Comment l’insurrection du 6 janvier a réussi à Donald Trump

Un an après l’assaut antidémocratique du Capitole par ses partisans, Donald Trump apparaît plus fort que jamais politiquement.

Crédits : Ben Gray / AP Photo

La mort politique de Donald Trump a été maintes fois annoncée prématurément. Quantité d’observateurs et d’analystes ont affirmé, à un moment ou un autre (sinon à de multiples occasions) : ça y est, cet épisode est celui duquel Trump ne se remettra pas. Notamment, très tôt dans sa première campagne pour la Maison-Blanche, lorsqu’il a attaqué le service militaire du sénateur John McCain, fait prisonnier au Vietnam (il l’avait traité de perdant — contrairement à lui qui était un gagnant — parce qu’il avait été capturé par les Viêt-cong). Pour d’autres (comme moi), c’est quand la vidéo d’Access Hollywood qui étalait ses propos orduriers sur sa manière d’aborder les femmes a fait surface. 

De tels exemples se sont multipliés, jusque durant sa présidence. L’enquête Mueller sur l’ingérence russe ; les révélations de vedettes pornos comme celles de Stormy Daniels ; ses déclarations d’impôt jamais rendues publiques : encore et encore, on croyait qu’il s’agissait du nouveau drame qui allait faire tomber Trump pour de bon.

Ce que l’on pensait être le coup de grâce est survenu, comble de l’ironie, après que Trump eut été chassé du pouvoir par l’électorat américain, au scrutin de 2020. Alors qu’il avait déjoué les sondeurs et était passé à quelques poussières de remporter à nouveau le collège électoral (tout en perdant, comme en 2016, au suffrage universel), il était dans les faits en solide position pour une nouvelle candidature en 2024, comme je l’avais expliqué dans ce billet paru en novembre 2020.

Puis, le 6 janvier 2021, à deux semaines de la fin de son mandat, Trump a fait ce qu’aucun président n’avait fait avant lui : il a lancé une insurrection armée contre une branche du gouvernement qu’il dirigeait encore à ce moment-là. Une tentative de coup d’État, terrifiante mais ratée, une volonté de garder le pouvoir illégitimement.

Quatorze jours plus tard, Trump partait dans la disgrâce, n’assistant même pas à la cérémonie d’assermentation de son successeur, Joe Biden, qui disait lui-même ne pas vouloir le voir là. Il venait de devenir le premier président de l’histoire américaine à avoir été mis en accusation deux fois distinctes par le Congrès.

Même pour ceux qui n’avaient jamais cru à sa mort imminente, ce baroud d’honneur devait lui être fatal. Comme les choses peuvent changer en quelques mois…

Dans les innombrables articles et reportages soulignant le premier anniversaire de l’insurrection, on s’intéresse à ses répercussions sur la justice (combien d’insurgés seront condamnés ?) et, plus largement, sur la démocratie (comment se porte-t-elle aujourd’hui ?). 

Or, qu’en est-il de l’incidence de l’événement sur l’instigateur en chef lui-même ? Question à laquelle on peut répondre par une autre interrogation : quelle incidence ?

Douze mois plus tard, Donald Trump est non seulement toujours bien vivant politiquement, mais il est plus solide qu’il ne l’était avant l’insurrection.

Un parti à sa main…

Tout au long de son mandat, au fil des controverses et des scandales, une interrogation revenait constamment : où se trouvent les élus républicains prêts à tenir tête au président ? Après qu’il eut lancé l’insurrection, un grand total de 10 républicains à la Chambre des représentants ont voté pour la procédure de destitution de Donald Trump, en janvier 2021.

Comme l’a relevé cette semaine le New York Times, l’année qui vient de s’écouler a été difficile pour cette dizaine d’élus. Deux d’entre eux ont déjà annoncé qu’ils quittaient la vie politique ; quatre devront faire face à des adversaires républicains appuyés par Trump, qui veut faire perdre leur siège aux insoumis lors de primaires en 2022 ; et les quatre autres n’émettent plus un son.

