Course au PQ: Cloutier «plafonne» peut-être, mais il reste le grand favori

Quoiqu’il arrive, les chances qu’Alexandre Cloutier ne remporte pas la course sont minces.

Le candidat à la direction du PQ, Alexandre Cloutier. (Photo: Clément Allard/La Presse Canadienne)
Le candidat à la direction du PQ, Alexandre Cloutier. (Photo: Clément Allard/La Presse Canadienne)

Il reste environ un mois à la course à la direction du Parti Québécois et selon le dernier sondage Léger, Alexandre Cloutier serait en tête. Le Devoir titre qu’il plafonne, et c’est vrai dans une certaine mesure, mais son avance reste substantielle. Tellement en fait que tout scénario qui ne se conclut pas avec Cloutier comme nouveau chef est peu probable. C’est ce que nous allons essayer de démontrer dans cet article.

Le sondage Léger a plusieurs limites. Premièrement, nous avons les intentions de votes parmi ceux qui votent PQ, pas seulement les membres qui ont un droit de vote. C’est un problème inhérent aux sondages pour les courses à la direction. En même temps, ces mêmes sondages avaient plutôt bien fonctionné pour les courses récentes (PQ en 2015, PLQ en 2013). Il y a également la taille d’échantillon qui est faible avec seulement 246 observations pondérées. Cela signifie par exemple que pour Alexandre Cloutier, à 39%, la marge d’erreur est de 6.1%.

Il faut cependant remarquer que ce 39% est avant redistribution des indécis et de ceux qui ne se prononcent pas. Ces derniers représentent quand même 19% de l’échantillon. Si on applique la redistribution proportionnelle (comme c’est l’habitude pour les intentions de votes), on a Cloutier à 48%. Très proche du seuil des 50% requis pour gagner dès le premier tour. Après tout, Philippe Couillard n’était sondé « qu’à » 44% au sein des partisans PLQ, mais après redistribution, il était à 60%, exactement son résultat lors du scrutin. Pour le tableau ci-dessous cependant, nous avons choisi une répartition mixte proportionnelle-uniforme.

Moyenne en juin* Sondage Léger Sept. 2016* Part des montants totaux récoltés**
Cloutier 43% 46% 29%
Lisée 21% 28% 26%
Ouellet 13% 22% 17%
Plamondon 1% 3% 10%
Hivon 22% 0 18%
  *Après répartition semi-proportionnelle des indécis/refus

**Au 1er septembre

Par rapport aux sondages du mois de juin (il n’y a pas eu d’autre cet été), Cloutier progresse en effet très peu comparé à Lisée et surtout Ouellet. Un plafonnement relatif de Cloutier alors que Véronique Hivon s’est retirée et était sondée à plus de 20% (et était vraisemblablement troisième avant de se retirer).

Vu le manque de sondages et les limites de ces derniers, il est préférable d’utiliser d’autres sources afin de faire une prédiction. Par le passé, le financement semble avoir été un bon prédicteur de la course. Et à ce jeu-là, la course Cloutier-Lisée est plus serrée, tel qu’indiqué dans la dernière colonne du tableau.

Au final, nous estimons avoir deux indicateurs valides à des fins de prédiction. Faire une moyenne est ainsi logique et représente notre estimation du 1er tour. Nous avons redistribué les dons à Véronique Hivon de la même manière que ses votes se sont répartis entre la moyenne de juin et le dernier sondage. En d’autres termes, la redistribution va davantage à Lisée et Ouellet qu’a Cloutier. Un choix qui est en ligne avec une étude des donateurs d’Hivon ayant aussi contribué à un autre candidat. N’oublions pas non plus que trois des cinq députés qui soutenaient Hivon se sont rangés derrière Lisée.


À lire aussi:

La famille libérale et le pif politique


Il nous faut ensuite estimer le prochain tour puisque le mode de scrutin retenu par le PQ élimine le dernier candidat et redistribue ses votes jusqu’à avoir un candidat avec plus de 50% des voix. Là encore, le sondage Léger nous fournit quelques données. Il semblerait que les partisans de Ouellet se reporteraient légèrement davantage sur Cloutier que Lisée alors que les partisans de ce dernier iraient majoritairement chez Cloutier. Ces données sont limitées (là encore nous avons un petit échantillon. De plus, il s’agît des deuxièmes choix parmi tous les électeurs et pas uniquement ceux du PQ) mais vont dans le sens attendu. En effet, une lecture subjective des personnalités et programmes nous montre que Cloutier est essentiellement le candidat centriste (tant sur le clivage gauche-droit que sur la question référendaire) avec Lisée et Ouellet de chaque côté. Certains vont argumenter que les partisans de Ouellet préfèreront se reporter sur Lisée mais les données ne corroborent pas cela.

