Comment freiner l’ADQ ?

C’est la question que L’actualité a posée à deux ex-conseillers politiques. À l’heure où l’Action démocratique de Mario Dumont bouleverse l’échiquier politique, comment le PQ et le PLQ peuvent-ils réagir ? Jean-François Lisée et John Parisella se prononcent.

LE PQ DOIT GARDER LE CAP
Qui est l’artisan de l’ascension de Mario Dumont ? Il serait normal de répondre : « Mario Dumont. » Car le chef de l’Action démocratique du Québec ne manque pas de qualités. Il se dégage de cet homme politique patient, plus attentif aux humeurs de l’électorat que fidèle à une vision, un sentiment absent chez Jean Charest et chancelant chez les principaux leaders péquistes : nullement angoissé, il semble bien dans sa peau, content d’être là. Rafraîchissant.

Reste que ces qualités, Mario Dumont les avait il y a six mois. Il les avait il y a un, deux, trois, cinq ans. Mais c’est maintenant qu’il monte. Il arrive que le temps récompense la constance. « Quatre-vingt-dix pour cent de la politique, disait George Bush père, c’est d’être là. »

Les affaires de lobbying, les maladresses du PQ envers ses élus plus âgés – démission de Guy Chevrette et de Jacques Brassard, départ de Jean-Pierre Jolivet et de Matthias Rioux -, la navrante déclaration de Rita Dionne-Marsolais sur la « génération égoïste », la faiblesse chronique de Jean Charest comme solution de rechange, l’atténuation du sentiment d’urgence à propos de la question nationale, tout semble avoir convergé pour déblayer le terrain au chef adéquiste.

Paradoxe : même les succès du gouvernement profitent à l’ADQ. Il ne viendrait pas à l’esprit de près de la moitié de l’électorat de voter, comme il l’a fait aux partielles de juin, pour un parti inexpérimenté si nous étions en période de crise économique, de montée du chômage et de déficits croissants. C’est parce que l’emploi se porte bien, que l’enrichissement du Québécois moyen est palpable, que les finances de l’État sont en ordre (merci à MM. Bouchard et Landry) que l’électorat peut se permettre un flirt avec Mario Dumont.

Le parallèle entre Mario Dumont et le jeune Robert Bourassa de 1970 ne tient d’ailleurs pas. À l’époque, une population économiquement analphabète et déboussolée par l’accélération des changements votait pour un économiste terne dirigeant un parti de gouvernement. Aujourd’hui, une population plus aguerrie et désireuse de changement n’est nullement impressionnée par le bac en économie de Mario Dumont. Les gens ont envie d’une nouvelle tête, ils peuvent se la payer, voilà tout.

Mario Dumont sera-t-il premier ministre du Québec à l’automne 2003 ? Si le PQ continue à lui faire la courte échelle, si des ministres s’entêtent à dire du mal de leur propre programme, de leurs engagements sociaux, des aînés et des jeunes, si on dilue l’objectif indépendantiste dans le concept flou d’« union confédérale », c’est probable. Avec l’effet secondaire de fragiliser l’identité du parti de René Lévesque pour des années à venir.

Mais rien n’est joué. Car il est plausible que l’étoile de Mario Dumont pâlisse. Son score aux partielles fait penser au jour où l’action de Nortel a atteint 123 dollars. « Priced for perfection »", disaient les experts : l’action ne pouvait se maintenir à ce niveau que si tout se déroulait parfaitement pour l’entreprise, facteurs externes et internes compris. L’ADQ ne descendra pas aussi bas que le titre de Nortel, mais elle ne pourra se maintenir longtemps dans la stratosphère politique.

Pour peu que la force nouvelle de l’ADQ se stabilise à un niveau respectable, les prochaines élections se joueront vraiment à trois : il ne faudra plus 44 % des voix pour gagner, mais de 35 % à 40 %. Si le PQ se ressaisit, recentre son action, il peut se présenter aux urnes avec des chances de gagner et la certitude de durer.