Chez les chefs de file du Parti républicain au Congrès qui, même sans aller jusqu’à voter pour mettre Trump en accusation, avaient néanmoins initialement exprimé leur désapprobation à l’égard de ses agissements, le ton a entièrement changé. Kevin McCarthy, qui pourrait être assermenté comme président de la Chambre des représentants l’an prochain si les républicains reprennent la majorité lors du scrutin de mi-mandat de novembre 2022, exige la loyauté envers Trump de la part des membres de son caucus.

Ce dernier peut donc espérer lancer une campagne en 2024 avec une majorité au Congrès, prête à accomplir ce qu’il souhaitait qu’elle fasse le 6 janvier dernier : déclarer Trump vainqueur… peu importe la volonté majoritaire du peuple. 

… et un électorat prêt à le reprendre

Pendant la campagne présidentielle Trump-Biden en 2020, plus de 100 sondages nationaux ont mesuré les intentions de vote des Américains. Sur la centaine de sondages effectués du printemps à l’automne 2020, Donald Trump, alors président, menait dans un seul.

Depuis l’été 2021, de nouveaux sondages nationaux ont été réalisés sur un nouvel affrontement potentiel Trump-Biden en 2024. Sur les 11 sondages publiés, Trump mène dans neuf. Son avance nationale laisserait présager une victoire éclatante au collège électoral.

Évidemment, il s’agit pour le moment d’hypothèses. Reste qu’une chose peut déjà être établie très clairement, un an après l’insurrection au Capitole : de cette horreur antidémocratique émerge un grand gagnant — celui lui ayant donné naissance.

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La principale menace pour les États-Unis n’est pas Donald Trump mais plutôt les groupes anti-gouvernementaux et les groupes suprémacistes de race blanche. On a bien vu le 6 janvier 2021 qu’ils ont une influence démesurée sur ses décisions. A preuve, il n’a pas voulu les inciter à repartir du Capitol alors qu’il voyait bien l’ampleur de l’insurection au moment même qu’elle survenait, et ce malgré les demandes répétées de ses conseillers et de ses enfants, selon les informations recueillies par la Commission du 6 Janvier. A titre de résident et citoyen américain qui est né et a grandi à Trois-Rivières, cela m’inquiète au point de revoir ma décision d’habiter aux États-Unis si jamais il en reprend la présidence.

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La justice américaine, c’est 2 poids 2 mesures; un petit voleur de dépanneur serait déjà en prison alors qu’un fomenteur d’insurrection est libre comme une feuille au vent. Trump est l’exemple parfait de quelqu’un qui se prend pour Dieu, intouchable, qui a droit de vie ou de mort sur les carrières politiques et la dignité des américains. Cela reflète le niveau des valeurs américaines oû le pouvoir, les armes et l’$ sont supérieurs à la vérité, à la justice sociale et à la valeur humaine. Extradez-le au Canada, on va vous montrer (aux américains) comment traiter les terroristes politiques.

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La «justice» américaine «is anything but justice»! La Cour suprême est politisée à l’os et les républicains vont faire la pluie et le beau temps dans le système juridique pour encore des décennies vu l’âge des juges fortement politisés nommés par Trump. Ce système est tellement injuste qu’il est à la botte des grandes compagnies. Prenez le cas Dontzinger, l’avocat qui combat Chevron pour le désastre environnemental causé en Équateur: c’est lui qui est poursuivi et qui a été condamné à la prison sur des accusations bidons par un juge dont les liens avec Chevron sont assez clairs… Il n’y a plus de système judiciaire crédible dans ce pays, sauf de temps en temps quand trois hommes sont condamnés pour le meurtre d’un homme Noir abattu sans raison valable; c’est un cas rare…

