Comment devient-on un Donald Trump?

Vos fans vont vous trouver courageux de tenir tête à ceux qui veulent vous dénigrer. Tel un Gandhi de la déclaration pas d’allure, vous avez résisté aux attaques vicieuses du média biaisé. 

Photo : Christopher Gregory/Getty Images
Photo : Christopher Gregory/Getty Images

Politique

Depuis quelques mois, Donald Trump fait un Gérard Lenorman de lui-même et nous dit ce qu’il ferait s’il était président. Mais pour Trump, pas d’orangeade dans les fontaines ou de premier ministre Mickey. Oh non! En lieu et place, on a un mur sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique et, depuis mardi, un pays fermé hermétiquement à tous les musulmans.

Celui dont l’égo est gros comme un immeuble avec son nom dessus a-t-il finalement dépassé les bornes avec cette idée? Bien sûr que si.

Selon nos estimations, c’était même la 12e borne qu’il dépassait depuis son réveil ce jour-là. Trump est un dépasseur de bornes professionnel. L’Amérique risque bien de manquer de bornes avant que le milliardaire ne devienne officiellement président. (Oui, oui: président. Président Trump. Ce n’est pas vraiment que j’y crois, mais si ça arrive, je vais devoir m’y habituer. Aussi bien prendre de l’avance, juste au cas.)

Il y a longtemps que la question n’est plus de savoir si l’arrogant toupet défonce les limites du bon goût, mais plutôt de trouver à quel moment ses partisans vont décider de le lâcher.

Que faudra-t-il pour qu’un trumpophile remette en question son choix? Personne ne le sait. On dirait que même le richissime autant que méprisant candidat se le demande, et qu’il teste des idées absurdes juste pour voir. «Et mettons que je promettais de faire exploser la Lune avec un laser… seriez-vous encore avec moi? Oui? Shit…»

Pour les autres politiciens, le téflon de l’orange qui beugle est diablement agaçant. Ils aimeraient tous pouvoir profiter d’une popularité qui ne faillit pas, peu importe le scandale, la déclaration ou la coupe de cheveux.

Pourtant, ce n’est pas si difficile de devenir un Trump. Voici comment:

Partez toujours de l’idée que tout va mal maintenant et que tout allait super bien «avant». Votre plan, c’est de projeter le pays dans l’avenir, en le ramenant comme il était dans le passé.

Comment? En le faisant. Votre plan, c’est de le faire.

Oubliez les conseillers et les stratèges et les penseurs: votre programme est déjà tout écrit et il n’attend qu’à être cueilli dans les commentaires Facebook et dans les sombres recoins d’Internet. Tout ces gens qu’on ne laisse jamais s’exprimer dans les médias (prétendument) et à qui ont dit que leurs idées sont ridicules (parce qu’elles le sont), c’est votre base.

«Les faits, les faits… c’est quoi, ça, les faits?» disait le jeune dans La guerre des tuques (je le cite de mémoire). C’est pourtant simple: les faits, c’est ce que vous venez de dire.

Rien à voir avec des affaires comme «la réalité», «l’histoire» ou «ce qui est arrivé pour vrai». Si vous déclarez que 81 % des Blancs victimes de meurtre sont tués par des Noirs, ou si vous affirmez que les bretzels sont le meilleur ingrédient d’un mélange Party Mix, c’est que c’est vrai. Final bâton.

Quand bien même un journaliste tenterait de vous sortir une étude scientifique montrant que 98 % des gens détestent les bretzels, ne reculez pas. Parlez plus fort que lui: la solidité d’un argument se mesure en décibels. Les bretzels sont même le meilleur aliment au monde, ils devraient faire partie d’un petit déjeuner équilibré et tous ceux qui vantent les crottes de fromage sont des losers.

Vos fans vont vous trouver courageux de tenir tête à ceux qui veulent vous dénigrer. Tel un Gandhi de la déclaration pas d’allure, vous avez résisté aux attaques vicieuses du média biaisé. Bravo vous! Enfin quelqu’un qui dit les vraies affaires. Pas les vraies vraies affaires, on s’entend. Elles ne sont pas factuellement vraies, elles sont juste vraies. Vous me suivez?

Tant que vous ne reculez pas, tant que vous ne cédez pas au chantage des faits, ce que vous avez dit reste vrai pour ceux qui vous suivent. Après tout, ça confirme tout à fait ce qu’ils pensaient déjà, alors ça n’a pas le choix d’être vrai.

Une fois votre vérité bien établie, proposez des solutions tellement évidentes que c’est fou que personne n’y ait pensé avant.

On va construire un mur sur la frontière et refiler la facture aux sombreros. On va demander à Bill Gates de rendre Internet inaccessible aux terroristes. On va faire porter un insigne aux musulmans. On ne va mettre que des bretzels dans les Party Mix.

Même pas besoin de donner des détails. Les détails, c’est pour les penseux. Vous êtes un faiseux.

Ce qui est plate, c’est que ces solutions géniales sont souvent racistes, simplement idiotes ou bien carrément fascistes. Ben… je dis «plate», mais c’est pas vraiment plate, parce qu’en vous traitant de tous les noms, vos adversaires vont solidifier votre image de rebelle qui dit ce que la police du politiquement correct voudrait taire.