Nous avons ainsi procédé à 20,000 simulations dans lesquelles nous avons tenu compte de l’incertitude pour le 1er tour ainsi que pour la redistribution des votes aux tours suivants. L’incertitude incluse est en fait très large en raison des faibles tailles d’échantillon. Le tableau ci-dessous montre le scénario le plus probable à chaque tour :

  1er tour 2e tour 3e tour
Cloutier 38.5% 40.6% 55.7%
Lisée 30.0% 34.7% 44.3%
Ouellet 23.8% 24.7%  
Plamondon 7.7%    

Remarquez bien que le scénario du 1er tour a Cloutier bien en-dessous de ses résultats dans les sondages. Cela se produit car nous prenons le financement comme un autre indicateur. En termes de probabilités, Cloutier a 95% de chances de devenir le prochain chef du PQ. Cette probabilité peut sembler élevée mais elle est somme toute logique. Tous les sondages ont eu Cloutier en avance. Le financement montre qu’il est le candidat avec le plus de donateurs et le montant récolté le plus élevé. Il est aussi celui qui possède le plus d’appuis au sein du caucus PQ actuel. Et, tel que mentionné auparavant, tant les sondages qu’une lecture subjective indiquent qu’il est le mieux placé pour récolter les 2e choix des partisans des autres candidats. Aussi, nous avons fait plusieurs hypothèses qui vont contre Cloutier (répartition semi-proportionnelle seulement, etc). Ces simulations n’ont ainsi pas de biais pro-Cloutier, bien au contraire.

Lisée a un peu moins de 5% de chances alors que Ouellet est à moins de 1%. Pour cette dernière, ses chances sont minces car il faudrait une sous-estimation massive de ses appuis tant dans les sondages que par le financement. Il faudrait aussi qu’elle récolte davantage des deuxièmes voix de Lisée que ne l’indiquait le sondage Léger. Nos simulations montrent que Lisée aura besoin de récupérer près de 60% des votes Ouellet afin de pouvoir gagner. Pas impossible, mais hautement improbable d’après les informations actuelles.


À lire aussi:

Où s’en va Québec solidaire ?


La victoire n’est donc pas assurée pour Alexandre Cloutier, d’autant qu’il reste un mois à cette course. Si Jean-François Lisée et Martine Ouellet espèrent créer la surprise, il n’y a cependant pas beaucoup de scénarios possibles. Il leur faut tout d’abord espérer que les sondages aient tort (et que le financement soit un meilleur indicateur par exemple). D’un point de vue purement mathématique, les simulations montrent qu’une avance de 8-9 points au premier tour est plutôt insurmontable.

Si un mouvement « tous contre Cloutier » devait se dessiner, avec possiblement une entente Lisée-Ouellet, cela pourrait aussi fausser les projections. Car à moins d’un changement lors du prochain mois, Lisée et Ouellet se retrouveront derrière Cloutier après le premier tour et leur seule chance sera de se redistribuer leurs votes entre les deux. Une tâche plus facile en théorie qu’en pratique (on se rappelle que cela avait fonctionné pour Stéphane Dion lorsqu’il était devenu chef du PLC alors qu’il avait terminé 3e au premier tour).

Mais les membres du PQ devraient se poser la question de savoir si un tel mouvement est vraiment dans l’intérêt du parti. Si l’on peut argumenter que la position référendaire de Lisée (pas de référendum lors du premier mandat) est possiblement la meilleure pour le PQ dans la quête de reprendre le pouvoir (étant donné le faible appétit référendaire des Québécois actuellement), il faut aussi remarquer qu’Alexandre Cloutier est le préféré de tous les Québécois, peu importe le parti. En effet, il est le chef préféré des électeurs de la CAQ ainsi que de QS. Réalistiquement, un PQ dirigé par Cloutier ne serait pas magiquement largement devant, mais il ne serait non plus pas mal placé dans l’optique de regagner des votes perdus à ces deux formations.

(Mise à jour suite au débat entre les candidats du 11 septembre:)
Si l’on regarde les données du financement du 1er au 11 septembre, on voit que Lisée et Ouellet sont en progression avec, respectivement, 67 dons d’une valeur totale de 6000$ et 125 dons totalisant 6293$. 125 dons. De son côté, Cloutier n’a obtenu que 4835$ avec 70 dons. Ces chiffres ne sont pas suffisants pour vraiment changer nos simulations présentées dans cet article mais ils montrent que la fin de cette course pourrait être serrée. Une mise à jour sera nécessaire dans quelques semaines. D’autant plus que plusieurs sur Twitter, incluant Michel Hébert du Journal de Montréal, semblent avoir trouvé Jean-François Lisée convaincant. Tout le monde ne s’entendait cependant pas sur le ou les gagnants de ce débat.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

J’ai écouté Cloutier à quelques reprises et…je ne sais pas mais il me semble être vide, sans saveur, comme Trudeau.

Le parfait résultat d’un marketing politique orchestré par son parti.