« Le Parti québécois est le seul parti souverainiste et progressiste au Québec. » Depuis mai, Bernard Landry répète cette phrase comme un leitmotiv. C’est un énorme progrès. D’abord, notons la disparition bienvenue du concept d’« union confédérale ». Paix à ses cendres. Applaudissons ensuite à la profession de foi de l’ex-ministre des Finances en faveur de la social-démocratie. Le gouvernement du PQ, qui a cumulé en sept ans plus de mesures progressistes que tout autre gouvernement de centre gauche en Occident, avait une étrange pudeur à afficher ses couleurs et à en retirer un avantage électoral.

Ce n’est pas le seul signe encourageant. Pendant la dernière semaine de la session parlementaire, le gouvernement Landry a déposé un projet de loi sur la lutte contre la pauvreté, donné à l’environnement un coup de pouce dans son match jusqu’ici perdant avec le lisier de porc et fait voter à l’unanimité une loi sur l’encadrement du lobbying. Un rétablissement remarquable, après une série de faux pas éthiques pendant l’hiver. On n’est pas près de voir un tel dénouement à Ottawa.

Ces mesures sont arrivées trop tard pour avoir une influence sur le vote aux partielles et rien ne pouvait, à ce stade, endiguer la vague adéquiste. Mais à moyen terme, c’est là que se trouve en partie la solution. Le simple retranchement péquiste sur ses terres souverainistes et progressistes ne suffira pas.

Il y a des choses à ne pas faire. Des choses à mieux faire. Et des choses à faire.

À NE PAS FAIRE

Céder à la panique
Durant les premiers élans de passion – amoureuse ou politique -, rien ne sert de trop critiquer le nouveau prétendant. Il semble parfait, c’est pour ça qu’on l’adore. Ceux qui le critiquent sont jaloux, ou dépassés. C’est comme ça. Il faut attendre qu’il fasse ses propres erreurs. Ça viendra. (Il semble que Jean Charest soit victime du phénomène inverse. Rien de ce qu’il accomplit ne l’aide. Et quand il répète 22 fois en une heure: « Déclenchez des élections générales », il faut décoder : « Élisez-moi ou achevez-moi, qu’on en finisse ! »)

S’acharner sur le programme adéquiste est également peu productif pour l’instant. Certains adhèrent à ses aspects racoleurs, sont contre « l’emploi à vie » des fonctionnaires, vieux thème populiste un peu démago. Il y a un marché pour des propositions de droite, comme un système de santé à deux vitesses, même si la chose est illégale en vertu de la loi canadienne. Et pour ceux que les propositions adéquistes pourraient choquer, il y a un antidote : Dumont lui-même. Il lance un pavé dans la mare et tout le monde rigole de voir les notables éclaboussés. Mais il est prudent et ne se jettera pas à l’eau. Si le programme est trop audacieux, lui a les pieds sur terre. En recul déjà sur la réduction de la fonction publique, il promettra bientôt programmes-pilotes, consultations, études de faisabilité et autres coussins gonflables pour amortir les chocs. Il en restera une impression d’audace, sans la menace.

Toucher à l’article 1
Il faut éviter de gaspiller de l’énergie à récrire le programme du PQ. Ce document n’a jamais empêché la publication de manifestes ou de plates-formes électorales modernisant et adaptant la vision du parti aux nécessités du jour.

Il est impératif de ne pas toucher à l’article 1 du programme. Faire du Québec un pays aussi indépendant que la France l’est en Europe, dans un marché commercial unique avec le voisin canadien, reste la meilleure proposition pour les Québécois. Mais il faut que les choses se présentent autrement, dans l’électorat québécois et à Ottawa, pour que ce projet reprenne son essor. Il sera alors préférable que les souverainistes soient au pouvoir. En certaines conjonctures, un gouvernement péquiste peut tenter de réunir une majorité de Québécois autour d’un projet de réforme de la fédération susceptible de faire progresser le Québec, ou dont l’échec pourrait mener à la souveraineté. Une telle « sortie de secours » était jouable en 2000, car on aurait pu compter sur la crédibilité rassembleuse de Lucien Bouchard, et des élections fédérales imminentes auraient donné la réponse du Canada. Ces conditions ne sont plus réunies. Espérons qu’elles le seront de nouveau. En attendant, il ne sert à rien de se déchirer sur des hypothèses. Et on ne doit pas confondre l’objectif indépendantiste avec le gain, bienvenu mais partiel, d’une autonomie accrue au sein de la fédération.