Pas vraiment surpris : il représente 50% de la population qui sont encore en « guerre » (civile) contre le sud. Ils ne sont pas encore sortis de la guerre de sécession. Quand nous avons vendu notre petite maison en Floride, Trump arrivait au pouvoir. Nous nous faisions régulièrement agressés par des américains (pas ceux en cravate mais des gens de la rue, « ordinaire » … particulièrement au WallMart. En voyant notre numéro de licence ou en nous entendant parler franglais, ils nous criaient « Go back home » ou nous rentraient dedans avec leur panier. Une vieille dame, témoin d’un événement me dit « Dont be worry with that, he is mad ». Nous étions même harcelés par des policiers (mexicains, surtout!!!!) qui faisaient demi-tour en voyant notre numéro de licence. TRÈS CONTENT d’être sortis de là. Il y a une telle agressivité dans une partie de ce peuple que Trump a canalisée pour s’en servir pour accéder au pouvoir. Et le parti démocrate, une partie des élus, sont en train de lui donner un bon coup de main, en faisant opposition au travail de leur propre chef. Ils n’en sortiront pas JAMAIS. Suis-je trop pessimiste?

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M. Trump sait comment attirer l’attention, et comment neutraliser ses adversaires. Très important en politique.

Pour les grandes orientations du peuple américain, par contre, il faut chercher ailleurs. 60 % de la population voit le « capitalisme » (pour lui donner un nom) comme étant positif. Cela coincide avec l’orientation du Parti Républicain. Les Démocrates, eux, sont majoritairement socialistes, et prisonniers de leurs extrémistes gauches.

C’est plutôt là qu’il faut chercher. Pourquoi M. Biden, appuyé de Bernie Sanders, Elizabeth Warren, et Kamela Harris, est-il si peu prisé qu’il ne réussit pas à s’imposer malgré le comportement souvent clownesque de M. Trump?

En passant, les « suprémacistes blancs » sont une infirme minorité, et servent uniquement à la gauche pour flatter davantage son sentiment de supériorité morale. Je vous inviterais à mettre vos filtres de côté lorsque vous regardez nos voisins du sud. Cela vous permettrais peut-être de nous donner un portrait plus juste.

J’aime bien nos voisins, même si je préfère les Canadiens.

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Franchement, c’est risible! Les démocrates socialistes!!! Vous voulez rire n’est-ce pas! Sinon, vous n’avez aucune idée de ce qu’est le socialisme. Biden et l’establishment démocrate sont des capitalistes aussi ardents que les républicains mais ces derniers aiment bien soulever l’épouvantail socialisse pour faire peur aux Américains et consolider leur pouvoir. Il y a une frange chez les démocrates qui penche plus à gauche (Sanders et ses disciples) mais dans n’importe quel autre pays démocratique on parlerait de social-démocratie. Si on suivait les républicains le Canada serait un pays socialisse avec son assurance-maladie universelle et ses hôpitaux gratuits…

Il fait peu de doutes que les républicains vont reprendre le pouvoir des les élections de mi-mandat en raison des limitations qu’ils ont fait dans plusieurs états au droit de vote des gens qui seraient plus susceptibles de voter démocrate et pour leur gerrymandering des circonscriptions électorales. C’est un fait et s’ils ne gagnent pas, ce sera une grosse surprise.

La démocratie américaine est mourante avec un système politique et électoral infecté de partisannerie politique et ils s’en vont directement dans le mur. La mini-insurrection de l’an dernier n’était qu’une répétition générale mais c’est une insurrection lente, à moyen terme, qui est en train de se produire et qui va probablement culminer avec la réélection de Trump en 2024 à moins que le ciel ne tombe sur la tête des républicains.

Quant aux démocrates, on dirait que c’est une harde de chevreuils qui se retrouvent dans les phares d’une voiture! J’ai l’impression qu’ils sont en train de s’autodétruire. J’ai aussi l’impression que dans quelques années la Servant écarlate ne sera plus de la fiction.

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Trump n’en sort pas plus fort … essentiellement c’est qu’il n’est jamais puni au sens de la loi, jamais traduit en justice, jamais impacté pour l’horreur de ses paroles de ses actes ….. et c’est bien cela qui est inacceptable.

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