démontre très bien). Dans ce contexte, la réaction de la société québécoise face à l’envahissement aussi ténu soit-il de religions supra-nationales n’est pas surprenante et la laïcité peut constituer un frein à cet envahissement.

La question n’est pas de savoir si cette discussion est utile – elle l’est – mais de savoir si les moyens pris par le gouvernement Marois sont légitimes et appropriés. Vous avez raison sur les faits: ils devraient être connus et discutés. La Commission Bouchard Taylor en fournit quand même beaucoup mais le gouvernement devrait au moins être transparent et appuyer sa démarche sur des données précises. Mais là où je débarque c’est que le Québec doive être la queue de veau du reste de l’Amérique du Nord anglophone… Le colonialisme hégémonique anglo-américain absorbe très facilement les autres cultures et se porte très bien; on ne peut pas en dire autant du Québec.

Colonialisme hégémonique nord-américain? Les hommes blancs, « white anglo-saxon protestants » seront très bientôt en minorité. Les État-Unis sont désormais dominés par une population mixte, qui croit à ses mythes fondateurs: l’égalité, la mobilité sociale, une démocratie alerte. Le Québec se distingue par le rêve dangereux de l’homogénéité, des mythes éteints (la mission catholique en Amérique, la famille nombreuse, l’agriculture) et éprouve beaucoup de difficulté à trouver de nouveaux mythes rassembleurs. Le projet de Charte des valeurs n’y contribue certainement pas, en s’accrochant à nos vieilles lunes comme la peur de l’autre (le protestant, puis le juif, puis le musulman) et les origines communes (en oubliant les autochtones, les anglais,, les écossais, les prussiens, les irlandais, les juifs, les maghrébins…).

Bravo Madame Hébert pour dénoncer un gouvernement qui fait fi des faits, comme le fait le gouvernement Harper et qui nous ramène à la grande noirceur de Duplessis en remplaçant les Témoins de Jéhovah par des musulmanes voilées.
La charte de Drainville , en s’appliquant à tout le personnel du secteur publique et para-publique, y compris au personnel des ministères et des hôpitaux,aux infirmières d’agence ,au personnel enseignant , à celui des garderies et des CPE , etc, serait l’une des plus sévères et des plus contraignantes au monde. Et cela sans données ou études pour justifier une atteinte aussi crasse aux droits fondamentaux. On retrouve chez
Drainville la même intolérance que celle de Duplessis.

Madame Hébert oublie-t-elle qu’elle cherche à faire un gros problème là où elle met elle-même en doute qu’il y en ait un à l’origine. Il y a en effet si peu de gens à ce point attachés aux symboles religieux ostentatoires et prêts à y renoncer au prix de la misère pour leur enfants. Je considère que les gens raisonnables qu’on prend à son service ne font pas d’histoire pour une pièce de vêtement à retirer si cela ne pose pas de menace à leur sécurité et à leur dignité.

Madame Hébert qualifie de « petite noirceur » la position du gouvernement Marois et son projet de loi sur la laïcité, ce qui n’étonne pas quand on démontre autant d’aveuglement de sa part. Celle-ci nous sert comme argument du réchauffé qu’on a pu lire et entendre notamment chez les inclusifs.

« On attend toujours de savoir sur quelles données se fonde la certitude gouvernementale que la laïcité de l’État québécois est à risque au point qu’il faille circonscrire l’exercice d’un droit jugé fondamental à l’échelle de l’Amérique du Nord. » écrit-elle. Prévenir c’est guérir. « La laïcité n’est pas une solution d’urgence à une crise: c’est un projet structurant pour l’avenir immédiat et à long terme. Même si le projet actuel ne vise pas à bloquer l’intégrisme qui traverse plusieurs religions, il a le mérite de tracer une ligne claire à ne pas franchir dans les affaires de l’État. Le message a des répercussions qui vont au-delà du seul secteur public et parapublic. » (Daniel Baril, Voir,Petit argumentaire à servir aux « anti-laïcité » et autres chartophobes)

Elle continue en arguant qu’en « Ontario, où le multiculturalisme est en odeur de sainteté, n’est pas moins laïque que son voisin. » C’est sans doute dans cet objectif de laïcité qu’on a abouti à « une motion qui prévoit plutôt que la récitation quotidienne du Notre Père sera suivie d’une seconde prière, différente chaque jour. Des prières juives, musulmanes, bouddhistes, hindoues, une incantation autochtone et un moment de silence feront partie de la rotation. » (Radio-Canada, Notre Père reste à Queen’s Park). Et il s’en fut de peu, pour que les ontariens voient un tribunal d’arbitrage qui aurait permis que certaines disputes familiales soient réglées en respectant les principes islamiques de la charia.

