Compression du jour: les réfugiés malades écopent

Pour économiser 70 millions$ sur trois ans et 15 millions $ par année par la suite, le gouvernement conservateur paiera uniquement à l’avenir pour les soins médicaux «urgents ou essentiels» des demandeurs d’asile, des réfugiés réinstallés, des victimes de la traite des personnes. Le programme qui comblait le vide lorsque ces gens n’avaient pas accès à un régime d’assurance-maladie provincial et n’ont pas les moyens de s’offrir une assurance privée ou de payer pour les soins fournis, sera sérieusement amputé.

Selon le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, c’est une question d’équité, comme il l’expliquait aux Communes le 26 avril dernier.

«De nombreux Canadiens ont constaté qu’il y avait une profonde inégalité entre les généreux services de santé que nous offrons aux demandeurs d’asile, y compris les faux demandeurs d’asile et les immigrants illégaux arrivés clandestinement, et ceux que nous fournissons aux citoyens canadiens qui travaillent fort et paient des impôts. Ce n’est pas correct, et c’est pourquoi nous avons annoncé hier des modifications au programme de santé mis sur pied provisoirement par le gouvernement fédéral pour les demandeurs d’asile afin que les services de santé que ceux-ci obtiennent ne soient pas plus généreux que ceux auxquels ont accès les contribuables. Nous voulons faire savoir aux demandeurs d’asile qu’ils recevront les soins essentiels tant que leur demande ne sera pas rejetée et que, si elle l’est, nous nous attendrons à ce qu’ils respectent nos lois et quittent le Canada.»

Le 9 mai, il y allait plus rondement. «Laissez-moi vous dire ce qui est injuste et non éthique: un programme de santé plus avantageux pour les faux demandeurs d’asile arrivés clandestinement que pour les Canadiens âgés qui ont payé leurs impôts toute leur vie. Grâce aux changements proposés, les soins de santé deviendront équitables.»

Le ministre parle comme s’il n’y avait que des fraudeurs qui prenaient avantage de ce programme, comme si les demandeurs d’asile légitimes n’y avaient pas recours ou n’en avaient pas vraiment besoin. Tous seront touchés et certains davantage que d’autres. En effet, certaines catégories de demandeurs auront droit à encore moins de services.

Il faut savoir que le Programme fédéral de santé intérimaire, que le ministre dit provisoire, a été mis sur pied après la guerre pour venir en aide aux personnes déplacées et est régi par le même décret depuis 1957. Il a toujours été maintenu dans le but explicite d’offrir aux demandeurs d’asile et aux réfugiés les plus pauvres l’équivalent de ce à quoi ils auraient droit s’ils étaient admissibles à l’aide sociale. On offrait l’accès aux services médicaux, bien sûr, mais aussi, à certaines conditions, à des examens de la vue, à des visites chez le dentiste et au remboursement des médicaments d’ordonnance.

Ce ne sera plus le cas. Selon le décret émis le 25 avril dernier, le programme n’offrira qu’une aide limitée et, dans le cas de certaines catégories de bénéficiaires, uniquement si la santé ou la sécurité publiques sont en jeu.

Fini les lunettes et les extractions de dents, mais aussi l’accès à tout soin qui ne sera pas jugé «de nature urgente ou essentielle». Le ministre aime insister sur les examens de la vue, mais il évite de souligner que les demandeurs d’asile de «pays d’origine désignés» – une catégorie de son invention inscrite dans la nouvelle loi sur le droit d’asile – n’auront droit à de l’aide que si la santé ou la sécurité publiques sont en danger. Sinon, rien, mais en cas de crise cardiaque ou d’un accouchement.

Pas étonnant, dans ce contexte, de voir disparaître aussi le remboursement des médicaments d’ordonnance. À moins que le demandeur d’asile soit atteint d’un mal qui pose – encore – un risque pour la santé ou la sécurité publiques, comme la tuberculose ou le VIH. Un diabétique ne pourra plus, pauvre ou pas, se faire rembourser son insuline. Le résumé offert par le ministère est limpide, mais les exemples fournis ailleurs sont encore plus éloquents.

Il est reconnu que la très vaste majorité des demandeurs d’asile vivent une grande vulnérabilité. Ils arrivent généralement les mains à peu près vides. Souvent, ils ont fui en laissant tout derrière pour vivre dans des conditions précaires qui ont pu affecter leur santé. Ceux qui ont davantage de ressources s’en sortiront, mais les autres, qui hésitent déjà à se faire soigner, resteront encore plus en marge.

Une foule de groupes ont réagi en exposant les effets pervers que de ces changements pourraient avoir. Plusieurs ont écrit au ministre, en vain. Ces changements entreront en vigueur le 30 juin pour économiser, sur trois ans, à peine plus que ce que le gouvernement dépensera cette année pour le Jubilée de la Reine Elizabeth II…

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Le gouvernement Royal Harper de Sa Majesté la Reine du Dominion du Chef du Canada n’en est pas à ses dernières surprises.

Ces coupures symboliques au plan pécuniaire mais ayant un potentiel de répercussions dramatiques sur le plan humain s’inscrivent parfaitement dans la ligne de pensée et de gestion de l’État par ce gouvernement.

«Get use to it» parce que l’on en a encore pour quelques années…