Montréal : ville vulnérable

Des firmes éclaboussées par la commission Charbonneau décrochent toujours d’importants contrats à Montréal, sans même avoir obtenu leur certificat de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Photo: Jacques Boissinot/La presse canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

PolitiqueEn dépit d’une avalanche de révélations accablantes sur la corruption et la collusion, ainsi que sur l’adoption d’un train de mesures législatives et réglementaires, la Ville de Montréal est toujours vulnérable.

D’un journal à l’autre, les nouvelles ne sont guère rassurantes sur le front de l’intégrité. Dans Le Devoir de mercredi, j’exposais les grandes lignes d’un rapport soumis à la commission Charbonneau par les 430 membres du Syndicat professionnel des scientifiques à pratique exclusive de Montréal (SPSPEM), qui regroupe les ingénieurs municipaux.

Selon le président du SPSPEM, André Émond, des «zones de vulnérabilité» sont toujours présentes à l’hôtel de ville. Il montre du doigt la perte d’expertise à l’interne, qui a rendu la ville dépendante des firmes de génie-conseil, et l’embauche massive de cadres malléables et inexpérimentés. Deux ingrédients principaux dans la recette de la collusion.

Dans La Presse, le collègue Pierre-André Normandin rapportait l’existence d’une brèche dans la loi sur l’intégrité. Des firmes éclaboussées par la commission Charbonneau décrochent toujours d’importants contrats à Montréal, sans même avoir obtenu leur certificat de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Selon l’interprétation étroite du contentieux de la Ville, la loi sur l’intégrité s’applique aux entrepreneurs qui exécutent des travaux de construction. Les firmes de génie-conseil, qui planifient les ouvrages et supervisent les chantiers, ne seraient pas assujetties à la loi.

Des entrepreneurs qui ont fourni des matériaux, sans exécuter des travaux à proprement parler, ont pu également profiter de cette brèche pour obtenir de nouveaux contrats à Montréal en dépit de leur bilan peu reluisant. C’est le cas de Simard Beaudry, désormais propriété de Lisa Accurso (la fille de Tony Accurso) et de Construction DJL, qui ont récemment obtenu des contrats respectifs de 434 000 dollars et de 3,7 millions de dollars. Les deux firmes faisaient partie du cartel du pavage, selon les témoignages entendus à la commission Charbonneau.

Le nouveau ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a promis de corriger cette brèche… s’il s’agit bien d’une brèche. L’administration Coderre, qui a pris sa décision sur la base d’un avis juridique confidentiel, pourrait avoir fait une interprétation fautive de la loi, a suggéré le ministre. «S’il y a lieu, on fera les modifications nécessaires», a promis M. Moreau.

L’imbroglio juridique doit être clarifié au plus vite, car s’il y a bel et bien une brèche dans la loi, les entreprises épinglées pour des actes de corruption et de collusion vont toutes revenir par la porte d’en arrière à l’hôtel de ville.

À l’inverse, s’il s’avère que l’administration Coderre a agi de façon précipitée en se fiant à un avis juridique bâclé, le maire devra rendre des comptes. Sa lune de miel avec les Montréalais pourrait prendre fin de manière assez brutale.

Il faudra beaucoup d’imagination, de patience et de vigilance pour juguler cette bête fauve qu’est la collusion. L’histoire récente nous démontre qu’elle est bien difficile à garder en cage. Montréal a encore besoin de gardiens alertes. Des gardiens à la hauteur des attentes que les citoyens ont placées en eux.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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6 commentaires
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«j’exposais les grandes lignes d’un rapport soumis à la commission Charbonneau par les 430 membres du Syndicat professionnel des scientifiques à pratique exclusive de Montréal (SPSPEM)»… Un mémoire de 17 pages dont une des cinq (CINQ!) recommandations est d’augmenter leur salaire… Très crédible, en effet. Pour le journalisme d’enquête, on repassera…

Il semble que les entreprises qui peuvent démontrer « patte blanche » ne sont pas nombreuses. De plus nos grosses entreprises qui possèdent une grande expertise ont participé pour la plupart à la collusion.
Doit-on à cause de ces faits laisser entrer les entreprises de l’Ontario,des USA ou d’ailleurs sans même s’ interroger sur leur propre fonctionnement et sur les dommages à notre économie?
Faut pas être naïf, ce qui se passe ici, se passe ailleurs.
La Commission a aussi de l’ombre des grandes et des petites magouilles de nos fonctionnaires seront-ils plus prudents ou plus honnêtes?
Les entreprises étrangères qui ont tiré leurs épingles du grand jeu de la concurence ont-elles trouvé une façon plus occulte de le faire sans attirer l’attention?
Au delà des coûts abrasifs de la corruption pour les finances de l’état, les travailleurs experts, les travailleurs de la construction se sont retrouvés en perte de revenu. Certains recommencent peine à gagner leur vie, d’autres pas…

Les libéraux sont revenus. Plus de gêne. De toute façon ces firmes là cotisent, alors !

Je pense que nous devrions ouvrir nos frontières aux entreprises des autres provinces Canadiennes et même aux entreprises Américaines.

Nous aurions ainsi une base de fournisseurs plus diversifiée et de bien meilleurs rapports qualité/prix.

Le fait que l’État soit en situation de monopole et que le bassin d’entrepreneurs soit limité augmente de beaucoup les possibilités de patronnage et de corruption.

M. Twetty avec les libéraux, Oufff quelle équipe !!!
Pas confiance du tout … !!!

André, suivez la conversation, l`article parle de la ville de Montréal et la corruption!! Je suis d`accord avec Francois 1 ; il faudrait élargir davantage les soumission à l`extérieur du Québec pour 2 raisons: 1- Beaucoup plus difficile de corrompre nos fonctionnaires et 2- L`accessibilité à de meilleurs prix!! On serait gagnant sur toute la ligne! Pour ce qui est des compagnies corrompues une remise de ristourne sous forme rabais appliqué sur les sommes flouées!