Vous n’êtes plus seulement le Gandhi de la déclaration pas d’allure, vous êtes le Martin Luther King de la pensée étroite, vous êtes un Rosa Parks qui reste assis dans l’autobus du pas de bon sens, vous êtes le gars avec ses sacs d’épicerie qui se tient debout devant le tank de la réflexion.

Pour un public qui se sent opprimé et mis de côté juste parce que ses opinions sont mal informées, vous inspirez une confiance presque aveugle.

Voilà. Vous êtes un Trump. Vous êtes épais, raciste, arrogant et insupportable, mais vos partisans ne vous lâcheront jamais. On se revoit à la Maison-Blanche!

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11 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Bravo Mathieu, tu as réussi à dresser un portrait incroyablement fidèle de Mr Trump. Une description humoristique, je dois l’avouer, qui m’a beaucoup amusé et en même temps ouvert les yeux sur le personnage. Il a beau nous distraire et on en rit, cependant, le discours est on ne peut plus inflammatoire et dangereux pour le monde démocratique libre.
Espérons seulement cette popularité négative ne séduira pas pour d’autres parties politique et qu’on ne tentera de cloner ce spécimen ailleurs; un spécimen, qui ma foi couvre à lui seul suffisamment toute la planète de ses niaiseries. Trump en effet est l’apôtre de la démesure verbale, le messie de la voyoucratie et j’en passe.

Vous avez très bien saisi le personnage. Je suis de plus en plus cynique, et non je ne me soigne pas. J’aimerais assez qu’il remporte les primaires et que le peuple américain soit amené à faire un choix clair de société.On serait fixé sur ce qu’est l’Amérique.

L’idée est tentante, mais dites-vous qu’il a de sérieuses chances de gagner si les Américains devaient choisir entre Trump et un Démocrate.

Ils ont quand même ré-élu Bush Jr…

Ça va peut-être vous faire sursauter mais je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre les idées de cet hurluberlu et celles du PQ qui veut sauver les « de souche » des griffes des « autres ».

Rappelez-vous les paroles du chef péquistes le soir de leur deuxième défaite référendaire où il rendait justement les ethnies en partie responsables de ses déboires. N’est-ce pas une version édulcorée des propos e Trump? Ceci n’insinuait-il pas que les ethnies au Québec devraient être traitées de façon différente? Que l’on devrait les exclure de la parole publique? Voire que l’on devrait en réduire le nombre?

Il y a même eu des péquistes notoires qui ont sérieusement affirmé que les ethnies ne devraient PAS avoir le droit de vote lors des référendums et même lors des élections provinciales au Québec.

Vous croyez que Trump délire? Écoutez et décodez bien le message des séparatistes péquistes et vous y verrez des ressemblances troublantes.

« Ceci n’insinuait-il pas que les ethnies au Québec devraient être traitées de façon différente? Que l’on devrait les exclure de la parole publique? Voire que l’on devrait en réduire le nombre? »

Si c’était le cas, alors il a fait exactement ce qu’il fallait pour que ça n’arrive pas : il a démissionné.

Et la plus grande tentative du PQ qui a suivit dans les 20 années qui ont suivies les déclarations dont vous parlez a été d’enlever le voile aux musulmanes qui travaillent pour le gouvernement : sans commune mesure avec le mur Mexique/États-Unis ou l’interdiction aux musulmans d’immigrer aux États-Unis.

Selon les données sur FBI citées par l’article, deux fois plus de Blancs sont tués par des Noirs (15%) que des Noirs tués par des Blancs (8%) alors que les Blancs sont 5 fois plus nombreux que les Noirs. On a donc un ratio de 10 pour 1.

«Les détails, c’est pour les penseux. Vous êtes un faiseux.»
Ah ah ah! :-))

Mieux vaut en rire… pour le moment en tout cas!

Monsieur Charlebois, votre article est éclairant j’en sais maintenant un peu plus sur ce triste cyr. Arrogant toupet, méprisant, ego gros comme un immeuble, menteur……J’apprecie grandement votre proffessionalisme journalistique et votre analyse rigoureuse de Monsieur Trump

La communauté Reddit a demandé hier aux défenseurs de Trump de partager les raisons qui les amène à le supporter. La seule réponse universelle (dans les principales réponses) a été l’impression qu’il leur donnait de ne pas mentir. Ils ont tous reconnus que c’était un « asshole » et la plupart ont reconnu qu’il était raciste. Mais ils le supportaient quand même parce qu’ils avaient l’impression de ne pas se faire mentire en pleine face.

C’est en plein ce que je pense. Trump ne se cache pas et s’il est élu président, on saura à quoi s’attendre. Quand nos amis-ricains ont élu W.Bush, ils pensaient faire affaire à un homme intègre et regardez dans quel bourbier il a foutu la planète aujourd’hui avec sa guégerre contre l’Iraq supposément remplie de MDW (mass destruction weapons). Au moins on sait à l’avance que Trump est stupide si on vote pour lui. On sait donc à quoi s’attendre à l’avenir.