Couillard : fin de la lune de miel

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec. (Crédit photo: Jacques Boissinot)
Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec. (Crédit photo: Jacques Boissinot)

Chaque nouveau chef d’un parti politique vit une lune de miel avec les électeurs. Elle n’est évidemment pas éternelle. Celle de Philippe Couillard vient de prendre fin.

Les nouvelles ont été très mauvaises depuis 24 heures pour le Parti libéral du Québec. Dans la même journée, on a appris qu’un député a fait du racolage électoral et financier auprès de la communauté juive avec une lettre qui fait un rapprochement douteux entre les dons politiques et l’obtention de permis de places en garderie, puis Radio-Canada a révélé que le siège social du PLQ a été perquisitionné par l’UPAC en juillet.

Bing! Bang!

En quelques minutes, on est de retour dans les eaux boueuses que les Québécois ont souhaité nettoyer en mettant le gouvernement libéral précédent à la porte.

Pierre Marsan, ça vous dit quelque chose? Il est pourtant député du château-fort libéral Robert-Baldwin, dans l’ouest de Montréal, depuis 1994. Il a donc siégé avec son ancien collègue Tony Tomassi. Assez, j’imagine, pour se rendre compte que l’octroi des places en garderie a été un sujet brûlant dans les dernières années. Et suffisamment aussi, je suppose, pour avoir lu le rapport du vérificateur du général du Québec sur cette controverse des garderies, en novembre 2011.

Le député du PLQ, Pierre Marsan. (photo du PLQ)
Le député du PLQ, Pierre Marsan. (photo du PLQ)

Malgré tout, sachant le sujet explosif, il a distribué une belle lettre à l’entrée de la synagogue Or Shalom, à Dollard-des-Ormeaux, selon le quotidien 24 heures.

Dans laquelle on peut lire ceci: «Quand le Parti libéral du Québec était au pouvoir dans le gouvernement, votre association a pu profiter de généreuses contributions et de permis de la garderie.»

Pierre Marsan s’est dit désolé de ce qu’il a qualifié de «malentendu» et a affirmé que si c’était à refaire, il réécrirait la lettre différemment, puisqu’il ne voulait que souligner à quel point il est présent dans sa circonscription…

Visiblement, son chef ne l’a pas cru. Philippe Couillard a dit trouver ce geste «inacceptable» et a prévenu ses députés publiquement que ce n’était pas une façon de récolter des dons politiques. «Je ne veux pas un sous de l’argent récolté de cette manière», a dit le chef du PLQ.

Le Directeur général des élections du Québec se penchera d’ailleurs sur cette lettre de Pierre Marsan.

La CAQ a déposé une motion à l’Assemblée nationale pour interdire la sollicitation de dons politiques sur les lieux de culte. Ah bon. Ce n’est pourtant pas l’endroit qui pose problème — si les dirigeants religieux d’un lieu de culte refusent ou acceptent d’y accueillir des leaders politiques, c’est leur affaire — mais la manière de solliciter des dons, en laissant entrevoir des retours d’ascenseurs.

Le type de controverse qui a collé à la peau de Jean Charest pendant toute la fin de son règne.

En se lançant dans la course au leadership du PLQ, il y a un an, Philippe Couillard a rapidement voulu prendre ses distances de l’ère Charest. Autant dans le style de politique (moins porté sur l’attaque) que dans ses discours (il a été le seul des trois candidats à la chefferie à dire que la mise en place de la commission Charbonneau avait trop tardé), et dans ses gestes (il a appuyé la réforme du financement des partis politiques).

Mais la lettre de Marsan ramène le PLQ en arrière. Tout comme la perquisition de l’UPAC, en juillet.

Il faut rappeler au passage qu’une perquisition n’est pas un geste anodin. Pour arriver dans un édifice et avoir le droit d’y saisir le matériel de son choix, sans compter le tort qui peut être fait à la réputation d’un individu ou d’une organisation, les policiers de l’UPAC doivent obtenir le mandat d’un juge, qui évalue l’importance de la preuve et les raisons de la perquisition. Normalement, la police ne peut pas se présenter pour une simple partie de pêche.

Ça ne veut pas dire que l’information amassée débouchera sur des accusations. Et il est trop facile de faire un lien — comme certains députés péquistes et caquistes l’ont fait — entre la personne qui est chef du parti et le moment de la perquisition. Les policiers peuvent très bien chercher des preuves dans un dossier passé qui ne concerne pas Philippe Couillard ou son entourage.

AJOUT: Philippe Couillard a été rencontré mercredi matin (18 septembre) à son domicile par deux enquêteurs de l’Escouade Marteau, qui avaient des questions à poser sur l’organisation du PLQ et certains anciens députés. Philippe Couillard dit ne pas être en cause, ni aucun député actuel du PLQ.

La directrice générale du PLQ rencontrée longuement par les enquêteurs de l’UPAC, Marie-Ève Ringuette, était comptable dans l’organisation entre 2009 et 2013, avant d’être nommée DG par Philippe Couillard. Elle est très au fait du financement politique et de son fonctionnement au sein du parti, ce qui laisse penser que c’est dans cette direction que l’UPAC fouille. À suivre.

