Côte à côte à côte sur la côte Ouest

Des Rocheuses au Pacifique, c’est une course à trois qui se dessine. Fantômes et squelettes pourraient décider de la couleur de certaines circonscriptions et, par le fait même, de celle du gouvernement le 21 septembre. 

Montage L'actualité

L’auteure est professeure de science politique au Collège militaire royal et à l’Université Queen’s, à Kingston en Ontario. Spécialiste de politique canadienne, ses recherches portent sur les langues officielles, le fédéralisme et la politique judiciaire.

Avec des sondages nationaux serrés comme on en voit rarement dans les intentions de vote pour les libéraux et les conservateurs, la soirée électorale de lundi prochain risque d’être longue. Ce sera notamment le cas en Colombie-Britannique. 

Les résultats dans bon nombre de circonscriptions de l’Ouest sont habituellement faciles à prévoir, les conservateurs dominant largement. Mais la province la plus à l’ouest du pays fait vraiment bande à part dans cette dynamique régionale. 

La Colombie-Britannique partage avec l’Alberta une économie reposant en partie sur ses ressources naturelles et leur exportation, ainsi que sur un sentiment d’aliénation politique vis-à-vis du Québec et de l’Ontario ; sa population ne lui accorde en effet qu’une faible voix en politique fédérale, avec 42 sièges aux Communes. (Pour fins de comparaison, le grand Toronto à lui seul en compte 50.) Néanmoins, l’économie britanno-colombienne est plus diversifiée que celle des Prairies, ce qui la rend moins vulnérable aux fluctuations économiques en dents de scie (boom and bust) que connaît le secteur pétrolier, et la province détient une culture politique de participation qui ressemble plus à celle des États de la côte ouest américaine qu’à celle des Prairies. 

Au moment du déclenchement des élections, les conservateurs détenaient 17 sièges dans cette province, contre 11 sièges chacun pour les libéraux et les néo-démocrates, et 2 sièges verts. La mince avance des libéraux dans les intentions de vote en début de campagne s’est évaporée, ce parti se retrouvant désormais tout juste derrière les conservateurs et les néo-démocrates dans une lutte des plus serrées. Bref, les conditions sont propices à de nombreuses courses à deux ou à trois. Toute prédiction demeure hasardeuse à trois jours du scrutin. 

Il y a quand même quelques circonscriptions à suivre. 

Le grand Vancouver, deuxième ville en importance au pays, tend, comme Toronto et Montréal, à pencher du côté gauche de l’échiquier politique, se divisant entre libéraux et néo-démocrates. Dans la région métropolitaine, on observera la circonscription de Vancouver Granville — où avait été élue l’ancienne ministre libérale-devenue-indépendante Jody Wilson-Raybould (qui ne se représente pas) —, qui pourrait retourner dans le giron libéral cette année. Le candidat libéral, Taleeb Noormohamed, s’est toutefois retrouvé sur la sellette en raison de son passé de courtier immobilier ayant pratiqué la revente rapide de maisons (ce qu’on appelle le house flipping) dans cette région, où la crise du logement est parmi les plus graves au pays. Dans West Vancouver–Sunshine Coast–Sea to Sky Country, le libéral Patrick Weiler pourrait se faire déloger par le conservateur John Weston, qui tente de faire un retour aux Communes après avoir détenu ce siège de 2008 à 2015. 

Les circonscriptions de Vancouver-Centre et de Vancouver Quadra demeurent solidement libérales. Les circonscriptions des ministres Jonathan Wilkinson (Environnement), North Vancouver, et Harjit Sajjan (Défense nationale), Vancouver-Sud, ne risquent pas non plus de bouger — et ce, malgré de nombreuses controverses liées aux allégations d’inconduites sexuelles dans les Forces armées canadiennes ayant entaché la fin du mandat de ce dernier. Vancouver-Est et Vancouver Kingsway, pour leur part, penchent toujours du côté des néo-démocrates. 

En banlieue de Vancouver, Jagmeet Singh est bien en selle dans sa circonscription de Burnaby-Sud, et il pourrait être bientôt accompagné d’un autre néo-démocrate dans Burnaby-Nord–Seymour, où le libéral Terry Beech est menacé. Deux chaudes luttes se déroulent aussi à Coquitlam, où les conservateurs pourraient être remplacés par les néo-démocrates à Port Moody, et où une course à trois se dessine dans Port Coquitlam. Une situation semblable se présente dans Cloverdale–Langley City, avec une course à deux entre libéraux et conservateurs.

