Comorbidité

Non, le premier ministre n’est pas responsable des 4 000 personnes décédées en CHSLD durant la première vague. Par contre, l’histoire retiendra de lui sa réponse à cet événement funeste.

Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

François Legault a réagi de manière très émotive lors de la période de questions du 23 novembre. L’opposition accusait son gouvernement d’avoir menti ou, dans des termes plus parlementaires, de n’avoir pas dit la vérité sur la gestion de la COVID-19 en CHSLD durant la première vague.

Il réagissait comme si son nom était écrit en caractères gras, dans une liste de coupables, en annexe du rapport de la protectrice du citoyen. Le premier ministre a défendu bec et ongles sa gestion de la pandémie, en répétant qu’il prenait sa part de responsabilités pour les décès survenus en CHSLD.

Sa position est inconfortable. D’abord, parce qu’il doit défendre un système qu’il n’aime pas. S’il était épris des CHSLD, il n’aurait pas fait campagne en proposant, puis lancé en grande pompe une fois au gouvernement, la construction de maisons des aînés. Son projet vise essentiellement à créer des milieux de vie offrant un peu d’humanité aux usagers. Ça tranche avec ce que l’on entend depuis des années sur ces établissements mal-aimés du réseau de la santé.

Ensuite, rappelons-nous qu’en mars 2020, tout était à faire. On manquait de ventilateurs, d’équipements de protection individuelle (c’était l’époque des ventes aux enchères sur le tarmac d’aéroports) et, on s’en rend bien compte, de structures et de procédures claires partout dans le réseau.

En effet, le Québec n’était pas différent de ses voisins. D’ailleurs, si vous regardez ce qui se passe dans les autres pays qui ont déclenché des enquêtes parlementaires ou judiciaires sur la gestion de la crise, vous verrez que les constats se ressemblent.

Prenez l’Angleterre, où un rapport étrille, et je traduis librement, « le renvoi rapide de l’hôpital vers chez eux de gens habitant en maison de soins » et « les disparités de traitement entre les patients des hôpitaux et ceux des maisons de soins ». Ça vous semble familier ?

Ce qui me fâche le plus dans cette histoire, et ce qui fâche probablement les décideurs, c’est la difficulté manifeste à obtenir des informations pour prendre les décisions le plus éclairées possible. Tous les partis le disent et le répètent depuis 30 ans : le réseau de la santé est trop empesé, le pouvoir y est trop diffus, la déconnexion entre le cabinet du ministre et le plancher est de plus en plus évidente. La possibilité pour les gens du terrain de faire comprendre leur réalité à leurs vis-à-vis ministériels s’étiole. Dans le cas qui nous occupe, cette déconnexion a eu des conséquences funestes.

Non, François Legault n’est pas à blâmer personnellement pour cet échec. Bien sûr, il est premier ministre. C’est lui qui doit rendre des comptes. Il l’a fait, dès décembre 2020, les yeux dans les yeux avec les Québécois.

Quand il a dit, d’ailleurs, prendre ses responsabilités, il a ouvert la porte à « changer les choses ». C’est là où le jugement sera, selon moi, le plus dur. Jamais les Québécois n’auront été aussi en accord avec la nécessité de réformer le système de santé. Jamais, en plus, un premier ministre n’aura eu un tel « capital politique » pour s’attaquer au paquebot, au mammouth, et au premier poste de dépenses du gouvernement. Jamais, je l’espère, une telle fenêtre ne se représentera. François Legault doit aux victimes d’asseoir tous les acteurs du système de la santé pour changer les choses.

Sa responsabilité réelle tient dans la réponse qu’il donnera à ce drame. Si, dans 5, 10 ans, on lit encore des rapports de la vérificatrice générale ou de la protectrice du citoyen sur le manque d’humanité réservé aux aînés, il aura échoué.

Parce que, on doit se l’avouer aujourd’hui, les 4 000 victimes de la COVID-19 dont parle la protectrice du citoyen dans son rapport avaient seule une comorbidité commune : elles vivaient en CHSLD.

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Analysons la situation d’un autre angle!
Que serait-il arrivé si au lieu de transférer les personnes dans les CHSLD, elles étaient demeurées à l’hôpital?
Aurions-nous eu plus de personnels et de mesures de protections?
Quelles conséquences dans les milieux névralgiques des Centres Hospitaliers … Nous déplorons tous les décès et les fins tragiques qui sont survenues.
À l’impossible nul n’est tenu!
<>: des partis d’opposition jouent leur avenir sur ce sujet.
Larry Côté, Baie-Comeau

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Lorsqu’il y a une pandémie mondiale, la moindre des choses est d’avoir une vigie sur ce qui se passe sur la planète. On voyait dès janvier 2020, sur la côte ouest américaine et en Colombie-Britannique des éclosions dans les résidences de personnes âgées. Le Québec a choisi de regarder vers l’Italie sans se poser la question si dans ce pays la proportion de la population âgée en résidence est similaire à celle du Québec ou si l’on retrouve plus de familles multi-générationnelles qu’au Québec, ce qui pousse les personnes infectées vers les hôpitaux, peu importe leur âge. On connaît la suite. C’est la même chose pour les éclosions observées dans des chœurs dans l’État de Washington et au Denmark (avec décès), démontrant que le virus se transmettait par aérosols alors qu’on nous indiquait que le port masque au Québec n’était pas recommandé car ce n’était pas « dans notre culture ». Des fois, faire son possible n’est pas suffisant.

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Il ne faut pas oublier qu’avant ce gouvernement il y en a eu d’autres, PQ qui a vidé les hôpitaux des vieux employés d’ expérience et le PLQ n’ pas eu la clairvoyance de combler ce manque et de remplir les entrepôts de matériel de protection. Alors la faute est aussi imputable aux gourvernemts antérieurs . Alors la CAQ a fait de son mieux.

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Tellement vrai. En 1997, legouvernement a laisse partir a la retraite un grand nombre d’employes du public, dont le personnel hospitalier avec une offre – le facteur 80 au RREGOP ( fond de pension). 50 ans d’age, 30 ans de service sans penalite et sans renouveler le personnel dans les hopitaux. Adieu a un personnel experimente qui,n’a pas eu le temps de former une releve qui n’etait pas sur place. Monsieur St- Laurent l’a dit : la CAQ a,eu des predecesseurs.

J’aimerais savoir, combien il y a de postes réguliers vacants présentement dans les CHSLD au Québec ? C’est encore une bombe à retardement d’après moi pour le Gouvernement de M. Legault.

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Legault est le Pm . Legault est reponsable point final. Et le fait que la coroner reproche au gouvernement de pas fournir la documentation nécéssaire augmente encore plus le cynisme des quebecois. C’est de loin , la plus grande tragédie de lhistoire du quebec. Par respect et avec humilité, la moindre des choses quil devrait faire pour fournir le plus de réponses possible aux familles endeuillées serait de déclencher immédiatement une commission denquete publique sur la gestion de la crise en Chsld. Quil arrete de faire croire aux quebecois que les enquetes en cours présentement ont la meme profondeur qu’une commission denquete publique ou les commisaires ont beaucoup plus de pouvoir d’assignation ,subpoena etc. Cet commission s’appelle pas publique pour rien ‘ a livre ouvert pour le public’ !