À MIEUX FAIRE

Défendre la social-démocratie existante
Il ne faut pas espérer que la promotion de la social-démocratie mobilise, à elle seule, les contribuables. Beaucoup de Québécois sont convaincus qu’ils paient plus d’impôts que les autres Nord-Américains (c’est vrai) et qu’ils n’ont rien en retour (c’est faux). Ainsi désinformés, ils peuvent percevoir la perspective d’une social-démocratie accrue comme une menace plutôt qu’un avantage. Cette vision néolibérale, portée par le PLQ et l’ADQ, a fini par dominer au Québec, car non seulement les leaders du PQ ne l’ont pas neutralisée, mais le gouvernement l’a partiellement relayée dans son discours et son action.

Qu’on me comprenne bien : l’élimination du déficit, la gestion plus serrée des services publics, la baisse raisonnée de l’impôt des particuliers, tout cela était, dans l’ordre, indispensable, nécessaire et utile. Et la réduction, amorcée dès 1995, du fardeau fiscal des PME et des entreprises en expansion (qui frôle désormais l’impôt zéro) a contribué à la progression plus rapide du PIB réel par habitant au Québec qu’au Canada anglais (depuis 1998) et qu’en Ontario (depuis 2000).

Ces politiques ont permis au PQ de ravir aux libéraux, cela pour la première fois, la palme de la bonne gestion économique. Cette approche, traditionnellement de droite, a brouillé l’image sociale-démocrate du PQ. C’était inévitable. Mais le discours du gouvernement a ajouté à la confusion. Par exemple, il a cautionné l’idée que l’impôt québécois devrait être ramené au niveau de l’impôt ontarien. La rengaine des « contribuables les plus taxés du continent », sans contrepartie apparente, est devenue dogme. Ainsi, tout était en place pour la promesse du « moins d’État » de Mario Dumont.

L’écart entre le fardeau fiscal de l’Ontario et du Québec est de cinq milliards de dollars par an. Or, qu’est-ce que les Québécois obtiennent, avec cet argent, que les Ontariens n’ont pas ? Il suffit d’additionner les budgets des garderies à cinq dollars, le financement des établissements scolaires privés, les bourses aux étudiants et les coûts induits par le maintien des droits de scolarité les plus faibles du continent, l’aide à la culture (toutes ces dépenses profitant essentiellement à la classe moyenne, grande bénéficiaire du modèle québécois, contrairement aux idées reçues) ; y ajouter les budgets de développement local, l’aide juridique et les logements sociaux, et on comble – au million près – l’écart entre les deux provinces. Les Ontariens ne font que payer, parfois plus cher, ces services au secteur privé. Enfin, si on ajoute la subvention permanente qu’Hydro-Québec, entreprise d’État, accorde en vendant son électricité 38 % moins cher que son voisin, le fardeau bascule allégrement sur l’épaule des Ontariens.

Dans les faits, lorsqu’on tient compte du coût réel des denrées et services, y compris des services publics, le niveau de vie des Québécois, du bas en haut de l’échelle des revenus, est supérieur à celui des Ontariens. Et quand on tient compte du nombre d’heures de travail, il est comparable à celui des Américains, qui bossent désormais plus que les Japonais. Les Québécois, non. Comme les Français et les Allemands, ils se gardent du temps pour la famille, les amis, les loisirs. Ils disposent d’une heure de plus par semaine que les Ontariens et de trois de plus que les Américains.