En région, le vote conservateur, traditionnellement fort, s’est consolidé depuis le début de la campagne, mais rien n’est gagné d’avance. L’été dernier, l’intérieur de la province a été ravagé par des incendies de forêt d’une ampleur sans précédent, ce qui a fait de l’enjeu des changements climatiques une priorité pour bon nombre d’électeurs. Dans Kootenay–Columbia, une circonscription longeant la frontière avec l’Alberta, Rob Morrison se fait talonner par le néo-démocrate Wayne Stetski. Kelowna–Lake Country est aussi à suivre, le libéral Tim Krupa espérant y déloger la conservatrice Tracy Gray. 

Enfin, on ne peut pas parler de la Colombie-Britannique sans aborder le vote vert — et la difficile campagne de ce parti déchiré par des luttes intestines. Jusqu’à l’élection-surprise de Jenica Atwin à Fredericton en 2019, c’était la seule province où ce parti avait réussi à percer au fédéral. Frôlant les 10 % en début de campagne, les verts sont maintenant au coude-à-coude avec le Parti populaire dans les intentions de vote, oscillant autour de 6 %. Alors que l’ancienne cheffe du parti, Elizabeth May, garde une avance confortable dans Saanich–Gulf Islands, son collègue Paul Manly mène une course serrée avec les néo-démocrates et les conservateurs dans Nanaimo–Ladysmith. Elizabeth May pourrait se retrouver encore une fois seule aux Communes au lendemain du 20 septembre – à moins que Mike Morrice ne réussisse l’exploit de remporter pour la première fois une circonscription ontarienne pour les verts, dans Kitchener-Centre (où le libéral Raj Saini a abandonné la course à la suite d’allégations d’inconduites sexuelles). C’est donc dire que la dernière province à fermer ses bureaux de scrutin, le soir du 20 septembre, nous gardera certainement en haleine jusqu’à tard dans la nuit. D’ailleurs, avec près de 7 millions de Canadiens ayant voté par anticipation ou par la poste, il y a fort à parier que le résultat définitif de ces élections ne pourra être dévoilé que plus tard dans la semaine. Il faudra donc s’armer de patience avant de connaître la couleur du prochain gouvernement, qui risque fort, au demeurant, d’être minoritaire.

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Bonjour,les conservateurs ont laissé les finances en ordre plus de quatre milliards ,le gouvernement suivant de Justin Trudeau en cinq ans a créé un gouffre financier de 950 milliards et ça avant la crise de la convid 19 ,là convid 19 elle 450 milliards et le tout est pas fini.
Justin Trudeau avec 950 milliards de déficit et avant la crise de la covid 19 et a endetté vaut enfants et petits enfants.
950 milliards de déficit et les premières nations ont toujours pas eau potable en 2021 et il dit qu’il est là pour tout le monde peut importe les provinces.
Le décès de jeunes enfants autochtones dans les pensionnats est une honte pour le Canada ,heureusement le futur est là pour changer la culture pour un nouveau Canada avec le respect des nations fondatrices et des incluse dans une constitution de républiques ou les provinces vont êtres des états pour construire le nouveau Canada.
Bonne réflexions.

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Reste une question qui pourrait influencer les votes, celui de l’attaque frontale du NPD provincial contre les forêts anciennes et les Autochtones en faveur d’un développement sauvage comme le barrage du site C et le gazoduc CGL où les droits des Autochtones ont été bafoués avec l’attaque quasi-militaire de la police au début de 2020 et les barrages de voies ferrées qui ont suivi.

Quant aux forêts anciennes, la destruction de la vallée de Fairy Creek est devenue l’acte de désobéissance civile la plus grave au pays avec plus de 1 000 arrestations et ça continue. Avec seulement 3% des forêts anciennes qui ont survécu aux gouvernements coloniaux, le NPD s’est fait réélire avec la promesse de les protéger, promesse qu’il a non seulement reniée mais il a permis à la police payée par les contribuables d’attaquer les gens qui voulaient sauver ces dernières forêts millénaires, ressources non renouvelables, des griffes de sociétés comme Teal Jones qui veulent en faire du papier Q et enrichir ses actionnaires.

La question est de savoir si le NPD fédéral va payer pour les pots cassés par son sous-fifre Horgan et si c’est le cas, est-ce que les votes vont aller aux Verts ou aux Libéraux? Dans une situation de coude-à-coude, cela peut faire une véritable différence.

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