Compressions: encore les poissons

On en apprend un peu plus chaque jour sur les compressions à Pêches et Océans et il semble, chaque fois, que ce soit surtout les scientifiques qui écopent. Le processus n’est pas exempt d’un certain cynisme puisque voilà qu’Ottawa finance des infrastructures de recherche universitaires, alors qu’il démantèle les siennes, et s’en remet à des conseils consultatifs externes pour garder l’oeil sur les contaminants chimiques. Les derniers développements ressemblent à ceci :

Le ministre de la Science et de la Technologie, Gary Goodyear, annonçait mercredi, à Montréal, une subvention de 25 millions $ pour la création d’un nouveau réseau de centres d’excellence en océanographie dont l’un des principaux chercheurs serait, nous révèle la Presse, nul autre qu’un éminent scientifique dont Pêches et Océans ne voudrait plus.

Selon CBC, Kenneth Lee, expert en déversements pétroliers et directeur du Centre de recherche sur le pétrole, le gaz et autres sources d’énergie extracôtières, à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, a reçu un avis à l’effet que son poste serait éliminé. L’expertise de M. Lee est telle qu’on avait fait appel à lui lors de la catastrophe survenue en 2010 dans le Golfe du Mexique.

Comme je l’écrivais récemment, le gouvernement a décidé de mettre la clé dans la porte ou de réduire les effectifs de plusieurs stations de recherche. J’en mentionnais deux, la Presse fait état de deux autres, dont  l’Institut Maurice-Lamontagne, le centre de recherche fédéral en océanographie de Rimouski. Ce dernier éliminerait 8 des 11 postes de son équipe d’écotoxicologie.

Ce torpillage des ressources scientifiques du ministère survient au moment même où, par le biais de l’éléphantesque projet de loi budgétaire C-38, le gouvernement triture la Loi sur les pêches qui finira pas ne plus être que l’ombre d’elle-même. Cette réforme inquiète tellement que quatre anciens ministres des Pêches, deux conservateurs et deux libéraux, ont uni leurs voix pour demander au gouvernement Harper de reculer, révélait le Globe and Mail, il y a quelques jours. L’ancien ministre conservateur Tom Siddon dit même que le gouvernement est en train de transformer la loi «en fromage suisse».

Dans la région atlantique, des pêcheurs et des universitaires protestent car ils craignent que ces compressions affectent la gestion des pêches et l’encadrement de l’aquaculture, écrivait cette semaine le Halifax Chronicle-Herald. Selon Maria Recchia, directrice de la Fundy North Fishermen’s Association du New Brunswick, tous les scientifiques qui ont travaillé sur l’impact des pesticides utilisés en aquaculture sur les écosystèmes marins et les pêcheries seront mis à pied ou transférés. La recherche sur les contaminants et les pesticides sera laissée à des chercheurs non gouvernementaux, ce qui fait craindre un biais si une partie de leur financement dépend de la générosité de l’industrie, s’inquiète Mme Recchia.

Lundi, environ 200 scientifiques et universitaires ont écrit au premier ministre Stephen Harper pour lui demander d’annuler la fermeture de cinq laboratoires fédéraux chargés de surveiller la pollution chimique dans les milieux marins et les cours d’eau, rapportait la Presse.

À noter par ailleurs que, selon le Soleil, Québec serait particulièrement touché par d’autres compressions effectuées à Pêches et Océans et à la Garde côtière.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, ne dérougit pas et résume bien ici les changements (qu’on connaît) qui attendent le régime de protection environnementale canadien.

Autre fait intéressant : Pêches et Océans a décidé de fermer six bureaux administratifs à travers les pays pour consolider leurs opérations à un seul endroit, soit à Frédéricton, dans la circonscription du ministre Keith Ashfield…

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Je me permet de vous corriger Madame.

Le Centre de recherche directement visé par les coupure à Rimouski est le laboratoire d’expertise en analyse chimique aquatique (LEACA) dont le champ d’expertise ÉTAIT la toxicologie et la chimie en milieu marin (principalement des contaminants de produits pétroliers).
ref: http://www.hebdosregionaux.ca/est-du-quebec/2012/05/25/dautres-coupures-sont-a-craindre-a-linstitut-maurice-lamontagne

Quant à votre dernier paragraphe, le fait qu’on relocalise (à grand frais) plus de 170 employés du pays dans le comté du Ministre Keith Ashfield, il s’agit bien sûr d’un pur hasard…

Jamais le slogan « Faire de la politique autrement » n’aura été aussi vrai!

Mme Cornellier,

Les grands bonzes du Parti Conservateur du Canada n’ont absolument rien à cirer des quelque 32 sièges situé à l’est du Québec. Présentement ils en détiennent 14 et ce n’est pas ça qui a établi leur «strong and stable National majority»

Le gouvernement Royal Harper de Sa Majesté la Reine du Dominion du Chef du Canada sait qu’ils ne les perdront pas tous.

Ils sont également conscient qu’à l’est de l’Ontario c’est peine perdue et qu’ils se doivent de maintenir leur appuis à l’ouest de la rivière des Outaouais (oups excusez moi je viens de faire un crime de lèse Majesté – West of the Ottawa River), s’ils veulent se maintenir au pouvoir.

Il donneront quelques bonbons à leurs députés de l’Atlantique (Mr Keith Ashfield for instance) histoire d’en conserver quelques uns. (Si 5 sièges sur 75 au Québec leur permet d’affirmer qu’ils détiennent une «strond and stable National majority» quelques sièges dans l’Atlantique ne changera pas grand chose à leur discours.

Comme ils sont dans l’incapacité de faire des gains «East of the Ottawa River» ils vont ciblé les comtés qui ont voté du bon bord et négliger les autres, puis continuer à satisfaire leur base électorale (C.-B. 45,5% des suffrages pour 21 sièges/36, Alberta 66,8% des suffrages pour 27 sièges/28, Saskatchewan 56,3% des suffrages pour 13 sièges/14 et Manitoba 53,5% des suffrages exprimés pour 11 sièges/14). Ils vont également continuer de concentrer leurs efforts à courtiser les électeurs de la très rentable Ontario (44,4% des suffrages exprimés pour 73 sièges/106), et ce, sans compter les 6 nouveaux sièges en Colombie-Britannique et les 6 nouveaux sièges en Alberta.

Harper est un fin calculateur et il calcul toutes ses coupures en fonction de son idéologie et … des prochaines élections…