Noémi Mercier et Alec Castonguay">

Crimes sexuels : l’armée met sur pied une équipe d’intervention spéciale

Le grand patron des Forces canadiennes vient de mettre sur pied une équipe spéciale pour gérer le délicat dossier des agressions sexuelles dans les rangs militaires, a appris L’actualité.

Le Major-général Christine Whitecross dirige l’Équipe d’intervention stratégique des Forces armées canadiennes sur l’inconduite sexuelle depuis le 25 février dernier. Cette équipe  aura pour mandat de procéder à un examen approfondi du rapport final rédigé par l'ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps, et d’élaborer un plan de mise en œuvre pour donner suite aux recommandations formulées dans le rapport. (crédit photo: Forces canadiennes)
Le major-général Christine Whitecross dirige l’Équipe d’intervention stratégique des Forces armées canadiennes sur l’inconduite sexuelle depuis le 25 février dernier. Cette équipe aura pour mandat de procéder à un examen approfondi du rapport final rédigé par l’ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps, en plus d’élaborer un plan de mise en œuvre pour donner suite aux recommandations formulées dans le rapport. – Photo : Forces canadiennes

Le grand patron des Forces canadiennes vient de mettre sur pied une équipe spéciale pour gérer le délicat dossier des agressions sexuelles dans les rangs militaires, a appris L’actualité.

Cette décision survient à quelques semaines du dépôt d’un rapport très attendu — et potentiellement explosif — sur les crimes sexuels dans les Forces canadiennes. Une ex-juge de la Cour suprême, Marie Deschamps, enquête sur le sujet depuis juillet dernier et doit remettre son rapport à l’armée au plus tard le 31 mars prochain. Mme Deschamps a déjà rencontré le haut-commandement militaire pour obtenir ses commentaires à la suite de ses premières constatations.

Cette nouvelle structure, créée le 25 février dernier, sera annoncée publiquement d’ici le début du mois d’avril. Le chef d’état-major, Tom Lawson, en a toutefois révélé la teneur dans un courriel envoyé à ses troupes lundi matin.

Dans cette lettre, que nous avons obtenue, le général Lawson souligne que cette unité portera le nom d’«Équipe d’intervention stratégique des Forces armées canadiennes sur l’inconduite sexuelle». Elle sera dirigée par l’une des femmes les plus hautes gradées au pays, la major-générale Christine Whitecross. Celle-ci sera secondée par l’adjudante-chef Helen Wheeler.

Pour l’instant, cette unité ne compte que cinq personnes et commence à peine à se réunir. Son mandat sera d’abord de donner suite aux recommandations qui seront formulées dans le rapport de Marie Deschamps.

Voici un extrait de la lettre du chef d’état-major Lawson :

«En avril 2014, j’ai ordonné la tenue d’un examen externe indépendant sur la prévalence de l’inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes à la suite d’un certain nombre de reportages des médias sur cette question, ainsi qu’un examen interne. Il m’apparaissait clairement que l’enjeu de l’inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes nécessitait un examen plus approfondi. […]

Avant de recevoir le rapport de Mme Deschamps, j’ai ordonné la mise sur pied immédiate de l’Équipe d’intervention stratégique des Forces armées canadiennes sur l’inconduite sexuelle. L’Équipe sera dirigée par le major-général Chris Whitecross, qui sera secondée par l’adjudant-chef Helen Wheeler. Elle aura pour mandat de procéder à un examen approfondi du rapport final rédigé par Mme Deschamps, et d’élaborer un plan de mise en œuvre pour donner suite aux recommandations formulées dans le rapport.

À titre de l’une des institutions qui inspirent le plus confiance au Canada, les Forces armées canadiennes ont l’obligation de garantir un milieu de travail respectueux et sain à tous leurs membres. Sur le plan opérationnel, notre succès à long terme repose sur la confiance et la cohésion inébranlables entre les militaires, indépendamment des circonstances, de l’ethnicité, du sexe, des antécédents ou de la persuasion.

L’inconduite sexuelle, peu importe sa nature, est un comportement odieux qui n’a pas sa place au sein des Forces armées canadiennes. La culture de respect personnel et professionnel mise de l’avant par l’institution n’est pas négociable. […]»

Selon nos informations, l’Équipe d’intervention stratégique sur l’inconduite sexuelle n’est pas pour l’instant une structure permanente. Elle doit d’abord concentrer son attention sur le rapport Deschamps, avant de décider si sa propre existence mérite d’être prolongée, ce qui nécessiterait un budget et des ressources supplémentaires.

Certains au sein du commandement militaire voient la nouvelle équipe comme «un embryon», qui pourrait éventuellement grandir et jouer le rôle du «Sexual Assault Prevention and Response Office» (SAPRO) des Forces armées américaines.

Dans sa forme actuelle, la modeste structure canadienne ne se compare toutefois en rien au SAPRO, qui gère cet enjeu au sein du département américain de la Défense. Ce bureau, mis sur pied il y a bientôt 10 ans, coordonne toutes les politiques en matière d’agressions sexuelles dans les rangs militaires aux États-Unis. Il est chargé de produire, chaque année, un rapport sur l’incidence de ces violences, assorti de recommandations, ainsi qu’un rapport portant spécifiquement sur les académies de formation militaire.

Issue de l’aviation, la major-générale Christine Whitecross, native de la Nouvelle-Écosse, est l’une des cinq femmes générales au Canada. Depuis 2011, elle est l’ingénieure militaire en chef des Forces canadiennes, au Quartier général de la Défense, à Ottawa, et la première femme à occuper ce poste.

Mme Whitecross sera promue l’été prochain au grade de lieutenant-générale, et deviendra alors la première femme de l’histoire canadienne à parvenir à ce rang (le deuxième plus élevé de la hiérarchie). Elle sera du même souffle nommée chef du personnel militaire. Il n’est pas encore clair si elle devra, à ce moment, céder le commandement de l’Équipe d’intervention stratégique sur l’inconduite sexuelle ou si elle pourra cumuler les deux fonctions.

Lorsqu’elle s’est enrôlée dans les Forces, en 1982, Christine Whitecross était l’une de seulement 5 femmes sur 40 étudiants dans son cours de génie militaire. Elle a notamment participé à une mission d’un an en ex-Yougoslavie dans les années 1990, ainsi qu’à Kaboul, en Afghanistan, en 2010 et 2011. Au fil des ans, elle a prononcé plusieurs conférences à l’étranger (en France, en Australie et en Grande-Bretagne, entre autres) sur le leadership féminin dans un contexte militaire.

Le branle-bas de combat des Forces canadiennes en matière de crimes sexuels a été provoqué par la parution, en avril 2014, d’une enquête du magazine L’actualitéqui dévoilait que chaque jour, cinq femmes ou hommes sont agressés sexuellement dans la communauté militaire au Canada.

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3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Bravo Noémie et Alec. Très bon papier.
Pour les Forces, c’est un commencement.

Bonne décision, mais il faut le mettre permanent avec un bon budget et des ressources raisonnable.

Excellente étape mais espérons que ça va devenir quelque chose de permanent directement sous la garde du major générale Chistine Whitecross qui pourra avoir de l’influence. À quand sa promotion au poste de Chef d’état major?