Bref, au lieu de participer à la diabolisation de l’impôt (que Tony Blair vient d’augmenter pour financer ses services de santé), le gouvernement péquiste aurait dû dire aux Québécois qu’ils en ont pour leur argent et qu’ils jouissent d’une société plus juste. Le taux de pauvreté au Québec est inférieur à ceux de l’Ontario et des États-Unis, et il est en baisse, tel que l’indiquait une récente étude de l’Institut de la statistique du Québec, passée inaperçue, et une autre de l’Institut Fraser (2001). En Amérique, c’est au Québec que les inégalités sociales sont les plus faibles et ont le moins progressé en 10 ans. Voilà une grande réalisation sociale-démocrate, un succès de la solidarité québécoise. Qui en a félicité le Québec ? Qui a dit qu’il faudrait en faire un objectif ?

L’augmentation des inégalités de revenu est la résultante directe des changements technologiques dans l’économie (les travailleurs qualifiés prennent de la valeur, les autres en perdent) et de l’intensification du commerce international (les travailleurs non qualifiés du Sud font baisser la valeur des nôtres). Nous sommes donc entrés dans une période où les écarts vont se creuser. Pour maintenir le niveau actuel de cohésion sociale, il faudra plus de transferts, donc davantage de social-démocratie.

Le PQ devrait abandonner à ses adversaires de droite la surenchère des promesses sur la réduction de l’impôt des particuliers et les laisser nager dans leur contradiction : ou bien le Québec souffre de déséquilibre fiscal par rapport à Ottawa et n’a pas l’argent nécessaire pour la santé, ou bien il n’en souffre pas et peut renoncer à une partie de l’impôt. Le PQ devrait s’extraire de cette contradiction, annoncer qu’il maintiendra le niveau d’imposition et utilisera les revenus supplémentaires en santé, en éducation ainsi que dans sa lutte contre la pauvreté et l’accroissement des inégalités sociales. S’il le peut, il réduira la dette.

Dans l’année qui vient, le gouvernement Landry doit consacrer beaucoup d’énergie au chantier qu’il vient d’ouvrir sur la pauvreté. S’il le mène bien, il contribuera à définir l’identité sociale du parti. Les décisions sur l’extension des droits des travailleurs non syndiqués – soit les deux tiers de la main-d’oeuvre du secteur privé – dans la réforme des normes minimales du travail seront également cruciales.

À FAIRE

Une vraie synthèse entre l’entrepreneuriat et la solidarité
Le Québec est l’endroit où les coûts de production sont les plus bas en Occident. La faiblesse du dollar canadien y est pour beaucoup. Les salaires sont plus bas, l’énergie moins chère, ce qui se répercute sur toute la structure des prix. L’allégement fiscal pour les entreprises, qui ont payé l’an dernier 1,4 milliard de dollars de moins qu’elles n’auraient déboursé en Ontario, fait le reste. Le PQ devrait s’engager à maintenir cet avantage comparatif. La réduction de la taxe sur le capital doit se poursuivre et il faut faire un effort majeur pour simplifier la réglementation et la paperasse de nature fiscale et administrative – mais pas les exigences sociales et environnementales. La gauche péquiste doit comprendre qu’une nation qui, comme le Québec, exporte 60 % de sa production doit s’astreindre à promouvoir la capacité de ses entreprises et produits d’affronter la concurrence.

Partout, le gouvernement doit encourager la création d’entreprises et de richesse. Par exemple, en défiscalisant le revenu personnel ou familial consacré à l’investissement direct dans une petite entreprise, par l’intermédiaire d’un régime d’épargne entrepreneuriat s’apparentant aux REER.

Le modèle québécois doit désormais s’appuyer sur ses deux pieds : faire mieux que ses voisins pour libérer l’investissement et la création de richesse, et faire mieux au chapitre de la solidarité sociale et des services publics. Les contrats de performance et les plans de réussite instaurés par le ministre François Legault en éducation, qu’il veut maintenant appliquer en santé – où Pauline Marois avait enclenché le mouvement -, doivent marquer non la fin, mais le début d’un virage. S’il veut se distinguer comme le seul véritable défenseur du service public, comme il le devrait, le PQ doit devenir encore plus exigeant pour en accroître la qualité, la rapidité, l’efficacité et la souplesse.

