Danielle Smith, future première ministre ?

Charismatique, visionnaire et déterminée, la chef du Wildrose Alliance pourrait causer une surprise aux prochaines élections albertaines.

Danielle Smith, future première ministre ?
Photo : Jeff McIntosh/PC

« Pourquoi l’ADQ s’est-elle effondrée au Québec ? » dégaine d’entrée de jeu la chef du Wildrose Alliance, visiblement intriguée par la chute rapide d’un parti de droite qui avait le vent en poupe. Manque d’expérience ? Montée trop rapide ? « Je veux éviter ces pièges », dit-elle au journaliste de L’actualité.

Danielle Smith est visiblement dans son élément en entrevue. Aucun attaché de presse n’est présent dans la pièce, un fait rare en politique.

Madame Smith – mariée à un homme qui a un fils d’une précédente union – charismatique, jolie et bonne oratrice, est tout ce qu’Ed Stelmach n’est pas. Et elle sait utiliser les médias. Ses nombreux discours – elle en prononce entre trois et cinq par semaine depuis janvier – frappent la cible à tous les coups.

Certains chroniqueurs l’ont comparée à la républicaine américaine Sarah Palin. Elle repousse cette comparaison. « Je ne suis pas une conservatrice sociale », dit Danielle Smith. Si le Wildrose prend le pouvoir, elle n’entend pas toucher au statu quo sur l’avortement et les droits des gais. « Je suis du genre vivre et laisser vivre », ajoute-t-elle.

LES DYNASTIES DE L’ALBERTA

De 1905 à 1921 : Parti libéral (16 ans)
De 1921 à 1935 : United Farmers (14 ans)
De 1935 à 1971 : Parti du crédit social (36 ans)
Depuis 1971 : Parti progressiste-conservateur (39 ans)

Formée en économie à l’Université de Calgary, puis à l’Institut Fraser, deux temples de la droite canadienne, Danielle Smith n’est pas une inconnue en Alberta. Éditorialiste et chroniqueuse au Calgary Herald pendant six ans, elle a ensuite animé une émission politique sur la chaîne télé Global. Avant de se lancer en politique, elle dirigeait le bureau albertain de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. « Mon plan était de me présenter aux élections de 2011 ou 2012 avec les progressistes-conservateurs, dit-elle. Mais depuis trois ans, le gouvernement nous mène au bord de la falaise et je ne vois chez lui aucun désir de changer de direction. Je devais faire quelque chose, alors je suis allée au Wildrose. »

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Danielle Smith est un pur produit de l’école de Calgary, regroupement non officiel de professeurs et d’intellec­tuels de droite qui gravitent autour des départements d’histoire, de sciences politiques et d’économie de l’Université de Calgary.

Ce petit groupe est devenu la bête noire de la gauche canadienne. Son créneau est avant tout libertarien : méfiance envers le gouvernement, réduction du rôle de l’État, diminution maximale des impôts et des taxes, glorification du libre marché et de l’entreprise privée, valorisation de la responsabilité individuelle, opposition aux subventions accordées aux entreprises, dénonciation de l’activisme judiciaire… Ses membres se définissent comme des conservateurs fiscaux et non sociaux.

L’école de Calgary a une grande influence chez les conservateurs depuis quelques années. Le premier ministre Stephen Harper y a été formé. Ses proches conseillers des premières années en étaient issus, notamment Ian Brodie (chef de cabinet) et Tom Flanagan (con­seil­ler).

Le professeur de sciences politiques Tom Flanagan est l’un des chefs de file de ce mouvement, qui regroupe aussi Barry Cooper, Ted Morton (actuel ministre des Finances de l’Alberta), David Bercuson, Rainer Knopff et Frank Atkins.

« Ce sont ces profs, ainsi que Mike Walker, qui dirigeait l’Institut Fraser, qui ont eu la plus grande influence sur ma pensée politique et économique, dit Danielle Smith. Comment veut-on que le gouvernement interagisse avec nous ? Quel rôle doit-il jouer dans l’économie ? C’est là que j’ai le plus réfléchi à ces questions. »

Tom Flanagan et Frank Atkins (professeur d’économie qui a aussi influencé Harper) sont conseillers informels de Danielle Smith. C’est d’ailleurs Tom Flanagan qui lui a ouvert les portes de l’Institut Fraser lorsqu’elle a cher­ché un premier emploi en sortant de l’université.

Aujourd’hui, Tom Flanagan, expert du positionnement des partis à l’égard de l’électeur moyen, s’assure que Danielle Smith ne fera pas l’erreur de céder sa formation aux extrémistes.

« Il nous a dit de ne pas seulement surfer sur la vague de mécontentement contre Stelmach, mais de proposer une solution de remplacement crédible au gouvernement, explique Danielle Smith. On a trop souvent vu naître des partis qui sont restés dans l’ombre, incapables de sortir de leurs petites lubies. Il a souhaité qu’on voie grand et qu’on fasse ce qu’il faut pour ne pas être un NPD de la droite, qui fait élire quelques députés sans jamais former le gouvernement. Ça veut dire répondre aux désirs de la population, ne pas être trop à droite et offrir un éventail de politiques qui intéressent les gens. »

Trop à droite ? Elle sourit. « Évidemment, être trop à droite dépend des provinces ! Ailleurs, l’électeur moyen peut être plus au centre, alors qu’ici il est clairement à droite. Il faut en tenir compte. »

LES POSITIONS DU WILDROSE >>

LES POSITIONS DU WILDROSE

Autonomisme

Que l’Alberta s’occupe de responsabilités actuellement entre les mains d’Ottawa : gestion des impôts et des taxes, mise en place d’un régime de retraite albertain, création d’une police provinciale et sélection des immigrants.

Changements climatiques

Seul parti d’importance en Amérique du Nord à estimer que les études scientifiques ne démontrent pas que les changements climatiques sont causés par l’humain. Rejette une Bourse du carbone ou une taxe sur le carbone. « Il faut des programmes efficaces, notamment pour rendre nos bâtiments plus éco­énergétiques. Il faut des voitures plus efficaces, un service de transport en commun qui fonctionne bien », dit toutefois Danielle Smith.

Récession

S’oppose aux plans de stimulation économique que les gouvernements de la planète ont mis en place pour contrer la récession. « Si le gouvernement a de l’argent à injecter dans l’économie, c’est qu’il en a trop collecté dans nos poches avant », dit la chef.

Péréquation

Le Wildrose, tout comme le parti actuellement au pouvoir, est d’avis que le programme fédéral de péréquation est devenu injuste envers l’Alberta. « On estime le déséquilibre de la péréquation à 20 milliards par année pour l’Alberta. Est-ce normal que le Québec, le plus grand bénéficiaire de la péréquation, soit en mesure de se payer des garderies à 7 $ par jour ? »

Réforme démocratique

En faveur des élections à date fixe, des votes libres (sans obligation de suivre la ligne du parti, sauf pour les votes de confiance) et d’un système de pétition qui permettrait aux citoyens de demander la tenue d’une élection partielle pour déloger un député.

Santé

L’argent ne serait plus versé aux régies régionales de santé albertaines, mais aux hôpitaux et cliniques en fonction du nombre de patients traités.

Avortement et droits des gais

Danielle Smith affirme ne rien vouloir changer dans ces domaines. « Je suis une conservatrice économique, et il y a assez de travail sur ce front pour occuper le gouvernement pendant des années. »

 

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