Les rêves collectivistes de l’ASSÉ

Plus tôt cette semaine un tribunal de Québec a décidé en faveur d’un étudiant de l’université Laval, Marc-Antoine Dumas, qui poursuivait son association étudiante pour obtenir le remboursement de ses droits de scolarité, perdus dans la foulée de la grève étudiante du printemps dernier. M. Dumas soutenait que son association n’avait aucun droit de l’empêcher d’assister à ses cours, de bloquer le campus et de le forcer à annuler sa session, et qu’elle devait donc être tenue responsable de son préjudice. Le juge lui a donné raison.

En soi, la décision n’a rien de très remarquable. Elle émane de la cour des petites créances, dont les jugements reçoivent généralement peu d’attention. À 1220$, le montant en jeu n’est pas énorme. Et a priori elle ne casse rien au plan juridique. Les associations étudiantes n’ont jamais eu de droit de grève et les blocages des campus ont toujours été illégaux. La décision de la semaine dernière n’a fait qu’établir un lien de causalité entre ces actions illégales et le préjudice subi par un étudiant. Rien pour écrire à sa mère, en principe.

Mais évidemment le jugement a fait couler beaucoup d’encre et monopolisé plusieurs heures d’antenne, parce qu’il ressuscitait soudain la crise étudiante de l’an dernier, dont les cendres ne sont pas complètement refroidies. Les opposants à la grève ont, prévisiblement, crié victoire. Les associations étudiantes ont, encore une fois, « déploré la judiciarisation » de la crise étudiante.

Sans surprise, la réaction la plus remarquable est venue de l’association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), dont le porte-parole a déclaré que « pour nous, la légitimité vient de la démocratie étudiante et de la volonté des membres, et non du juridique ».

L’affirmation n’est pas nouvelle de la part de l’ASSÉ, mais elle demeure frappante. Elle exprime assez clairement la vision d’un groupe apparemment convaincu d’être au-dessus des lois, jugées moins légitimes que la « volonté des membres ». Le cadre légal et les décisions judiciaires deviennent ainsi facultatifs, assujettis à l’assentiment du groupe. (D’autres groupes suivent le même raisonnement mais préfèrent la volonté divine à la volonté de leurs membres.) Suivant la logique de l’ASSÉ, la volonté majoritaire des membres d’un groupe l’emporte sur tout le reste, incluant les libertés individuelles et les droits de la minorité et des dissidents. Inutile de dire que ce postulat d’une « légitimité supérieure à la loi » est toujours suspect — surtout quand il sert de prétexte pour imposer sa volonté à autrui — et qu’il dégénère facilement en mob rule ou pire.

D’autant plus que, comme disent les Anglos, what’s good for the goose is good for the gander. Si les associations étudiantes peuvent « légitimement » défier la loi et bloquer les campus sous prétexte que c’est la volonté d’une majorité de leurs membres, pourquoi une association de contribuables ne pourrait-elle pas similairement défier la loi et refuser de payer ses impôts, en invoquant un mandat majoritaire « légitime » de ses membres? Pourquoi une association de propriétaires riverains des Laurentides ne pourrait-elle pas, forte de l’appui de ses membres, décréter « légitimement » que la réglementation environnementale ne s’applique pas à elle? Pourquoi une association de résidants de quartier ne pourrait-elle pas, suivant un vote majoritaire, imposer des péages routiers (ou piétons) ou interdire à ses résidants de posséder une voiture, un vélo, un chien ou un potager?

Ces scénarios sont loufoques pour une raison fort simple: en vertu de notre système de gouvernement, personne n’a le droit, seul ou en groupe, d’imposer sa volonté à autrui, ou de se soustraire unilatéralement à des règles d’application générale. L’État a le monopole de la coercition, et personne n’est au-dessus de la loi. Les citoyens mécontents des lois en vigueur peuvent militer pour les changer, mais ils ne peuvent pas refuser de s’y conformer ou s’arroger des pouvoirs qu’ils n’ont pas.

La position de l’ASSÉ — si c’est vraiment sa position — repose sur un idéal collectiviste qui considère les individus comme étant par défaut soumis au groupe, qui peut ensuite leur octroyer (ou non) une certaine marge de liberté. Le pouvoir de contraindre autrui est naturellement dévolu à toute collectivité, sans nécessité d’une délégation ou autorisation quelconque. Le groupe se trouve ainsi investi du pouvoir de contrôler les faits et gestes de ses membres, au gré de la volonté majoritaire à laquelle aucune liberté individuelle ne peut s’opposer.

