Conseils avisés pour ne pas gaspiller un surplus historique

Les millions réinvestis en santé et en éducation auront-ils vraiment un effet ? Notre collaborateur Marc-Nicolas Kobrynsky constate que l’argent est encore en voie d’être dépensé… sans plans ni cibles.

Carlos Leitao
Photo: La Presse canadienne/Jacques Boissinot

Il faut se parler d’argent.

Mardi, la mise à jour budgétaire a permis d’apprendre que le Québec avait amassé la coquette somme de 4,36 milliards de dollars en surplus budgétaire — en comptant l’argent versé au Fonds des générations —, le plus important surplus de l’histoire du Québec.

Quelle que soit notre opinion sur la méthode par laquelle il y est arrivé, ce surplus existe et le gouvernement procédera à un réinvestissement.

Mais est-il véritablement outillé pour le faire avec succès ?

De 2000 à 2012, le ministère de la Justice a dépensé près de 40 millions pour se doter d’une plateforme informatique. En 2012, le projet a été abandonné, devant l’échec persistant de la solution avancée.

En décembre 2016, le ministre de la Santé a débloqué 100 millions additionnels pour faire baisser le temps d’attente dans les urgences. En avril 2017, il a reconnu que l’argent n’avait pas eu de répercussions.

Jeudi, la vérificatrice générale a révélé que le programme d’accueil et de francisation des immigrants, qui dispose d’un budget annuel de 75 millions, était un échec. Le taux de succès est famélique, avec 9 % à l’oral et 5 % à l’écrit.

Les annonces des gouvernements brandissent toujours les sommes d’argent engagées, mais jamais ceux-ci ne font mention de ce qu’ils souhaitent atteindre comme objectifs. Et pourtant, comme les exemples cités précédemment le montrent, c’est loin d’être un gage de succès.

L’argent n’est pas le problème. C’est le cadre dans lequel il est investi. Le problème, ce sont des ministères sans vision ni plans stratégiques, sans cibles et sans résultats, qui investissent sans but précis et sans contrôle.

Prenons l’exemple de l’Éducation. Fort du surplus, le gouvernement souhaite y réinvestir 337 millions, dont 212 millions pour l’embauche d’orthopédagogues et d’orthophonistes au primaire et 125 millions pour améliorer la qualité des services de garde.

Prises ainsi, ce sont de bonnes nouvelles. Qui peut vraiment s’opposer à plus de ressources pour nos enfants ?

Mais quand on creuse un peu, on est en droit de se poser de sérieuses questions. Le rapport annuel 2016-2017 du ministère de l’Éducation, qui vient d’être déposé, montre qu’il n’avait toujours pas de plan stratégique pour cette période. Outre d’augmenter le taux de diplomation à 80 %, le ministère n’a pas de cibles et présente plutôt une liste de dépenses et de statistiques.

Je ne veux pas jouer au pisse-vinaigre, mais s’il n’y a pas de mesures de la qualité dans les services de garde, comment pourra-t-on savoir si la rondelette somme de 125 millions a été d’une quelconque utilité ?

Pour l’embauche des orthopédagogues et orthophonistes, les mêmes questions se posent. Veut-on améliorer le service ou répondre à un besoin non comblé ? Pourquoi 500 et non pas 638 ? Ou 347 ? Quels objectifs veut-on atteindre ? Le ministère n’a aucune cible pour les élèves du primaire, tant en matière de décrochage que du nombre d’enfants en difficulté ou recalés, ou encore sur la qualité d’éducation. Bref, on navigue à vue.

Le ministère de l’Éducation, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, mesure sa réussite à l’effort — l’argent dépensé — plutôt qu’aux résultats. Dans les faits, il est probable que la population ne saura jamais vraiment dans quel but cet argent sera dépensé et s’il aura vraiment eu un effet positif à long terme.

Ce n’est pas une situation qui semble inquiéter le premier ministre, Philippe Couillard. Le mois dernier, lorsqu’il a été interrogé sur l’absence de plan stratégique à jour dans plusieurs ministères, comme il a été révélé dans mon Rapport sur la performance des ministères, il a répondu : « Moi, je suis assez content que mes collègues utilisent leur fonction publique avec laquelle ils travaillent pour autre chose que produire des documents… »

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En liant les plans stratégiques, les cibles et les résultats à une opération de paperasserie bureaucratique, M. Couillard indique à ses ministres et à l’ensemble de l’appareil gouvernemental que la rigueur de gestion, la transparence et la reddition de comptes ne sont pas une priorité.

Sans mesures, le gouvernement peut affirmer que tout va toujours bien, quitte à « prendre très au sérieux » toute preuve du contraire. C’est le beurre et l’argent du beurre.

Ce surplus, obtenu grâce à l’alignement exceptionnel de plusieurs astres économiques et au prix de bien des souffrances dans les services donnés par l’État, est une occasion qui ne reviendra pas de sitôt. Investi de façon rigoureuse, il pourrait corriger des lacunes structurelles dans les services à la population et avoir des effets positifs pour l’ensemble du Québec.

Mais investi business as usual, ce sera un immense gaspillage.