Plusieurs militants au PLQ commencent d’ailleurs à avoir hâte que les enquêtes débouchent sur du concret, question de punir s’il y a lieu les vrais coupables de fraudes et de corruption, et ainsi arrêter la machine à rumeurs qui éclabousse tout le monde. Souvent, en politique, la rumeur fait plus mal que la vérité.

N’empêche, le coup de l’UPAC porte. Le symbole est fort. Le parti au pouvoir entre 2003 et 2012 a été perquisitionné par l’unité permanente anticorruption. Ce n’est pas rien.

Les libéraux soulignent que c’est leur gouvernement qui a mis en place l’UPAC qui fait aujourd’hui ce travail. Vrai. Mais la question demeure: qu’est-ce que cette unité d’élite fait dans les bureaux du PLQ?

Et soudainement, la vision du gouvernement qui ne voulait pas créer la commission Charbonneau remonte à la surface.

Philippe Couillard est le fiduciaire d’une institution politique dont l’image a été sévèrement touchée dans les dernières années, particulièrement chez les francophones.

Les événements des dernières heures en sont un rappel. Un rappel suffisamment dur pour mettre fin à une lune de miel politique.

 



 

Laisser un commentaire

«Quand le Parti libéral du Québec était au pouvoir dans le gouvernement, votre association a pu profiter de généreuses contributions et de permis de la garderie.» . On reconnaît là les valeurs libérales.

Vous vous attendiez à quoi. Couillard provient du même vieux moule libéral. On ne change pas l’ADN d’un parti avec uniquement un nouveau chef ! Il a des allusions de corruption aux seins des partis provinciaux, TOUS les partis provinciaux mais la Commission Charbonneau préfère s’en prendre au syndicats. La corruption est omniprésente dans nos institutions publiques mais faut pas trop «brasser» l’establishment, surtout celle des partis politiques provinciaux !

Retenons-nous de sauter aux conclusions trop rapidement. Mais généralement les raisons pour lesquelles les perquisitions des enquêteurs se font se doivent d’être sérieuses. Il est donc raisonnable de penser que la perquisition faite aux bureaux du PLQ s’est faite pour de sérieuses raisons. J’espère que nous aurons bientôt les détails de cette perquisition. Sont-ils tenus secrets car justement les détails sont lourds ? On verra bien prochainement. En attendant peut-être que M. Couillard est en train de se demander dans quel panier de crabes il vient de se mettre les pieds.

Est-ce mon secret espoir ou un pressentiment mais j’ai comme l’impression que la chute des pièces de domino vient de débuter pour le PLQ. Si tel; est le cas nous pourrons dire comme l’a fait Yvon Deschamps dans un de ses monologues : «ça va aller de much more better en much more better !» Nous comprendrions également les réticences entêtées de Charest à créer une réelle commission d’enquêtes comme la commission Charbonneau.

Quant à l’affaire Marsan, si ma mère était toujours vivante elle ne pourrait que dire : «Gros épais …!» Et je serais tenter de dire de même. Pas parce que le gars est gos, quoi que … 😉 Mais c’est l’épaisseur de son geste qui en dit long sur le jugement du gars. Pour paraphraser un autre humoriste, M. Matte cette fois-ci, je suis convaincu que Couillard lui aurait dit : «Farme ta yeule ! » Ça se peux-tu se mettre autant dans le trou. L’aveu est flagrant et le texte est clair, écrit noir sur blanc à part ça. Si ce n’était pas si grave, ça en serait presque comique. Se pourrait-il qu’une nouvelle élection partielle serait à prévoir si nous n’avions pas un gouvernement péquiste minoritaire en place.

«Il y a plusieurs façons d’être con, mais le con choisit toujours la pire.»
[Frédéric Dard]

Si le jeu se joue comme c’est parti, je pense que le PLQ de Couillard ne sera pas très pressé d’aller en élection. J’ai déjà entendu il y a plusieurs mois que plus le temps passerait plus le PQ et les autres partis profiteraient des révélations du travail de la commission Charbonneau au détriment du PLQ. En sommes-nous rendu là.

«Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps.»
[Abraham Lincoln]

Nos Libéraux semblent plus fiers que honteux de la façon dont les permis de garderies ont été distribués aux « p’tits zamis ». La base même serait donc pourrie pour avoir trempé trop longtemps dans l’exemple de l’Unioniste Duplessis ?

Bonjour,

Bien évidemment que de vieux et de vieilles péquistes du Premier Lit de Ti Poil sautent à bras raccourcis sur un os, les pôvres avec cette perquisition comme il en arrive partout. Nous ne pouvons pas faire d’omelettes sans casser des oeufs, n’est ce pas pour vous Autres les nationalistes qui n’êtes surtout pas les symboles de l’entrepreneurship du Québec. Facile de se « pogner le beigne » tout en critiquant d’un bord et de l’autre comme de pauvres poules pas de têtes.