À cela elle ajoute « Les prescriptions du PQ ne correspondent ni au diagnostic ni aux propositions de la commission Bouchard-Taylor, qui a pourtant étudié la question avec tout le sérieux qu’elle mérite. » Pour le sérieux on repassera : « La bienveillance des coprésidents à l’endroit des musulmans, et surtout des musulmanes, a également été remarquée par Valérie Dufour, du Journal de Montréal, et Jeff Heinrich, de la Gazette. Dans leur livre Circus Quebecus, les journalistes affirment que les commissaires ont traité les féministes majoritaires de « façon méprisante », en leur faisant subir des « interrogatoires » et des réprimandes « cuisantes ». À l’inverse, en présence de femmes portant le foulard islamique, les commissaires écoutaient attentivement et présumaient de leur « bonne foi ». Ce double standard montre bien que l’écoute des commissaires était biaisée par leurs préjugés favorables à l’endroit des musulmanes, notamment des lobbys pro-hijab qui ont participé en masse aux audiences. » et l’auteure de conclure « Bouchard et Taylor ont donc posé un mauvais diagnostic et en ont tiré de mauvaises conclusions. »(Une critique du double diagnostic de Bouchard et Taylor, Joëlle Quérin, référence omise).

«L’an dernier, il a reproché avec véhémence au gouvernement fédéral de ne pas s’être livré, avant de changer des dispositions du régime de l’assurance-emploi, à des études sur les conséquences de cette réforme. » Depuis quand se base-t-on sur des « études d’impact » lorsqu’il s’agit d’introduire des principes ? A-t-on fait des études d’impact lorsqu’on a adopté la charte canadienne des droits et liberté ou la charte québécoise ? Que dire de la déclaration universelle des droits de l’homme et son corollaire le pacte international relatif aux droits civils et politiques ? Lorsque le gouvernement québécois a adopté la loi sur l’équité salariale – une loi visant l’égalité homme-femme qui a chamboulé toutes les échelles de salaire des entreprises privées autant que des institutions publiques – on a fait les études d’impact après avoir mis cette politique en place !

« Les ténors ministériels balaient du revers de la main l’idée qu’il puisse y avoir des dommages collatéraux sur le plan de l’embauche au sein de communautés culturelles en pleine croissance et du maintien en emploi des personnes qui en viennent. » Comme disait Guy Rocher« Quand on fait un choix religieux radical, il faut en accepter les conséquences… l’État n’a pas à accepter les livres saints. » Ce sont ces personnes qui choisissent de se marginaliser. Pense-t-on à abolir la loi sur les Normes du travail parce qu’un propriétaire d’une entreprise qui ne respecte pas les normes menace de fermer son entreprise ou de congédier les employés qui voudraient se plaindre – souvent des employés composés d’immigrants – parce qu’il ne veut pas se soumettre aux directives ?

« Enfin, de nombreux juristes doutent de la valeur légale du projet de charte actuel. » Comme le mentionne Pierre Trudel, professeur de droit et blogueur au J.de M. :« N’en déplaise à ceux qui sont prompts à crier au racisme ou à l’exclusion lorsque sont avancées des propositions qui les indisposent, les conceptions française et allemande des droits fondamentaux, qui ont inspiré le projet mis de l’avant par le gouvernement, ne sont pas moins respectueuses des droits de la personne. Mais elles situent les limites des droits individuels à un point différent de celui qui est préconisé dans les conceptions actuellement avalisées par les tribunaux canadiens. (La pluralité des conceptions des droits). « En transformant les choix collectifs en droits individuels à l’aide des grilles d’analyse héritées de Trudeau, les tribunaux ont réduit le champ de l’action démocratique. » (Joëlle Quérin,Une critique du double diagnostic de Bouchard et Taylor)

Je crains que «[l]’ignorance volontaire » ne soit davantage la pensée de Chantal Hébert.