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10 commentaires
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Il n’est pas certain que les différents services de l’États définissent clairement et très bien les besoins de la population, plus encore ceux qui sont propres à toutes catégories de la population. La diversité.

Puisqu’il est question ici d’éducation, nous savons que nombre d’enfants peuvent éprouver des difficultés d’apprentissage. Ces difficultés ne touchent pas seulement des enfants des classes défavorisées ou appartenant à tel ou tel groupe ethnique. Ils touchent tous les enfants.

Lorsque dans chaque difficulté se trouve une histoire différente.

Bien sûr des ressources humaines supplémentaires en orthopédagogie, offrent un soutien appréciable pour identifier les problématiques et si possible envisager des solutions. Est-ce que cela est suffisant ? Il n’y a pas réellement d’obligation de résultats.

Récemment, je lisais dans la presse locale où j’habite un dossier sur le thème de La « douance », la douance ce sont ces troubles d’apprentissages qu’éprouvent des enfants plus doués que les autres. Usuellement, les orthopédagogues ou les psychologues scolaires évaluent les difficultés d’apprentissage éprouvés par ces enfants à des troubles mentaux, ce qu’on appelait dans le passé : des enfants attardés ou retardés.

Hors, il n’en est rien ! Ce sont plutôt des enfants plus avancés que les autres, lesquels vivent dans un environnement anxiogène.

Hormis le fait que les orthopédagogues et les psychologues scolaires peuvent se tromper sur l’évaluation des enfants ; ils disposeront de peu de ressources pour leur permettre de progresser harmonieusement. Le système scolaire québécois n’a pas de structure pour trouver ou inventer le cadre du plein épanouissement des enfants qui sont confiés à leur autorité.

Ainsi, ne suffit-il pas d’accroitre les crédits. Encore faudrait-il définir les besoins de l’école d’aujourd’hui et de demain. Aucun plan stratégique ne sera réellement utile, si on ne prend pas le temps de définir les besoins, si on n’adopte pas une vision globale pour inter-relier toutes les communautés du Québec, si les ministères ne travaillent pas de concert en vue d’adopter des stratégies non seulement communes, qui soient inter-compatibles, complémentaires les unes avec les autres.

Nos gros et gras Conseils des ministres (quelques 34 ministres avec le PM) n’ont rien du foisonnement énergétique et du frissonnement bioclimatique de la ruche.

C’est donc la culture étatique et administrative qu’il faut changer, tout comme c’est la responsabilité de celles et ceux qui s’investissent directement dans le service aux citoyens (ou des enfants) qui doit être directement engagée. Ce sont celles et ceux qui sont sur place qui doivent se commettre, répondre des objectifs, offrir les résultats.

Lorsque pour se faire… cela requière de l’intendance, transférer les subsides de manière récurrente là où les besoins se trouvent, disposer de moyens étendus et accrus pour répondre avec promptitude aux besoins… tous les besoins.

Au moins, nous avons des SURPLUS à distribuer au Québec grâce à la saine gestion des fonds publics des Libéraux.

Bravo à toute leur équipe. Pas souvent que l’on peut s’enorgueillir, ici, de pouvoir compter sur le meilleur économiste de toute la planète.

L’auteur demande si le nouvel argent dépensé aura des cibles, des objectifs et finalement un impact. Je pense que l’on pourrait la question pour les 104 premiers milliards que le gouvernement dépense actuellement.

Vos objectifs divergent cher monsieur. Vous parlez de saine gestion et le gouvernement travaille pour sa réélection, il parle donc à la plèbe : messages simplistes, formules fortes et répétitives …
Si ces coupures étaient justifiées, pourquoi des réinvestissements?
Il y a des années que je me pose la question : en additionnant toutes les sommes supposément sauvées par des réinvestissements, les budgets de fonctionnement devraient être maintenant minimes ??

Je suis 100% en accord avec M. Kobrynsky. En début de son mandat, le gouvernement a coupé dans la réussite éducative en disant que le % de la réussite éducative ne s’était pas amélioré. Maintenant qu’elle est sa nouvelle stratégie pour atteindre des objectifs mesurables??

En ce qui a trait aux millions pour l’éducation vous devriez savoir pour l’avoir lu à de nombreuses occasions que le NOMBRE de professionnels n’était pas suffisant. Pour les services de garderies c’est exactement la même chose qui est constamment décrié sur la place publique depuis des lunes.

Le programme de francisation des immigrants n’est pas obligatoire, ne vous demandez pas pourquoi le succès n’est pas au palmares. C’est d’ailleurs ce que j’invoque depuis des lunes.

La connaissance de la langue devrait être une condition sine qua non pour qu’un migrant demeure en sol canadien.

Pensez-vous vraiment que les musulmans qui cachent leurs femmes pour les assouvir veulent qu’elles apprennent la langue française et pouvoir demander de l’aide aux forces de l’ordre et se défendre devant les tribunaux ? C’est d’ailleurs la même chose pour les latinos et les ressortissants des pays de l’ancienne Europe de l’Est et de la Russie.