Or toutes les sociétés occidentales, incluant le Québec, fonctionnent sur le mode inverse: les individus sont fondamentalement libres, et cette liberté ne peut être limitée que par consentement, par la loi, ou par délégation expresse et limitée du pouvoir de l’État. En dehors de ces cas précis, les individus sont libres de leurs choix et maîtres de leur vie, et ne peuvent être forcés d’adhérer à la volonté d’une quelconque majorité, fut-elle unanime. Le droit à la dissidence est protégé.

Ceux qui voudraient remettre en question ce principe auraient intérêt à voir ou revoir La vie des autres.

 

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Pourtant, Pauline Marois tapochait les casseroles avec ces mêmes membres carrés rouges de l’ASSÉ non?

Franchement vous tordez l’histoire récente comme bon il vous semble. Le phénomène des carrés rouges a pris l’ampleur qu’on lui reconnait très principalement à cause d’un politicien qui s’est fait foutre dehors dans son propre comté : Charest.

Vous n’avez pas apprécié cet épisode de notre histoire récente ? Prenez-vous en au seul responsable, le premier ministre de l’époque.

«La médiocrité refuse toujours d’admirer et souvent d’approuver.»
[Joseph de Maistre]

…et pas un seul mot sur le refus de notre digne Ministre de l’Éducation de tenir sa promesse de donner le « droit de grève » aux étudiants en question?

C’est encore la faute de Jean Charest???

Encore un autre engagement de violé et vous continuez à défendre ces charlatans?

Eh misère…

On pourrait aussi dire que le gouvernement n’avait aucun droit d’empêcher les gens de manifester leur désaccord avec la hausse des frais de scolarité. Dire que personne n’est au-dessus des lois, c’est comme de dire qu’il est impossible que l’humain fasse une erreur ou bien que la religion est incontestable. C’est absurde. On n’a qu’à regarder ce qui se passe en Russie présentement pour les droits des homosexuels et les peines reliées aux infractions. Avant de pointer du doigt et d’accuser, il faudrait d’abord comprendre QUI écrit les lois et à QUELS FINS. Le vrai problème est plutôt là. Obéir une loi sans la comprendre est à mon avis pire que de la comprendre complètement mais de choisir de la désobéir en connaissance de cause. Charest savait bien ce qu’il faisait en voulant polariser le débat de ces deux clans…

D’ailleurs, il est important de se rappeller de la manifestation des juristes ayant eu lieu le 28 mai 2012 pour contester la Loi 78, ce qui appui bien le point précédent.

Ceci étant dit, je ne suis pas entrain de tenir un discours encourageant la désobéissance civile, simplement de dire qu’il est important de chercher à comprendre par soi-même et non d’obéir systématiquement sans questionnement.

Si je peux me permettre d’extrapoler un peu plus loin, nos problèmes planétaires augmentent à une échelle vertigineuse et les élus croient qu’ils savent mieux que nous ce qui est bon pour nous… comme de restreindre l’accès aux études (mentalité d’utilisateur – payeur) au lieu de le maximiser. Plus de gens instruits, moins de problèmes, meilleure prospérité, meilleure économie mais surtout meilleure écologie. En terme d’éducation, je crois que les médias ont aussi un grand rôle à jouer. Pourtant, ils sont un des principaux problèmes que nous avons aujourd’hui car le journalisme, le vrai, celui qui va au fond des choses, ne semble plus exister car il n’y a pas de demande. Pas de demande, pas de vente. Si l’éducation, le journalisme, la culture et j’en passe suivent cette logique marchande sans remise en question (tout comme l’obéissance aux lois), nous sommes voué à l’échec en tant qu’espèce.

Pour résumer, Charest et tous ces ministres (mais surtout les entreprises qui contrôlent nos gouvernements) qui ne croient qu’à la valeur marchande et non à la valeur humaine ne voient pas et ne comprennent pas que l’économie est soumis à une contrainte ultime: l’écologie. Si notre environnement se déteriore (c’est déjà assez bien commencé), notre économie en souffrira exponentiellement. Chaque année de déterioration supplémentaire extrainera une augmentation des coûts reliés à l’alimentation et la santé, les deux facteurs dont nous sommes complètements dépendants en tant qu’êtres vivants.

Bouclons la boucle: si les lois écrites détruisent nos droits et libertés, le progrès social et notre capacité de survie en tant que race (il faut être capable de voir les répercussions positives ou négatives et durables à long terme, non pas sur un mandat de 4 ans), c’est notre devoir de remettre ces lois en question, pacifiquement si possible. Si les élus ne veulent rien entendre, c’est notre devoir de défier ces lois. Mais lorsque la police devient l’instrument de l’état, rester pacifique pour défier les lois devient de plus en plus difficile…

Voilà ce qui s’est passé au printemps dernier.

