Conservateurs et justice: quand la démagogie a le dessus

Tenter de discuter avec les conservateurs de leurs initiatives en matière de justice est peine perdue. Cela se termine toujours en dialogue de sourds et en pluie d’injures et d’insinuations mesquines. Plusieurs provinces protestent contre la facture qui les attendent. Le NPD relaie cette préoccupation aux Communes. Il a droit à deux types de réponses: un mantra et des attaques. La période des questions du mercredi 2 novembre était un modèle du genre. Jugez par vous-même.

La chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel demande:

«Les conservateurs vont-ils faire payer le Québec contre son gré?»

Le ministre Christian Paradis répond en entonnant un refrain connu:

«Ce que la majorité de la population du Québec et du reste du Canada veut, c’est avoir un système de justice plus efficace et de sévir davantage contre les criminels dangereux, de s’assurer d’avoir des rues sécuritaires, d’avoir plus de sécurité.»

Il omet de mentionner que les peines minimales s’appliqueront entre autres aux gens qui font pousser six plants de marijuana afin de les partager avec leurs amis, mais bon…

Mme Turmel revient à la charge.

«Est-ce que les conservateurs vont fournir l’argent ou simplement refiler les coûts liés à son programme d’incarcération aux provinces?»

Le ministre se rabat alors sur les insinuations habituelles.

«Les partis de l’opposition demandent des lois plus sévères à l’égard des agriculteurs et des amateurs de chasse au canard respectueux de la loi, mais s’opposent au durcissement des peines imposées aux criminels violents et aux violeurs qui s’en prennent aux enfants.»

Le manège reprend, avec le même refrain et les mêmes insinuations, quand les députés Jack Harris et Jasbir Sandhu questionnent à leur tour le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews. Le député Sylvain Chicoine a droit à un traitement similaire aux mains du ministre de la Justice, Rob Nicholson.

«Les députés néo-démocrates n’ont aucune objection à ce qu’on dépense de l’argent pour s’attaquer aux personnes enregistrées dans le registre des armes d’épaule, mais ils s’indignent lorsqu’on dépense de l’argent pour traquer les trafiquants de drogue et les pédopornographes. Les Canadiens nous ont confié le mandat de pourchasser les criminels du pays, et c’est exactement ce que nous ferons», lui lance le ministre.

La pire réplique est toutefois venue du ministre Vic Toews, qui est pourtant un ancien ministre de la Justice du Manitoba et du Canada. Au néo-démocrate Joe Comartin qui soutenait que le fédéral devrait payer la facture, le ministre a rétorqué:

«Je respecte le député, mais je sais qu’il a fait une longue et distinguée carrière comme avocat de la défense et qu’il a défendu des criminels. Nous avons une perception un peu différente de la sienne.»

Joe Comartin était évidemment furieux.

Quiconque est accusé est innocent jusqu’à preuve du contraire. Le droit à une défense pleine et entière est fondamentale dans notre système de justice. Il faut des avocats pour remplir cette fonction et le faire n’équivaut pas à approuver les crimes dont la personne est accusée, mais à assurer le respect de ses droits.

La logique tordue du ministre Toews n’est pas nouvelle chez les conservateurs. L’ancien ministre fédéral Stockwell Day s’était déjà attaqué, alors qu’il était ministre en Alberta, à un avocat et conseiller scolaire qui avait défendu un homme reconnu coupable de pornographie juvénile. M. Day avait insinué que le juriste approuvait de pareils gestes. L’avocat l’a poursuivi et a gagné, mais ce sont les contribuables albertains qui ont payé les dommages…

 

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Prochaine initiative harpérienne : l’abolition de la présomption d’innocence. Cela couterait moins cher !

Sérieusement, je doute que Monsieur Toews répète son commentaire à l’extérieur de la chambre. Il fut procureur au Manitoba.

Bienvenu dans l’univers du gouvernement Royal Harper du Dominion de sa Majesté la Reine du chef du Canada.

Vous venez d’en faire l’expérience depuis 6 mois, il en reste encore 7 fois cette période à subir.

Bonnes législatures…

S’attaquer aux avocats de la défense est odieux et démontre un mépris profond de la justice. On voit ça en Colombie où les avocats qui défendent les droits humains sont menacés parce qu’on les associe aux gens qu’ils tentent de défendre. Faut croire que la pratique du droit ne sera jamais plus pareille dans ce pays et que les erreurs judiciaires vont se multiplier.

À ces pauvres gens qui veulent des peines plus sévères selon les sondages, espérez que vous ne serez pas vous-même victimes d’erreur judiciaire car vous pourriez avoir du mal à vous trouver un avocat pour vous défendre et vous risquez de goûter à la médecine que vous voulez infliger aux autres.

J’entends et je vois tout les Québecquois s’indigner et déchirer leur chemises sur le fait que le gouvernement fédéral impose sa vision tout à l’opposé de leurs valeurs à tous les niveaux. Monarchie, justice, culture, représentation électorale, bilinguisme, indifférence totale pour ce qui est de notre différence, tout y passe. A deux reprises nous avons préféré demeurer une province, alors nous sommes traités comme une province. Assumons notre choix et arrêtons de pleurer.

Je vous ferai humblement remarquer que plus de 70% des Québécois et des Québécoises en ont plein les baskets des sentences bonbons distribuées à tout vent par notre « justice » et que, tout comme les Conservateurs le préconisent, ils veulent voir les criminels en PRISON et non dans nos rues.

Chez les Conservateurs, on prend à coeur le sort des VICTIMES des crimes, ce que la gauche a totalement oublié dans son habituel discours à tendance avantageuse pour les criminels.

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