Comme aucun des sondages à ce jour n’est, méthodologiquement, valable tout ce qu’on peut en déduire est absolument de la fabulation. En fait, on ne sait absolument rien de sérieux suf l’état de cette course à la Chefferie. Retenons que des 70,000 membres du PQ, envron 50,000 voteront. Il faudrait un échantiĺon de 6,000 MEMBRES pour une marge d’erreur de 1%… or on a 246 personnes sympathiques au PQ mais dont possiblement aucun membre!!!
Quant aux montants récoltés, ils viennent surtout de la vente de cartes de membres. On en aura vendu quelques milliers certes et on peut voir qui en a vendu le plus mais ce n’est rien ou pas grand chose par rapport aux 70,000 membres existants!Comment voteront-ils??? Cet indice ne peut absolument pas être un élément significativement prédictif. Tant qu’à tirer l’élastique du tripotage de chiffres insignifiants, les sondeurs vont jusqu’à prédire les choix au troisième et deuxième tour! Et déclarer un gagnant à 95%. Complètement farfelu!
Tout ce qui peut arriver aux sondeurs avec de telles élucubrations, c’est de perdre leur crédibilité et d’être accusés de vouloir manipuler l’opinion publique, Même chose pour les médias qui entrent dans la danse. Pour ceux qui, de l’intérieur, connaissent le membership du PQ, on sait aussi que les supporters de Cloutier ont largement comme deuxième choix Lisée… comme ceux de Lisée ont Ouellet comme second choix et vice-versa. Le report des votes est un élément capital dans un tel mode de scrutin ef tout est possible.Il pourrait très bien y avoir de très grandes surprises et les druides-sondeurs pourraient, comnd disait le Capitaine, êtres confondudus, dus, dus, dus!

D’accord sur la faible validité du dernier Léger pour prédire le gagnant de la course à la chefferie le 7 octobre, ce n’est pas son objectif. Tout de même …, c’est instructif et divertissant.

Quelques milliers de cartes à 5 $ ne font pas 300 000 $; tout au plus 100 000. Voir les fichiers de la DGEQ : la moyenne des dons y approche le 100 $, ils étaient 2905 donateurs une où deux semaines avant le 9 septembre.

Mon dernier estimé fait le 9 septembre à partir du financement des candidats et d’une répartition appuyée des 15 % de votes qui seraient allés à Véronique Hivon donne 51,09 % à Alexandre Cloutier. Depuis, il y a eu l’appui à Jean-François de l’exécutif de la circonscription de Véronique, celle de Serge Ménard et le débat du 11.

Je serais extrêmement surpris, et la je pèse mon adverbe, que les seconds choix des électeurs qui auront Cloutier comme premier choix seront reportés à leur destinataire.

Heureux d’apprendre que les électeurs de Ouellet auront Lisée comme deuxième choix et vice-versa. Voter ainsi est mettre ses salopettes pour ne pas dire culottes, avec la ceinture en plus des bretelles en faveur de notre interdépendance dans une génération.

Les sondages se trompent de plus en plus ! Votre choix est basé sur les donnateurs mais ne tient pas compte des débats restants et aussi de l’ opinion du membre votant! Actuellement on oublie Martine Ouellet la clown de service au PQ et Plamondon qui est pas de taille à se battre contre les gros des ligues majeures; donc il reste 2 candidats en Cloutier et Lisé ! Je ne suis pas membre du PQ et je trouve que les partisans de Cloutier sont carrément dans la brume et vogue sur une surréalité et l’image de ce candidat qui n’ a aucune vision politique et d’ autant plus , qu’ il n’ a aucun leadership!! Avec Lisé au moins il y a une vision et des idées , une expérience approfondie et davantge de leadership .
Lisé serait mieux placé pour se battre dans l’ arène politique face aux Couillard et Legault. Allons les péquistes réveillez-vous avant de perdre toute légitimité auprès des électeurs !

Je ne peux pas tenir compte d’évènements qui ne sont pas encore arrivés… J’en tiendrai compte lors de la prochaine mise à jour.

Aussi, oui les sondages ne sont pas parfaits, mais ils restent une bonne source d’information.

Et oui, je crois en effet que Lisée est probablement le meilleur candidat pour gagner une campagne générale. Remarquez, je m’attends à ce que Cloutier dise « pas de référendum lors du prochain mandat » une fois élu et en campagne…

À ce moment-ci, aucun(e) des candidat(e)s ne m’apparaît souverainiste! Celui ou celle qui dira la vérité, à savoir que le Québec est SOUVERAIN depuis 1982, obtiendra le plus de votes des membres qui restent, dont le nombre ne cesse de diminuer parce que les chefs et candidats chefs sont des fédéralistes depuis Lucien Bouchard. Les Québécois ne le savent pas parce que les médias et les députés ne veulent pas dire la vérité, par peur de susciter la grogne des anglophones. C’est pour cela qu’ils ne disent jamais que le Québec est séparé, exclu.
Le dernier référendum était illégal, et les prochains aussi. Il suffira de placer une injonction pour empêcher ces tactiques des fédéralistes.
Pour la course, il suffira que deux candidats se récusent pour débalancer les projections.