Conservateurs et contrôle des armes à feu : pour couronner le tout en ce triste 6 décembre

Aujourd’hui, des hommes et des femmes se recueillent à travers le pays à la mémoire des 14 jeunes femmes victimes de la tuerie de Polytechnique. Et beaucoup le feront le cœur encore plus lourd que d’habitude car après le recul effectué par Justin Trudeau, Marc Garneau et autres libéraux dans le dossier du registre des armes d’épaule, on voit à nouveau que son abolition et sa destruction ne suffisent pas aux conservateurs.

Le Toronto Star révèle ce matin que les conservateurs examineraient avec intérêt les recommandations d’un groupe consultatif sur les armes à feu qui souhaite un relâchement des contrôles existants.

Selon un sommaire du rapport et un compte-rendu d’une rencontre tenue avec le gouvernement, qu’a obtenus et partagés la Coalition pour le contrôle des armes à feu, le groupe consultatif suggérerait d’éliminer la catégorie des armes prohibées et de ranger les armes de poing et d’assaut dans la catégorie des armes à possession restreinte.

On recommanderait aussi d’étendre la durée des permis de possession d’armes de cinq à 10 ans. D’autres propositions touchent les règles touchant le transport, la destruction des armes saisies et ainsi de suite.

Le bureau du ministre de la Sécurité publique a confirmé au Star que Vic Toews étudiait le rapport avec intérêt. «Nous considérons toujours les solutions qui relèvent du gros bon sens tout en nous assurant d’avoir des lois sur les armes à feu qui protègent les gens tout en évitant d’imposer un fardeau inutile aux Canadiens respectueux des lois», a répondu sa porte-parole Julie Carmichael.

(À la période des questions, cet après-midi, le premier ministre Harper a laissé entendre qu’il pourrait examiner la composition du groupe consultatif pour en améliorer la représentativité. Il a clairement indiqué qu’il ne comptait pas modifier la classification des armes.)

Une chose est sûre cependant, nous apprend la Canadian Press, le gouvernement a discrètement adopté un décret reportant d’un an, soit au 1er décembre 2013, l’entrée en vigueur de règlements adoptés en 2004 et qui exigent que chaque arme vendue au Canada porte un numéro de série unique, conformément à deux conventions internationales sur le trafic d’armes.

Aucun communiqué n’a été émis. L’arrêté en conseil a été publié avec une foule d’autres sur le site du Conseil privé, sans plus. Les conservateurs en ont pourtant avisé le lobby des armes à feu il y a plus d’un mois alors que la décision a été approuvée il y a seulement une semaine.

Ces gestes illustrent le fossé qui existe entre les paroles et les actions de ce gouvernement.

Jugez vous-mêmes. Dans sa déclaration officielle pour souligner la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, le premier ministre Stephen Harper dit que son gouvernement continue «à s’élever contre la violence faite aux femmes au Canada et à l’étranger, pour aider à faire cesser les tragédies comme celle du massacre de Montréal».

Il poursuit en parlant des investissements faits. Puis ajoute que son gouvernement fait «passer les droits des victimes avant ceux des criminels en rendant nos lois plus rigoureuses» et «est déterminé à jouer un rôle de leadership sur la scène internationale dans la campagne de prévention de la violence sexuelle contre les femmes et les filles dans les zones de conflit».

Et lui qui a aboli le registre pour lequel les victimes de Polytechnique se sont battues conclut: «joignons nous aux familles et aux amis des personnes disparues lors du massacre de Montréal et honorons leur mémoire en redoublant d’efforts pour éradiquer toute la violence faite aux femmes et aux filles».

Il parle de leadership? Son gouvernement résiste pourtant à la mise sur pied d’une enquête publique sur la disparition et l’assassinat de centaines de femmes autochtones à travers le Canada. Lassée d’attendre et désireuse d’attirer l’attention sur cette tragédie, la sénatrice libérale d’origine autochtone Sandra Lovelace Nicholas a interpellé le Sénat mardi pour qu’il étudie la question. Il faudra voir maintenant quel accueil lui réservera la majorité conservatrice.

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Aucune contrainte n’est justifiable face à un symbole de l’unité canadienne (hymne national, drapeau et armes à feu)