@ Marc Sauvageau,

Il existe une « Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne » promulguée en 2010, vous pourrez la télécharger en français au complet par l’entremise de ce lien :

http://europa.eu/legislation_summaries/justice_freedom_security/combating_discrimination/l33501_fr.htm

L’objectif et les principes qui sous-tendent cette charte adoptée — soit-dit en passant par 28 pays libres et indépendants — est de lutter efficacement contre toutes les formes de discriminations. Le principe qui soutient cette charte, c’est l’égalité de traitement pour toutes et tous sans distinction de race ou d’ethnies, d’appartenance religieuse, de sexe, d’orientations sexuelles, etc.

Que ceci vous plaise ou non, le projet de Charte tel qu’il existe actuellement au Québec est porteur de toutes sortes de discriminations en voici quelques exemples :

_ Suivant que vous travaillez pour le public ou pour le privé.

_ Suivant que vous faites garder vos enfants dans une garderie subventionnée ou bien pas. Soit-dit en passant, si vous faites garder vos enfants dans une garderie privée, vous êtes éligible à des crédits d’impôts ; donc ce sont les paliers de gouvernements qui vous subventionnent directement pour faire garder vos enfants.

_ De la même façon on établit une distinction entre les établissements d’enseignement publics ou privés qui pourtant sont aussi subventionnés (jusqu’à 60% dans certains cas) ; quant aux dépends engagés par les parents, ils sont aussi déductibles de l’impôt.

_ Il y a donc bien une discrimination entre les citoyens les plus fortunés et les autres. Les uns peuvent s’ils le veulent choisir le type d’encadrement pour leurs enfants, quand les autres n’ont pas le choix.

_ On pourrait dire la même chose des cliniques privées qui ne sont pas astreintes par le projet de loi. Ce qui en plus risque de signifier que plusieurs personnes qui travaillent actuellement dans le système public de santé pourraient tout aussi bien migrer vers le privé. Pourtant les étudiants en médecine notamment, peu importe où ils vont exercer, ont leurs études largement subventionnées.

_ Tout pareillement, le principe de neutralité religieuse de l’État auquel vous êtes particulièrement attaché, n’est pas supporté par ces autres principes tout aussi puissants, que sont ceux pour le citoyen d’obtenir de la part des ministères publics, un traitement équitable et impartial partout. Hors les principes d’égalité, d’équité et d’impartialité ne sont pas au menu du projet de Charte de la laïcité à nous les québécois. Ce sont pourtant sur de tels principes que se fondent tous les systèmes laïques proprement assumés.

Enfin :

La Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne prévoit (article 52): « (…) des limitations ne peuvent être apportées que si elles sont nécessaires et répondent effectivement à des objectifs d’intérêt général reconnus par l’Union ou au besoin de protection des droits et libertés d’autrui. »

— Dans la pratique, le projet québécois est bien destiné à limiter les droits individuels de minorités profilées sous prétexte d’intérêt général. Un intérêt général qui n’est ni établi, ni prouvé et qui n’est pas spécifiquement reconnu et/ou identifié par les diverses instances de la Confédération. Quand tout cela n’est en rien représentatif du cadre général qui convient à toutes les formes de laïcité.

En sommes on souhaite mobiliser les fidèles par une sorte de fondamentalisme d’obédience laïque. Ce qui permettrait de faire du Québec une société unique en son genre dans le merveilleux concert des nations.

Qu’il y ait des pauvres et des riches, c’est déjà une discrimination. L’État impose davantage les riches que les pauvres, c’est de la discrimination. Faire des choix, c’est discriminé. L’État a le droit de déterminer qui sont ses agents et en tracer la limite sans que ce soit de la discrimination. Une mesure qui semble discriminatoire mais qui cible la neutralité religieuse de l’État n’est pas pour autant discriminatoire.

Une charte qui vise à « affirmer les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes » n’a pas pour objectif de protéger les citoyens à l’égard des fonctionnaires afin que ceux-ci se conforment à des règles sur l’équité et la neutralité. On peut toujours s’en remettre à loi sur la fonction publique (art. 5-10).

