Congrès libéral : en route vers 2015

Pour Justin Trudeau, ce congrès sera l’occasion de démontrer qu’il est capable de s’entourer de gens de qualité… et de mettre en place toutes les pièces nécessaires à une relance d’un parti encore moribond il y a tout juste un an, explique Manon Cornellier.

Environ 3 000 libéraux descendent ce jeudi à Montréal pour leur premier congrès d’orientation depuis la cuisante défaite de 2011.

Cette rencontre devait être consacrée à l’élaboration des politiques du parti, mais à moins de 18 mois des prochaines élections, le Parti libéral du Canada (PLC) a une mission en tête : consolider le rebond enregistré depuis l’arrivée de Justin Trudeau à la tête du parti.

Le PLC a besoin de politiques qui le distinguent, mais aussi de militants motivés, d’une organisation mieux rodée et d’une équipe crédible. Et le parti doit projeter l’image d’une formation menée par un chef ouvert à la réflexion et aux nouvelles idées.

Pour Justin Trudeau, ce congrès est l’occasion de démontrer qu’il est capable de s’entourer de gens de qualité et de mettre en place toutes les pièces nécessaires à une relance d’un parti encore moribond il y a un an.

Depuis qu’il a pris les rênes du PLC, ce dernier n’a pas seulement pris la tête dans les sondages : il a finalement pris avec succès le virage du financement populaire et a mis le couvercle sur les vieilles guerres fratricides.

Il faut toutefois rappeler que Bob Rae avait mis la table et jeté les fondations sur lesquelles M. Trudeau pouvait bâtir. M. Rae a poussé pour moderniser les structures du parti et, surtout, ses méthodes de financement. Il a aussi tout mis en œuvre pour éviter la création de nouveaux clans au sein du parti.

À M. Trudeau maintenant de faire le reste, en particulier en matière de politiques. Il dit vouloir améliorer le sort de la classe moyenne, mais on ne sait trop comment il entend s’y prendre. Il s’est limité pour l’instant à présenter sa vision d’ensemble et à énoncer de grandes priorités.

Sur la table à dessin

Dans une entrevue qu’il a donnée au Globe and Mail en fin de semaine dernière, il a identifié ses trois priorités économiques : l’éducation, le commerce et les investissements dans les infrastructures. Et il a dit croire à un gouvernement plus présent et interventionniste.

On n’en saura pas beaucoup plus dans les prochains jours que ce qu’il a déjà énoncé dans une vidéo mise en ligne en début de semaine. D’abord, parce que son équipe et lui veulent garder leurs munitions pour la future campagne électorale. Ensuite, parce que tous les fils ne sont pas attachés — ce qui n’a rien d’inhabituel à 18 mois d’une élection.

Justin Trudeau, promet-on, mettra plus de chair autour des os lors de son discours de samedi, mais le but est avant tout de tracer une trame narrative claire autour de laquelle les politiques futures s’articuleront.

Les commissions, le caucus et les ailes provinciales ont bien soumis plus de 160 résolutions, mais il manquera de temps pour les débattre toutes. Et seulement le tiers des 23 ateliers se pencheront sur ces résolutions.

Les autres, qui se dérouleront en même temps et détourneront du même coup l’attention des délégués, porteront sur la préparation électorale et la stratégie parlementaire, ou encore sur des enjeux d’actualité présentés par des panels d’experts.

Et comme le veut la procédure dans ce genre de congrès, seulement une poignée de résolutions, jugées prioritaires, aboutiront en plénière pour être soumises au vote de tous les délégués.

Cela ne diminue l’intérêt de ces résolutions car pour se rendre jusqu’au congrès, elles ont dû obtenir un appui assez large des militants. Elles sont donc un reflet de leur préférence.

Peu d’entre elles parlent de la classe moyenne, mais plusieurs s’inquiètent des inégalités de revenus et de l’appauvrissement d’une partie de la population, des préoccupations qui se traduisent en résolutions en faveur d’un revenu annuel garanti, d’un rétablissement de l’âge d’éligibilité à la Sécurité de la vieillesse et d’une bonification des régimes de pension publics.

Les autres thèmes qui reviennent fréquemment sont les réformes démocratiques et parlementaire, la question autochtone, l’aide médicale à mourir, un meilleur traitement pour les vétérans et les militaires aux prises avec des problèmes de santé, la reprise des investissements dans la recherche fondamentale et le retour de la liberté de parole des scientifiques fédéraux.

Rien de clair n’est toutefois proposé pour concilier environnement et développement économique.

Et il y a ces vieux réflexes qui ne se démentent par au sein du PLC. Parmi les sujets les plus populaires, on retrouve la santé, l’éducation et la petite enfance — tous des domaines de compétence provinciale.

On prend bien soin, évidemment, de parler de concertation et de coopération, mais il est quand même bizarre qu’un parti fédéral trouve davantage à dire sur ces sujets que sur la politique étrangère (une seule résolution), soit une responsabilité fédérale.

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«Et il y a ces vieux réflexes qui ne se démentent par au sein du PLC. Parmi les sujets les plus populaires, on retrouve la santé, l’éducation et la petite enfance — tous des domaines de compétence provinciale.»

C’est-à-dire que le PLC reste un parti foncièrement nationaliste, qui comme le PQ carbure à la confusion entre citoyenneté et identité, d’où sa conception moniste du Canada et les âneries du genre « one nation » et « nation building » alors que nous sommes dans une fédération. Bien entendu, nos nationalistes québécois sont par définition les plus mal placés pour décrier efficacement un nationalisme. Et vice-versa, du reste. Depuis la polarisation hystérique des militants du PLC et du PQ dans l’après-1995, qui nous a permis de voir le vrai visage des deux partis et des deux idéologies (menace de séparation unilatérale d’une part, stratégie grand-serbe du paritionnisme de l’autre), entendre un PLC dénoncer le nationalisme (québécois), entendre un PQ dénoncer le nationalisme (canadien), me rappelle toujours ce vers des ‘Châtiments’ de Victor Hugo:

«L’arsenic indigné dénonçant la morphine.»