Compressions et transparence : les conservateurs plient un peu devant le directeur parlementaire du budget

Une fois n’est pas coutume, mais elle vaut la peine d’être notée. Le gouvernement Harper semble vouloir jeter du lest dans son bras de fer avec le directeur parlementaire du budget (DPB), Kevin Page, au sujet des dernières compressions dans la fonction publique. La menace d’un recours judiciaire par M. Page semble avoir eu raison de l’intransigeance conservatrice.

Rappelons les faits. Depuis le printemps dernier, M. Page demande à 82 ministères et agences des précisions sur les mesures prises pour générer les économies de 5,2 milliards $ promises dans le dernier budget. En vain. En juin, 18 organisations, pour la plupart petites, ont répondu. Quelques autres se sont ajoutées depuis. Mais 56 agences et ministères, dont les plus gros, résistaient. Jusqu’à hier, date butoir que leur avait donnée le DPB. Passé cette date, avait-il averti, il se tournerait vers les tribunaux.

M. Page a fait savoir hier qu’il repoussait la date butoir au 19 octobre car quatre ministères, dont trois gros, lui ont signalé leur intention de répondre à sa requête. De plus, des discussions auraient lieu avec le Conseil privé. On ignore ce que feront les autres ministères, mais on sait que le gouvernement a cillé. Pour la première fois.

Et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Imaginez cette affaire devant les tribunaux. Le gouvernement dépenserait des milliers de dollars en frais juridiques pour ne pas révéler comment il entend réduire ses dépenses. Ça ne ferait qu’attirer l’attention sur une affaire, pour l’instant, assez obscure et mettre en relief le refus des conservateurs de mettre cartes sur table. De quoi renforcer l’impression qu’ils cachent quelque chose. Ça ne pourrait être qu’à leur désavantage.

M. Page a le haut du pavé car il défend le gros bon sens. Les compressions étant la pièce de résistance du plan d’austérité conservateur, il était normal, et il l’est toujours, qu’il offre aux élus l’information dont ils ont besoin pour juger de la crédibilité de ce plan. Mais depuis le début, le gouvernement privilégie le secret en invoquant des prétextes farfelus, comme je le soulignais sur ce blogue en avril dernier.

En juin, le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, affirmait que le gouvernement était lié par les conventions collectives, ce que les syndicats ont contesté. Le greffier du Conseil privé a pris le relais, avec la même excuse.

En fin de semaine, le ministre Clement affirmait sans rire que M. Page outrepassait son mandat en s’intéressant aux compressions car son rôle se limiterait, toujours selon M. Clement, à examiner les dépenses du gouvernement. Bref, à en croire le président du Conseil du trésor, le Parlement doit approuver le budget pour la création du programme X, mais ne doit pas être informé de sa disparition.

M. Page joue dur parce que les conservateurs l’y poussent. Ils ont créé le bureau du DPB en 2006 parce qu’ils croyaient, dans l’opposition, que les députés devaient, pour faire leur travail, avoir accès à une source d’analyse indépendante des finances publiques. Mais depuis que Kevin Page est en poste et eux au pouvoir, ils s’ingénient à lui mettre des bâtons dans les roues. Les exemples les plus connus sont sûrement ses tentatives d’évaluer les coûts du F-35 et des projets de loi en matière de justice.

Or, on ne parle pas ici de faire la lumière sur un seul programme, mais sur des compressions qui touchent tout l’appareil fédéral, de l’Agence d’inspection des aliments (eh oui) au ministère de l’Environnement en passant par le ministère des Ressources humaines et du développement des compétences. Ce serait la moindre des choses que les députés et les citoyens puissent y voir clair, ce qui est à peu près impossible sans l’aide d’experts comme le DPB. Surtout face à un gouvernement qui fait tout pour brouiller les pistes.

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