Vous faites un lien bizarre en voulant appliquer un article d’une loi européenne à une loi québécoise. Un « intérêt général reconnu par l’Union » que vous voudriez transposer à une sorte d’« intérêt général » reconnu par des « instances de la Confédération » en faisant fi de la constitution canadienne ! Puisque dans cet article 52, on fait mention de la protection des droits et libertés d’autrui, la cour Européenne des droits de l’homme a statué que l’interdiction à une enseignante de porter le foulard islamique dans une école était « une mesure justifiée dans son principe et proportionnée à l’objectif visé de protection des droits et libertés d’autrui, de l’ordre et de la sécurité publique. »(Dhalab c Suisse) Reconfirmer dans la décision Dogru c France : « La Cour rappelle aussi que l’Etat peut limiter la liberté de manifester une religion, par exemple le port du foulard islamique, si l’usage de cette liberté nuit à l’objectif visé de protection des droits et libertés d’autrui, de l’ordre et de la sécurité publique ». Elle ajouta au surplus : « La Cour a ainsi estimé que la laïcité était assurément l’un des principes fondateurs de l’Etat qui cadrent avec la prééminence du droit et le respect des droits de l’homme et de la démocratie. »

Madame Hébert, ici comme lors de vos passages à la télé, j’apprécie vos opinions éclairées. Je suis toutefois étonné que personne n’ait pris le temps d’établir un lexique de tout ces mots et concepts. Des fois je me demande si nous débatons tous la même question! Par exemple, laïcité n’est pas synonyme d’agnostique; que les droits individuels ne sont pas subordonnés aux droits collectifs, ils sont, à mon avis, de même importance; et, surtout, qu’une Charte des valeurs est plus qu’un énoncé de régie interne destiné aux employés de l’état et de ceux qui contractent avec l’état.

Oui, le Québec a besoin d’énnoncer les valeurs qui décrivent notre société. Oui, il faut baliser le contexte dans lequel ces valeurs s’appliquent. Tout ceci en faisant la balance entre les droits individuels et les droits collectifs. Et c’est sur ce dernier point que le gouvernement Marois a magistralement échoué.

Nos Valeurs sont nos étendards par lesquels nous proclammons qui nous sommes. Cette identité est à la fois patrimoniale et moderne, Cette identité reconnaît les valeurs judéo-chrétiennes qui ont animées ceux et celles qui ont bâti notre pays et configuré ses institutions mais que dans dans son application tous sont égaux dans tout les domaines énoncés par la Charte des droits qui fait notre fierté collective.

Un élément parmi d’autres : pouquoi pas définir un code vestimentaire descriptif pour régir l’habillement des fonctionnaires de l’état au lieu de créer des structures qui briment une valeur aussi fondamentale que la liberté de religion. De toute façon si la garantie d’un État laïc est de changer l’habit de ses représentants, c’est, à mon avis, faire bien peu de cas des individus que sont les fonctionnaires. Ce n’est pas en s’habillant d’un sarreau que l’on devient médecin ou comme disait ma grand-mêre : « L’habit ne fait pas le moine » (et désolé pour la connotation religieuse!).

Bref, mettons les pendules à l’heure sur les termes employés et faisont preuve d’assez de sagesse pour laissez tomber les positions démagogiques.

Pauvre Chantal,
À vivre trop longtemps sous la cloche de verre qui recouvre la bulle qu’est Ottawa on finit par vivre sur une autre planète. J’y ai passé suffisamment de temps pour en connaître l’atmosphère et le sentiment omniscience qui y fleurit.
Vous nous parlez de faits, et argumentez en nous citant l’exemple que nul autre de la soixantaine de gouvernement de notre continent que le Québec n’a choisi de légiférer pour garantir la laîcité de l’ État. D’une part j’aimerais vous souligner que nul autre gouvernement du continent n’est régi par le Code Civil, pas plus que nul autre n’a eu à légiférer pour protéger sa langue, quoique il est fort probable que plusieurs États américains pourraient bien passer à l’acte dans un avenir plus ou moins rapproché.
»Des études démontrent plutôt que les immigrants — et plus particulièrement ceux de minorités visibles — ont plus de mal à s’intégrer au marché du travail au Québec qu’ailleurs au Canada. » Se pourrait-il que plus il y a de chômage, plus il est difficile pour les minorités visibles de se trouver du travail?
»Enfin, de nombreux juristes doutent de la valeur légale du projet de charte actuel. » Sans être avocate ou juriste, j’ai pu constater au cours des décennies que pour une opinion juridique il en existe une autre qui démontre le contraire et qu’au bout du compte, tous les analystes juridiques lorsqu’on sollicite leur opinion vous diront, »Je ne saurais présumer de la décision de la court, mais je crois que … » En d’autres termes, vous avez peut-être une bonne cause, mais une jugement est bien souvent fondé sur un coup de dé que le juge ou le tribunal prendront des mois et des centaines de pages à justifier.
Je me serais attendu à mieux de votre part. Votre étoile serait-elle pâlissante?