‘pacifiquement si possible’ voila qui enlève toute crédibilité a votre propos. Vous faites parti du problème et non de la solution a ce que je vois.

Vous manifesteriez comment vous si demain matin le gouvernement marois doublait de façon unilatérale votre facture d’électricité pour ensuite vous rire en pleine face en disant que vous avez été consulté ? Et que, en plus, on vous poivrait ou vous arretais en souriciere avant meme qu’il y ait eu de méfait ? Et, comble de l’ironie, que vous preniez sur le coup des poilicers en civils en train de casser des vitrines ? Vous seriez absolument pacifiques et vous enverriez vos parcourts de manifestation ? J’y crois oui.

Ma justification se trouve deux phrases plus loin. Je pourrais en ajouter un peu plus afin de vous aider à comprendre:

Un troupeau de gens est difficile à contrôler et certains ont la mèche plus courte que d’autres. Si 97% des gens sont pacifiques, le 3% qui ne l’est pas va contribuer à faire la une des médias sensationnalistes pour véhiculer l’image que les carrés rouges, « c’est la violence et l’intimidation », pour reprendre John James Charest. Au moins, la marche du 22 mars, celle qui a regroupé plus de 100 000 personnes, s’est fait dans le calme et le respect. Idem pour le 22 avril, lors du Jour de la Terre, avec plus de 200 000 personnes. D’ailleurs, pour appuyer mon point précédent sur les médias à potins, la une du Journal de Montréal au 23 avril 2012 faisait comme si cette manifestation n’avait pas eu lieu, malgré le fait qu’elle constituait LE plus grand rassemblement populaire de l’histoire du Québec juste après celui contre la guerre en Irak en février 2003.

Comme je l’insinuais dans mon premier commentaire, pointer du doigt et accuser sans essayer de comprendre est le vrai problème.

Le droit à la dissidence que défend Jérôme Lussier se limite à l’exprimer, quant au résultat, c’est la majorité qui décide, ça c’est dans la Loi. Déclarer que les étudiants n’avaient pas le droit de grève et désobéissaient à la Loi en s’appuyant sur les injonctions émises le printemps dernier, alors que tous les juristes savent (monsieur Lussier possède une formation juridique) que pour obtenir une injonction, il s’agit de démontrer une apparence de droit et que rien n’est plaidé sur le fond. D’ailleurs en réplique le juge Marc-André Blanchard dans une autre requête en injonction a déclaré qu’« il existe à l’égard de l’Association générale des étudiants et des étudiantes du Cégep de Lanaudière, l’exercice d’un droit constitutionnel ou quasi-constitutionnel en l’occurrence le droit à la liberté d’expression qui s’oppose à un droit qui bien qu’extrêmement important ne constitue pas un droit constitutionnel ou un droit quasi-constitutionnel; ». Nulle part dans une loi, il est écrit que la grève est interdite aux associations étudiantes. Or ce qui n’est pas interdit, est permis.

« Rien pour écrire à sa mère » pourtant … Ce savant juge souffrait-il d’indigence intellectuelle et d’un début d’amnésie au point de ne pas savoir dans quelle cour il présidait ? Cette cour a juridiction pour entendre de petites créances mais pas pour décider du droit associatif, ni celle de décerner des dommages-intérêts en responsabilité civile. Le lien entre Dumas et son Association n’était pas de nature d’une créance.

Lorsqu’un gouvernement démocratiquement élu a pris la décision, appuyée par une majorité de la population, de hausser les frais de scolarité, l’ASSÉ s’y est opposée au nom du droit à l’éducation.

Maintenant qu’un tribunal décide que les étudiants ont le droit d’assister à leurs cours, l’ASSÉ s’y oppose au nom de la démocratie étudiante. Une démocratie à parti unique, vote à main levée et sans droit individuel.

Quel beau projet de société.

Ce mouvement étudiant rejoint par plusieurs franges de la société a été un des moments les plus forts de la démocratie de toute l’Histoire du Québec. Je suis heureuse d’y avoir participé activement, soir après soir. En fait, ma première manif eut lieu le lendemain même de la loi 78. Loi injuste et immorale.

À qui la rue ? À nous la rue. Même malmenés par la police et les médias. Ça, vous ne nous l’avez pas enlevée, la rue!

Une retraitée indignée.

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