Climat : Harper n’a plus d’excuse pour traîner les pieds

Au rythme où vont les choses, le Canada va rater les cibles qu’il s’est données à Copenhague, alors que les États-Unis s’engagent à faire davantage.

PolitiqueLe président américain Barack Obama et le président chinois Xi Jinping ont surpris la planète en mettant fin à des années d’opposition dans la lutte contre les changements climatiques et en annonçant que la Chine et les États-Unis feront front commun pour donner un nouvel élan aux négociations en vue d’un accord global, l’an prochain, à Paris.

Pour la première fois, la Chine accepte donc de se fixer une cible pour plafonner ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle dit vouloir y parvenir en 2030 pour ensuite amorcer un mouvement à la baisse. Elle s’engage aussi à produire, d’ici là, au moins 20 % de son électricité à partir de sources non émettrices de GES.

Quant aux États-Unis, ils acceptent d’accélérer le pas en se donnant des cibles plus exigeantes que celles annoncées, il y a cinq ans, à la conférence de Copenhague.

Ils s’engagent, d’ici 2025, à réduire leur niveau d’émissions de 26 % à 28 % sous le seuil atteint en 2005. Leur cible antérieure était une réduction de 17 % par rapport au niveau de 2005 dès l’année 2020.

Le Canada, qui avait adopté le même objectif, se retrouve soudainement à la traîne et privé de ses arguments de choix pour justifier son inaction.

Le premier ministre Stephen Harper a toujours affirmé que le Canada ne pouvait aller plus vite que les Américains ni faire davantage, en l’absence d’engagements contraignants de la part des grands émetteurs.

Le voilà pris à son propre jeu. Que fera-t-il, maintenant ?

On en aura une idée assez vite, puisqu’une rencontre préparatoire à la conférence de Paris a lieu en décembre au Pérou. De plus, les Nations unies ont demandé à ce que les pays dévoilent, d’ici la fin mars, leurs objectifs pour l’après 2020.

Les engagements pris par les présidents américain et chinois après neuf mois de négociations restent insuffisants pour éviter une hausse des températures au-delà de 2 degrés centigrades — la barre identifiée par les scientifiques pour protéger la planète contre un dérèglement sévère du climat. Ils lancent malgré tout un nouveau signal encourageant et pourraient aider à briser l’impasse qui sévit depuis cinq ans.

La Chine et les États-Unis émettent environ 44 % des émissions de GES de la planète. Que les deux principaux émetteurs de GES fassent savoir au monde qu’ils prennent cet enjeu au sérieux et qu’ils acceptent finalement de travailler de concert est un pas important.

Plus encourageant encore, les deux se montrent disposés à dépasser leurs objectifs. «Les deux parties ont l’intention de continuer à travailler de manière à faire preuve de plus d’ambition au fil du temps», lit-on dans le texte de l’entente.

Le président Xi en a remis en conférence de presse : «Nous nous sommes mis d’accord pour nous assurer que les négociations internationales sur les changements climatiques aboutissent à un accord au moment de la conférence de parti, en 2015».

Le président Obama a renchéri : «Et en faisant cette annonce ensemble, nous espérons encourager toutes les économies les plus importantes à se montrer ambitieuses — tous les pays, en développement et développés — pour surmonter les vieilles divisions afin de pouvoir conclure, l’an prochain, un solide accord global sur le climat».

Bref, ils affichent une volonté politique d’agir, celle qui fait cruellement défaut au Canada.

Le porte-parole du ministre Harper, Stephen Lecce, a dit à plusieurs médias que «le Canada a pris des mesures décisives pour réduire ses émissions alors que notre économie était en croissance et que plus de 1,2 million de nouveaux emplois ont été créés depuis la récession».

Répéter cette affirmation prend une certaine audace. Il y a tout juste un mois, la commissaire à l’environnement et au développement durable, Julie Gelfand, écrivait ceci dans son rapport : «En 2012, nous avions conclu qu’il était peu probable que l’approche réglementaire fédérale contribue à réduire suffisamment les émissions pour permettre l’atteinte de la cible de 2020 de l’accord de Copenhague. Deux ans plus tard, tout indique que la hausse des émissions ne pourra pas être inversée à temps et que la cible ne sera pas atteinte».

Le gouvernement répète volontiers qu’il a agi avant les Américains pour limiter la création de nouvelles centrales thermiques au charbon. Sauf que le charbon représente une faible part de la production d’énergie au Canada, mais près de 40 % de celle des Américains. Pour les États-Unis, réduire cette source d’approvisionnement, qui est en plus génératrice d’emplois, est plus compliqué.

Pour faire un effort similaire, le Canada devrait s’attaquer aux émissions de l’industrie pétrolière et gazière, mais cela fait au moins cinq ans que l’on attend les règlements pour limiter ses émissions, et on n’est pas prêt de les voir. En fait, le gouvernement a tout fait pour assouplir les lois environnementales pour accommoder le développement rapide des sables bitumineux et l’exploitation pétrolière et gazière.

Au rythme où vont les choses, le Canada — comme l’a dit la commissaire — va rater les cibles qu’il s’est données à Copenhague, alors que les États-Unis, non seulement peuvent espérer les atteindre, mais s’engagent à faire davantage.

Le gouvernement conservateur a toujours opposé la croissance économique du Canada à la lutte contre les changements climatiques. Si l’accord sino-américain donne les fruits espérés, notre inaction pourrait carrément nuire à cette économie qu’on dit vouloir protéger.

L’opposition au projet de pipeline Keystone XL en donne un avant-goût. La Maison-Blanche avait d’ailleurs fait comprendre au Canada que ce projet serait plus facilement vendable si le Canada affichait une meilleure performance environnementale dans le dossier des changements climatiques.

Invoquer l’inaction des autres pour justifier sa propre incurie donne une porte de sortie à ceux qui, justement, ne font rien. Pourquoi agir si le Canada ne fait rien ? Ce genre d’argument marche dans les deux sens et révèle finalement une abdication de tout leadership face à la plus importante menace environnementale qui pèse sur l’humanité.

À moins d’un an des prochaines élections fédérales, il est à souhaiter que la population s’insurge contre cette inertie. Sans cela, les conservateurs, qui n’ont aucun complexe à jouer les cancres, ne changeront pas leur fusil d’épaule.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Ah! Ah!, vous êtes tombé dans le même piège qu’Obama, en passant le même Obama qui s’est fait rouler dans la farine par Bachar el-Assad (la fameuse ligne qui ne devait pas être franchie…), Poutine et maintenant Xi Jinping. La Chine dit vouloir y parvenir à une stabilisation de ses émissions d’ici 2030 pour ensuite amorcer un mouvement à la baisse. En clair, pour ceux qui n’ont pas compris, les émissions vont continuer d’agmenter pendant encore 13 ou 14 ans. Wow, tout un deal…Pour ensuite baisser de combien? Pas de réponse. Facile d’arriver à une entente, quand on accepte toutes les conditions de l’autre partie. Et vous croyez que le nouveau congrès et sénat américain va laisser passer ça?

« Si l’accord sino-américain donne les fruits espéré », mais quand? En 2031, on pourra véréfier si la Chine a tenu parole? Il n’y a un pas juste du CO2 dans l’air, mais un peu de naïveté…

Aussi, malgé une progression des émissions de CO2, depuis quinze ans, la température s’est tabilitée contredisant tout les modèles mathématiques qui nous annonçaient une hausse des températures durant cette même période. Donc la hausse de 2 degré…

http://www.c3headlines.com/2013/04/latest-satellite-measurements-confirm-economist-pew-poll-global-warming-trend-fears-awol-cooling.html