Et même avec toute la pléthore d’insanités reprochées au Parti Libéral par « tous ceuzes qui n’aiment rien d’autres que de brasser de la mar…. dans le dialecte de la province, avec tous les pseudo scandales que certains reprochent au Liberal Party, celui ci se permet une avance confortable sur les bons nationalistes du PQ. Mais pourquoi donc les citoyens de cette province se permettent tant de rejet envers nos nationalistes ….. Et bien oui, pourquoi avec toutes ces esclandres, les nationalistes semblent avoir les deux pieds dans une seule bottine sondages apres sondages. Et dire que certains veulent se faire un pays avec autant de rejet de la populace….. Avec plaisir, John Bull.

Si vous subissez des perquisitions régulièrement, personnellement je n’en ai jamais été l’objet. Il n’y a que ceux et celles qui sont visés par la lutte contre le crime qui généralement subissent des perquisitions. Les honnêtes voient rarement débarquer chez eux les flics pour les perquisitionner. Donc quand vous écrivez :«cette perquisition comme il en arrive partout», ce n’est vrai que pour les criminels. Pour eux en effet il subisse «cette perquisition comme il en arrive partout» chez les criminels. Merci de l’information.

En attendant d’avoir plus d’information sur le dossier Normandeau, cette vice-première ministre qui sous le règne Charest siégeait aux côtés du présent chef du PLQ, M. Couillard, je vais continuer à observer les travaux de l’UPAC et de la commissaire Charbonneau. Ce sera très intéressant de vérifier la véracité du dicton selon lequel il n’y aurait pas de fumée sans feu.

«Quel dommage que les imbéciles soient des gens si pleins d’assurance et les gens intelligents, si pleins de doutes.»
[Jean-Michel Wyl]

Maintenant je répondrai à M. Yves Rioux, qui vue sa proximité avec vous, pourra, je l’espère, prendre connaissance de ma réplique.

L’auteur ( C’est à vous deux de décider qui est qui ) écrit :«Et même avec toute la pléthore d’insanités reprochées au Parti Libéral par « tous ceuzes qui n’aiment rien d’autres que de brasser de la mar….». Il faudrait admettre que lorsqu’on laisse une soue à l’abandon et à la merci de tous ceux qui pendant des années n’ont que fait de la mar …, comme il est écrit, il est tout à fait normal que quand on fait le ménage dans la soue, on doive «brasser de la mar…» comme l’auteur l’a écrit. De fait c’est bien ce qui semble devoir se passer au PLQ. Pour nettoyer, il faut ce qu’il faut. Si le nouveau chef du PLQ pensait s’en sortir sans dommage, peut-être devrait-il revoir son plan de carrière. Les Émirats ne lui ont probablement pas fermé leurs portes. 😉

En terminant, monsieur Yves Rioux, je vous suggère de bien surveiller M. John Bull. On dirait bien qu’il est en train d’usurper votre identité. Si c’est la cas vous y perdriez certainement au change. Vous risqueriez bien de devenir une de ces «pauvres poules pas de tête.» Ce serait vraiment dommage. Je vous donne ce conseil car entre Québécois nous pouvons bien nous aider, non !

«L’humour est la forme la plus saine de lucidité.»
[Jacques Brel]

Il devient de plus en plus évident que M. Couillard est du même calibre que son ancien chef, Jean Charest. La vérité ne doit être connue que si on est obligé de la reconnaître. Autrement la vérité doit être tue, la vérité n’est pas bonne pour le peuple.
Le peuple qui oublie qu’il a payé de sa poche les centaines de milliers de dollars qu’a coûté la formation professionnelle en médecine de M. Couillard. M. Couillard, une fois formé, s’est empressé d’offrir ses services de spécialiste à la »pauvre » famille royale de l’Arabie saoudite.Ce type rit de nous…

Nous savons que les libéraux ont recueillis deux fois plus de dons que les péquistes entre 2003 et 2011. Comment croire qu’un nouveau chef qui a démissionné en tant que ministre de la santé du gouvernement Charest pour jouer les lobbyistes sera le sauveur du parti en tant que chef?

Point fort autour de la Commission Charbonneau.

France Charbonneau a été nommée juge de la cour supérieure sous J.Charest en 2004 ce qui devrait l’inciter afin d’éviter des soupçons envers son attitude envers les libéraux de décider maintenant de lancer l’examen du ministère des transports sous le gouvernement libéral de Jean Charest. Avec cette révélation d’une perquisition passée sous silence des bureaux du PLQ il y a de quoi s’interroger sur les amitiés libérales universelles. Lino Zambito à la radio aujourd’hui va dans le même sens.

Ne nous leurrons pas. De plus en plus acculés au bord du précipice, le PLQ et tout ses défenseurs tireront à boulet rouge sur tout ce qui bouge.

Ils nous avaient fait un peu le même coup lorsqu’ils avaient sciemment planifié et déclenché l’épisode de la crise étudiante qui en fait les a chassé du pouvoir avec leur chef. Ce n’est pas parce qu’ils sont maintenant dans l’opposition que l’ardoise est effacée.

«Les élections n’effacent pas les problèmes.»
[Jean-Pierre Raffarin]

Les plus populaires