Ce n’est pas de la responsabilité du ministre des finance à définir les besoins mais bien à chaque ministère. Ceux-ci auront à rendre public, les attentes au 31 maurs 2018 et les résultats à chaque année contrairement aux années passées. Il faudra donc attendre jusqu’au 31 mars 2019 pour en connaître la réalité sur le terrain.

D’autre part chaque ministère dépose à l’Assemblée Nationale, une liste des plans d’actions quinquénale. Ces documents sont disponibles sur les sites internet de chaque ministère.

C’est à partir de ces plans que le ministère des finance décide de la tranche budgétaire qu’il octroit à chaque année. Il s’agit de répondre au plus urgents de chaque plan en premier puisque les retards ne sont pas tous le mêmes pour l’ensemble des ministères.

Si les médias s’attardaient à écrire sur le sujet lorsque les attentes ont été atteintes ou partiellement atteintes, nous en saurions beaucoup plus mais les ratées sont beaucoup plus vendeur.

« M. Couillard indique à ses ministres et à l’ensemble de l’appareil gouvernemental que la rigueur de gestion, la transparence et l’imputabilité ne sont pas une priorité. »

Je conviens que sa réponse sont dans les faits bien gauche de sa part mais il n’en demeure pas moins que les ministères sont redevables au Conseil du trésor, ministre des finances et à au Vérificateur Général sur la question d’imputabilité et donc de la rigueur de la gestion.

Tourner un paquebot n’est pas la même chose que tourner une chaloupe. L’encrassement des fonctionnaires sous les péquoistes résultent que nombreux de ceux-ci le demeureront jusqu’au moment ou le gouvernement devra sévir et se débarrasser de ces derniers pour incompétence et manque aux responsabilités qui les incombent. Ceci ne s’effectuera pas en une seule année.

Vous concluer que le surplus est une affaire d’une seule année, bien au contraire c’est récurrent et pouvons nous attendre à ce que les années suivantes soient semblable. Depuis 2004, le gouvernement a établis des cibles où il pouvait réduire les dépenses parce qu’il y avait justement « gaspillage » afin d’en faire la redistribution de façon mieux ciblée avec une loi d’encadrement.

La meilleure exemple réside dans la réaffectation de la fonction publique qui exigea plusieurs années et continue de progresser. La fonction publique a fondu, il était grand temps et les augmentations salariales sont aux normes, ce qui n’était pas le cas non plus auparavant.

Les péquoistes ont passé leur temps à graisser les fonctionnaires pour obtenir des votes, c’est pourtant bien connu. En plus il mit tous les personnes en santé mentale à la porte pour réussir son déficit zéro, un gâchis qui a coûté des milliards depuis pour apporter l’aide nécessaire à ces personnes plus que démunies.

Nous venons de passer de l’époque des coupes à l’ère de la redistribution. Je respecte votre opinion mais ne la partage pas quant aux résultats. Il ne s’agit pas de course marathon mais bien d’un paquebot qui doit se diriger vers le bon port.

J’ajouterais au surplus que vous jouer la dérision de la CAQ. M. Legault qui brandit votre rapport comme exemple explique en début de son allocution que deux ministères n’ont pas de plan stratégique depuis 2015 et un autre depuis 2013.

Hors ces années appartiennent en grande partie aux péquoistes. Depuis l’arrivée du Parti libéral, ces plans stratégiques ont été déposés, il ne reste que trois ou quatre à le faire d’ici mars.

Durant cette même allocution, M. Legaut affirme que le manque de plans stratégiques exite depuis 14 ans aux mains des libéraux, ce qui est totalement faux.

Bienvenu à la démagogie et dérision de la CAQ.

Bel article! merci. Votre rapport sur la performance des ministères est très intéressant et inquiétant à la fois. Quand va-t’on vraiment imposé l’imputabilité et la reddition de comptes aux ministères. Ça suffit le gaspillage.

Monsieur Kobrynsky semble résigné et peu optimiste sur les résultats qu’il désirerait voir des mesures qu’il propose. Souhaitons qu’il se trompe.

Quand il déclare que « [c]e surplus, obtenu grâce à l’alignement exceptionnel de plusieurs astres économiques … » , je modifierais légèrement sa déclaration comme ceci : ce surplus obtenu, grâce à l’alignement exceptionnel de plusieurs (dés)astres économiques. En effet, si ce n’était de l’endettement « exceptionnel » des ménages et des déficits de l’Ontario et de l’Alberta, il n’y aurait eu aucun surplus au rendez-vous. Tout cela se vérifie par cette règle comptable simple : les dépenses des uns sont les recettes des autres. S’il y a eu des surplus monétaires pour le gouvernement, c’est que d’autres se sont privés. Ce qui rejoint le reste de la phrase de monsieur Kobrynsky.

Il n ya pas encore de surplus .Il ne s’agit que des prévisions faites avec des hypotheses top optimistes.Le Ministre des Finances avec sa gestion a détruit l’economie du Québec avec sa politique de stop and go faite d’amateurisme.
Les structures scolaires et sanitaires sont détruites.Aucun investissement dans les infrastructures routiéres et scolaires. Le Québec a pris un gros coup de vieux.Sous d’autres cieux son Patron et lui devraient démisssionner.