L’environnement et la langue
Le gouvernement doit être plus exigeant face à l’environnement. Le ministre André Boisclair est en train de redonner à son ministère un tonus qui lui a trop longtemps manqué. Qu’on le laisse franchir les pas nécessaires à la reconstruction de la réputation verte du PQ, y compris pour la forêt et l’eau, et il en résultera un développement politique durable.

Une dernière tâche: l’équilibre linguistique. Statistique Canada nous dira prochainement si le recensement de 2001 confirme ou non les prévisions du Conseil de la langue française sur la mise en minorité, d’ici 14 ans, des francophones de Montréal. Si la tendance se maintient, le gouvernement du PQ aura contribué, en créant l’entité « une île, une ville », à un clivage politique lourd de conséquences entre la nouvelle et puissante municipalité majoritairement non francophone et le reste du Québec. Ayant introduit cette bombe à retardement, c’est à lui qu’il incombe de la désamorcer. L’étalement urbain étant, à 82 %, le fait des francophones, surtout de jeunes familles qui achètent une résidence en banlieue, on peut le freiner en rendant le logement dans l’île plus attrayant et en facilitant l’accès à une première propriété dans l’île pour les nouveaux parents. Il faut cesser d’avoir peur des édiles municipaux de la couronne montréalaise lorsqu’on veut atteindre un objectif national raisonnable : empêcher une fracture linguistique et culturelle entre la métropole et le reste du Québec.

Penser au moyen terme
Il se peut que l’échec du PQ aux urnes soit déjà programmé. Mais la direction péquiste doit penser aussi à moyen terme. En cela, la persévérance paie. Un gouvernement adéquiste ou libéral qui démantèlerait des pans du modèle québécois, sans se soucier des effets sur les inégalités sociales, se heurterait à de graves difficultés. Un Parti québécois resté fidèle à ses convictions pourrait alors regagner la confiance des électeurs. De même, la ligne de fracture entre le Québec et le Canada s’aggrave, ce que l’arrivée d’un Paul Martin, plus diplomate que son prédécesseur, ne pourrait occulter que temporairement. C’est en restant résolument souverainiste que le PQ pourra crever l’abcès le temps venu.

JEAN-FRANÇOIS LISÉE
Ex-conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, l’auteur est chercheur invité au Centre d’études et de recherches internationales de Paris et au Centre de recherche interuniversitaire sur les transformations et les régulations économiques et sociales (CRITÈRES).

LE PLQ DOIT REPENSER LES MISSIONS DE L’ÉTAT
Les succès remportés aux dernières élections partielles par l’ADQ modifient en profondeur l’échiquier politique du Québec. Tant mieux! Fini les élections sur seul fond de question nationale. Pour la première fois en 25 ans, la lutte à trois permettra aux Québécois d’assister à un véritable débat d’idées.

D’abord, mettons les choses au clair. En élisant trois nouveaux députés adéquistes, les Québécois n’ont pas exprimé un désir de changement de génération. Nous assistons plutôt à une modernisation saine des enjeux politiques au Québec. Le PLQ doit donc profiter de l’occasion pour reprendre l’initiative.

L’ADQ mise surtout sur la personnalité de son chef, Mario Dumont. Conséquence : la plupart des électeurs ne connaissent pas les idées qui constituent le fondement même de ce parti. Tôt ou tard, cependant, l’ADQ devra défendre ses propositions les plus controversées, dont les bons d’études, le rôle du privé dans la prestation des soins de santé, le taux d’imposition unique et l’incidence de l’élection directe du premier ministre sur la stabilité politique du Québec.

D’ici à ce que les adéquistes fassent la lumière sur leur programme politique, il est vrai que les libéraux se retrouvent sur la défensive. Mais ceux qui croient que la situation du PLQ est désespérée font erreur. Pour le Parti libéral, l’état actuel des choses propose plutôt un défi stimulant, une occasion privilégiée de se redéfinir, de faire valoir ses nombreuses réalisations, son équipe, son programme et son chef.