Diane Veilleux

Je vous ferai remarquer que le chömage au Québec est dans la moyenne canadienne, et que les immigrants ont plus d’instruction que la moyenne des québécois. Alors?

Pauvre Chantal,
(suite)

»Des études démontrent plutôt que les immigrants — et plus particulièrement ceux de minorités visibles — ont plus de mal à s’intégrer au marché du travail au Québec qu’ailleurs au Canada. » Se pourrait-il que plus il y a de chômage, plus il est difficile pour les minorités visibles de se trouver du travail?
»Enfin, de nombreux juristes doutent de la valeur légale du projet de charte actuel. » Sans être avocate ou juriste, j’ai pu constater au cours des décennies que pour une opinion juridique il en existe une autre qui démontre le contraire et qu’au bout du compte, tous les analystes juridiques lorsqu’on sollicite leur opinion vous diront, »Je ne saurais présumer de la décision de la court, mais je crois que … » En d’autres termes, vous avez peut-être une bonne cause, mais une jugement est bien souvent fondé sur un coup de dé que le juge ou le tribunal prendront des mois et des centaines de pages à justifier.
Je me serais attendu à mieux de votre part. Votre étoile serait-elle pâlissante?

Diane Veilleux

Madame Hébert, vos opinions sont personnelles.
Vos opinions sont celles d’une francophone élevée dans un milieu anglophone de sorte qu’elles sont colorées par le multiculturalisme du ROC. Il faudrait parfois comprendre mieux les opinions des francophones de milieu francophone qui a le droit d’avoir une sensibilité autre, distincte, différente de la marée américaine anglophone. Ainsi, il faut être prudent quand on compare la voie empruntée par le Parti québécois avec celle empruntée par la soixante de gouvernements voisins … « qui ne s’en porte pas plus mal ». Il y aurait bien des éléments à relever et, comme exemple, je retiendrais celui mentionné par le journaliste Christian Rioux, à savoir que la laïcité pour un anglophone n’a pas de signification comparable avec la personne de culture française : la reine d’Angleterre est à la fois chef d’État et chef de l’église anglicane … vous connaissez l’importance de la royauté britannique pour un anglophone par rapport à l’indifférence, pour le même sujet, d’un francophone?
À mon sens, la commission Bouchard-Taylor aurait eu plus de crédibilité si une femme avait été à leur côté pour émettre son point de vue. Réellement, comment un gars peut-il savoir l’inconfort de se faire imposer des vêtements qui t’obligent à te cacher … plus ou moins entièrement! Est-ce que ces gars se sont pratiqués à se vêtir ainsi?
J’appuie le gouvernement dans son désir d’interdire les signes religieux ostentatoires. Peu importe qu’il y en ait un ou cent, l’interdiction doit être énoncée avec fermeté. Que tous soient informés : la discrétion doit être de rigueur. Les signes ostentatoires dérangent, nous mettent mal à l’aise et on a le droit de le faire savoir et ceux qui veulent vivre avec nous doivent être au courant de cette situation.
Pour être embauchés, les nouveaux arrivants doivent se plier à nos coutumes … et qu’ils se souviennent que si les Québécois avaient à travailler dans leur pays d’origine si souple et si accueillant (!), ils auraient à se soumettre à leurs exigences … POINT À LA LIGNE.
Votre conclusion … « débat que le gouvernement choisit délibérément d’éclairer avec des bouts de chandelles » … est plus que sévère. « Votre » autorité a le droit de primer?

Une autre intellectuelle élitiste qui adhère au dogme bisounours du multiculturalisme rédempteur. Le multiculturalisme au Québec à pourtant un effet assimilateur. Oui le multiculturalisme risque de noyer l’identité francophone québécoise à moyen/long terme. Un ontarien n’a rien à craindre de cela car l’immigrant parlera l’anglais d’emblé, par choix. Menace pour l’identité linguistique il n’y a point. Dans le cas d’une bulle francophone au centre d’un océan anglophone, l’impact est différent, conséquence il y a. L’idéologie dominante dont madame Hebert fait la promotion sans nuance est grossière. Tous le monde à genoux, ceci est mon corps identitaire livré pour vous! Madame Hebert peut bien s’essuyer les bottes sur la plèbe tant qu’elle voudra, son élitisme transpire une touche de mépris du citoyen ordinaire, elle passe trop de temps dans les hautes sphères et se déconnecte de la démocratie populaire.