Citation de la semaine: l’«injuste part» des filous

C’est jour de ma «citation de la semaine» (*).

Ces citations, vous le savez, sont choisies pour ouvrir le débat à vos observations et vos analyses. J’ai toujours hâte de vous lire.

Cette semaine fut particulièrement dure sur les nerfs des contribuables.

À la commission Charbonneau, on assistait à un énième épisode de l’extrême générosité envers les partis politiques établis – aussi intéressée qu’illégale – qu’ont longtemps eue certaines des entreprises les plus gâtées en retour avec de généreux contrats publics.

Ainsi, Rosaire Sauriol – un des grands manitous de l’omniprésente firme de génie-conseil Dessau -, reconnaissait qu’entre 1998 et 2012, la compagnie avait versé, de manière tout à fait illégale, pour près d’un million de dollars en dons au PLQ et au PQ.

Cet «aveu» suivait ceux d’autres firmes de génie-conseil comme Genivar, BPR et SNC-Lavalin.

Le tout, pour répondre, disent-ils, aux «commandes» que leur passaient les partis politiques eux-mêmes.

Du côté du Parti québécois, Pauline Marois a néanmoins répété que «son» parti n’avait jamais pratiqué ce jeux dangereux. Force est donc de constater que la mémoire de la première ministre sur le sujet est passablement sélective.

En effet, en 2006, le rapport du juge Jean Moisan concluait que le Parti québécois avait «sciemment fermé les yeux sur le contournement de la Loi sur le financement des partis politiques afin de bénéficier des largesses de l’ancien patron de Groupaction, Jean Brault, récemment reconnu coupable de fraude». Et ce, pour un total de 96 400$ de 1995 à 2000.

Pour lire le rapport Moisan, c’est ici.

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Puis, ce jeudi, alors qu’on pensait avoir tout vu et entendu, la cerise tombait lourdement sur ce gâteau empoisonné.

De la bouche du même Rosaire Sauriol, on apprenait que la corruption était aussi «déductible d’impôt»!

Avouez que c’est quelque chose d’apprendre que la corruption est «déductible d’impôt» le jour même d’un budget. Celui-là, fédéral…

Bref, après des années de détournement massif de fonds publics par corruption, collusion, gonflements de prix, trafic d’influence et financement occulte des partis, voilà qu’en déduisant la corruption d’impôt, on aura volé les contribuables non pas une fois, mais deux fois!

Eh oui. Des entrepreneurs auront, en plus, déduit de leur impôt leur propre financement illégal des partis politiques, de même que les «cadeaux» qu’ils offraient à des élus et des fonctionnaires trop heureux de les accepter sans le moindre état d’âme.

La citation de la semaine nous viendra donc courtoisie de Me Philippe Bertelet, avocat de la Ville de Montréal.

S’adressant à M. Sauriol de Dessau, il lui lançait :

Vous corrompiez du monde et c’était déductible d’impôt! C’est pas juste les Montréalais, mais aussi les contribuables québécois et canadiens qui en ont fait les frais!

Et la réponse de Rosaire Sauriol? Elle fut aussi brève que claire : «Vous avez raison».

La belle affaire…

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En ce 22 mars – jour du premier anniversaire de l’immense manifestation où plus de 200 000 personnes, toutes générations confondues, prenaient les rues de Montréal, pacifiquement, contre la hausse des frais de scolarité et l’ensemble de l’oeuvre du gouvernement Charest, la véritable ironie, elle est là.

Le 22 mars 2012, les rues de Montréal en ont vu de toutes les plus belles couleurs...
Le 22 mars 2012, les rues de Montréal en ont vu de toutes les plus belles couleurs…

Pour justifier sa première hausse de 75%, Jean Charest et son ministre des Finances répétaient à satiété que les étudiants, comme les «autres» Québécois, devaient contribuer leur «juste part».

Or, la commission Charbonneau confirme de plus en plus clairement que c’est à coup de milliards de dollars en fonds publics qu’au fil des ans, les Québécois ont été floués.

La «juste part», qu’ils disaient?

Pendant ce temps et depuis des années, les filous de tout acabit cachés parmi les entrepreneurs, hauts-fonctionnaires et élus, avaient pourtant eu droit, quant à eux, à se servir eux-mêmes une fort généreuse «injuste part» de notre argent…

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Ce 22 mars marque également la sortie d’un magnifique ouvrage: «Le printemps québécois. Une anthologie», publié chez Écosociété.

Page après page, ce bijou fait revivre et mieux comprendre pourquoi et comment, au fil des semaines et du contexte politique mouvant, la plus longue grève étudiante de l’histoire du Québec prenait la forme d’un véritable mouvement social.

Ce livre, on se l’offre pour ne pas oublier. On le partage pour l’espoir. Et surtout, on le garde précieusement pour les générations futures.

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(*) Pour des circonstances imprévisibles, vous aurez peut-être noté que vendredi dernier, il n’y avait pas de «citation de la semaine». Alors, on se reprend aujourd’hui…

 

 

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