Comment ? En luttant tout d’abord contre cette image de « vieux parti » qu’on veut lui accoler. Vieux, le PLQ ? Que non ! C’est un parti qui jouit d’une riche tradition. De génération en génération, il a su se renouveler et inculquer un souffle nouveau au Québec. Moteur du changement, le PLQ a façonné la société québécoise tout au long du 20e siècle. Ce parti a été l’un des principaux artisans du Québec moderne. Il faut le dire haut et fort !

C’est au Parti libéral que l’on doit l’attribution du droit de vote aux femmes, en 1940, la lutte contre le duplessisme, les grandes réformes étatiques et économiques de la Révolution tranquille, la réforme de l’éducation, la Charte des droits et libertés, la réforme de la fonction publique, l’assurance-maladie, l’assurance-hospitalisation, la réforme de la Sûreté du Québec, la reconnaissance du statut de l’artiste, la première politique culturelle, etc. Et que dire de sa contribution à l’essor économique du Québec ? Nationalisation de 11 entreprises pour former l’Hydro-Québec actuelle, création de la Caisse de dépôt et placement, aménagement de la Baie-James, appui au libre-échange, promotion des investissements étrangers, développement des régions, mise en place d’une fiscalité compétitive, etc.

En fait, le PLQ n’a aucunement à être sur la défensive. Son histoire, ses réussites et sa capacité d’être un moteur de changement en sont les preuves éloquentes.

Le PLQ doit combattre farouchement l’étiquette de « parti des Anglais » que ses adversaires, tant adéquistes que péquistes, s’acharnent à lui apposer avec mépris. Si tel est le cas, comment expliquer que le PLQ soit la seule formation politique dont l’origine remonte à avant la Confédération et qu’il soit le parti qui ait formé le plus de gouvernements dans l’histoire du Québec ?

Certes, contrairement au PQ et à l’ADQ, le PLQ n’est pas un parti homogène. Il est le parti de l’inclusion. Sa coalition est diversifiée. Voilà bien une de ses forces intrinsèques et l’expression de sa modernité. Il y a quelques mois à peine, soit avant les partielles de juin, le PLQ récoltait près de 40 % des intentions de vote dans les sondages et faisait le plein de votants francophones. Il lui est donc possible de présenter un discours et un programme qui auront une résonance auprès des électeurs francophones, particulièrement ceux des régions.

Il faut également insister sur le fait que le PLQ n’est ni à droite ni à gauche. Le PLQ doit continuer à concentrer son énergie sur l’importance de créer d’abord la richesse, pour ensuite la redistribuer à ceux qui sont dans le besoin. C’est un parti qui respecte la diversité des régions, qui prône l’importance de l’inclusion et de la tolérance, et qui préconise la compassion et le partage comme valeurs fondamentales dans la vie communautaire.

Le PLQ a toujours reconnu au Québec une responsabilité particulière, voire unique : le Québec est le seul État en Amérique à servir une population majoritairement francophone. Cette responsabilité de promotion et de défense de la langue et de la culture françaises doit s’exercer dans le respect des droits historiques de la communauté anglophone et de ses institutions, tout en reconnaissant la diversité culturelle québécoise. Le PLQ a été le premier parti à faire du français la langue officielle du Québec, un fait historique dont la paternité est souvent attribuée à tort au PQ. Le consensus social et l’équilibre d’aujourd’hui à propos de la question linguistique sont largement attribuables au PLQ, à Claude Ryan et au gouvernement de Robert Bourassa.

Sur le plan constitutionnel, le PLQ est présentement la seule formation politique d’importance qui défend et fait la promotion de la place du Québec au sein de la fédération canadienne. Contrairement au PQ, qui veut sortir le Québec du Canada, et à l’ADQ, qui ne sait pas si elle veut rester ou partir, le PLQ voit le Québec comme un partenaire majeur, proactif, essentiel, un défenseur de l’autonomie des provinces dans l’ensemble canadien.

Pour contrer la montée de l’ADQ, les libéraux doivent également communiquer avec plus de passion les valeurs qui les animent. Être libéral, c’est plus qu’une coalition pour gagner des élections. Être libéral, c’est croire en l’individu, en ses libertés, et créer un contexte politique et économique pour qu’il puisse mieux s’épanouir. Être libéral, c’est voir à l’édification d’une société québécoise libre, ouverte, démocratique et respectueuse des droits individuels.

Vouloir gouverner autrement, tel que le prétend l’ADQ, ne peut suffire ! Pour regagner la faveur de l’électorat, le PLQ doit comprendre que la société québécoise s’est refaçonnée au cours des années 1990. Elle est dorénavant branchée sur la planète, elle est diversifiée, créative, confiante et fière de ses composantes culturelles multiples. Les Québécois sont sortis des années 1990 transformés. Ils se libèrent des contraintes et des contrôles traditionnels. Leurs réseaux d’opinions ne sont plus uniquement territoriaux (leur quartier, leur village, leur ville, leur région, leur lieu de travail) ; ils partagent leur vie avec des communautés transnationales, parfois réelles, fréquemment virtuelles. Leur identification nationale et leurs prises de conscience personnelles sont à la fois proches de leurs racines et planétaires. C’est dans cette optique que le PLQ doit repenser les missions fondamentales de l’État québécois.

Dans le discours qu’il entend présenter en vue des prochaines élections, le PLQ doit exprimer sa pertinence auprès des électeurs par ses idées et ses convictions visant à améliorer le sort des Québécois. Il lui faudra proposer un programme audacieux, innovateur, gravitant autour de quatre ou cinq thèmes essentiels, comme l’éthique et la gouvernance, le progrès économique et social, les soins de santé, l’éducation et les régions.

Le Québec a changé et les Québécois ne sont pas des citoyens retirés de la réalité du monde contemporain. Ayant passé les 40 dernières années à devenir un État moderne, le Québec est à l’aube d’un changement. L’État paternaliste qui contrôle tout, qui impose tout, qui dicte toutes les solutions n’est plus au diapason du Québec. Le gouvernement doit se renouveler en adoptant une nouvelle attitude à l’égard des citoyens.

Le PLQ saura-t-il reconnaître ce nouveau Québec qui émerge ? Saura-t-il être à l’écoute de la population, qui désire se prendre en charge, se responsabiliser, et qui cherche à pouvoir modeler les solutions gouvernementales afin de les adapter à ses réalités communautaires ? Saura-t-il remettre en question la bureaucratie actuelle et voir à axer la gestion gouvernementale sur une meilleure qualité des services aux citoyens, avec l’assurance d’un droit de recours ? Saura-t-il amener des propositions afin de réduire l’écart qui existe entre les riches et les moins nantis ? Saura-t-il reconnaître avec conviction que l’État est d’abord au service des citoyens, et non l’inverse ?

Il ne faut pas voir là une abdication du rôle de leadership qui revient à l’État. Les solutions gouvernementales tous azimuts sont dorénavant obsolètes. Il importe de comprendre et de respecter les aspirations et les solutions qui conviennent aux diverses communautés.

Cette réflexion devra se faire rapidement, car le PLQ dispose de peu de temps. Si les partielles du 17 juin dernier représentent la saison normale, la période préélectorale qui s’amorcera cet automne marquera le début des séries éliminatoires.

Obnubilés par la question nationale, les deux grands partis n’ont pas suffisamment rénové leur pensée sur les questions sociales, économiques, culturelles et de gouvernance. La montée de l’ADQ les force à revoir leurs convictions, leurs programmes, et à les adapter au Québec d’aujourd’hui.

Le défi pour le PLQ sera de mener une campagne axée sur les idées et non sur les personnes, avec une orientation et un discours politique fondés sur des valeurs libérales : la tolérance, l’égalité, la justice; moins de structures, plus de services ; moins de bureaucratie, plus de responsabilisation; moins d’écart entre les riches et les pauvres, plus d’équité.

Qu’on le veuille ou non, lors d’un débat d’idées, habituellement ce sont les idées qui l’emportent.

JOHN PARISELLA L’auteur est président de BCP et de BCP Consultants. Il a été directeur général du PLQ (1985-1988) et chef de cabinet de Robert Bourassa et de Daniel Johnson (1989-1994).

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