Dans les coulisses de la période des questions

Vous vous demandez pourquoi ça vire à la foire d’empoigne à l’Assemblée nationale ? Notre collaboratrice, qui a goûté aux joies de la préparation de la période des questions, nous livre ses secrets.

Crédits : Jacques Boissinot / La Presse canadienne, montage : L’actualité

Au cours des 10 dernières années, Véronique Normandin a exercé diverses fonctions dans des cabinets ministériels libéraux, dont celles de directrice des communications et directrice de cabinet. Elle occupait, jusqu’en juin 2020, le poste de directrice de cabinet du chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale. Elle est actuellement stratège en communication et affaires publiques chez Public Stratégies et conseils.

La reprise des travaux parlementaires à l’Assemblée nationale — ça se passera la semaine prochaine à Québec — signifie notamment le retour de l’impressionnante gymnastique de la préparation de la période des questions pour les élus et le personnel politique. Pour le public, ce sont 45 minutes de débats divertissants et souvent cacophoniques. Mais à l’interne, c’est une source de grande fébrilité. 

La période des questions donne fréquemment lieu à de vifs échanges et permet aux députés d’apprécier (ou non) la joute parlementaire. Mais il s’agit surtout d’un exercice de communication dont l’objectif avoué est de prendre en défaut un adversaire et d’exposer publiquement ses faiblesses. Certains élus s’y prêtent avec amusement, mais pour d’autres, c’est une véritable torture. Peu importe le niveau de plaisir qu’ils en retirent, il s’agit pour tous d’un exercice qui demande surtout beaucoup de travail… et d’humilité. Je vous propose une petite incursion dans les coulisses de la préparation de ce qui est, malgré tout, un moment phare de la vie politique.

Chez les partis d’opposition, tout débute par une rencontre la veille, afin de déterminer les sujets potentiels sur lesquels on pourra questionner le gouvernement. Mais ce n’est que le lendemain matin, à la lumière de l’actualité du jour, que l’on confirmera l’alignement final en vue de la période des questions. 

Les jours où l’Assemblée siège, les dévoués recherchistes et conseillers politiques, souvent bien avant le lever du soleil, font leur revue de presse et fouillent l’actualité, à l’affût des dernières informations pertinentes et susceptibles de devenir des questions en Chambre. Leur travail est précieux pour les élus, qui auront droit à des résumés de ces articles, mais surtout à une analyse des occasions de marquer des points dans leurs dossiers respectifs.

Les députés échangent donc avec les recherchistes et rédigent avec eux des projets de questions. Mais c’est au cabinet de leur leader parlementaire, celui qui a une vision d’ensemble de la joute politique et qui est le responsable des travaux parlementaires de leur parti, que se dérouleront les dernières tractations et modifications à l’ordre des questions qui seront adressées au gouvernement. C’est aussi au leader que revient la tâche de trancher — et parfois de porter l’odieux d’annoncer à certains élus que leur question doit être remise à un autre moment. Ou encore qu’elle doit tout simplement être éliminée, faute de temps ou au profit de ce qu’il juge être une meilleure intervention. Humilité, disais-je…

On peaufinera donc les questions jusqu’à la dernière minute, cherchant le meilleur angle pour obtenir une réponse du gouvernement relativement à un enjeu, ou encore pour le forcer à prendre des engagements dans un dossier en particulier. On répétera la question « à vide » également, pour s’assurer qu’elle pourra être posée dans les temps prévus à la procédure parlementaire, soit 1 minute pour une question principale et 30 secondes pour une question complémentaire. Parce qu’il n’y a rien de plus décevant, après autant de travail, que de manquer de temps ou de finir une question en queue de poisson, laissant ainsi toute la latitude à un ministre de l’esquiver comme bon lui semble. L’objectif ultime : que notre question (ou la mauvaise réponse d’un ministre !) trouve écho à l’extérieur des murs de l’Assemblée nationale et soit reprise par les médias.

Toujours au sein des partis d’opposition, simultanément à ce qui se déroule chez les députés, on observe le même scénario dans les bureaux des chefs. Ces derniers sont eux aussi au travail et savent que l’enjeu est important : non seulement ils disposent de plus de temps (et de plus de visibilité) pour poser leurs questions, mais surtout, ils sont les seuls à interroger le premier ministre. 

Encore une fois, les conseillers s’activent afin de proposer des sujets ou des angles qui susciteront l’intérêt des médias et qui plongeront le chef de l’État dans l’embarras, qui mettront en lumière ce qu’ils considèrent être des erreurs du gouvernement ou qui pointeront des contradictions entre le premier ministre et un des membres de son cabinet. Ils sont bien conscients que les attentes envers leur chef sont élevées et que leurs performances au Salon bleu seront scrupuleusement analysées et sévèrement jugées, tant à l’interne qu’à l’externe. 

Au gouvernement, ce sont aussi les conseillers politiques qui s’attellent à la tâche tôt le matin pour préparer la période des questions des ministres ou du premier ministre. Ils se lancent dans une course contre la montre, et l’exercice se fait à l’envers : il s’agit de prévoir les questions des oppositions. Ils doivent non seulement s’assurer d’analyser les menaces éventuelles, si petites soient-elles, mais également recueillir un maximum d’informations qui permettront à leur ministre de répondre s’il est questionné sur un sujet en particulier. 

Les fonctionnaires de leur ministère s’avèrent de précieux alliés dans cette préparation, puisque c’est notamment à eux qu’ils s’adresseront pour rassembler certains des éléments de réponse qui leur serviront à produire ce que les habitués appellent des « fiches période des questions ». Évidemment, plus la session parlementaire avance, plus les fiches s’accumulent, mais elles sont pourtant méticuleusement conservées dans le cartable — électronique ou non — du ministre… Quant aux informations obtenues à la dernière minute, elles sont pour leur part transmises in extremis par texto, ce qui explique les nombreuses vibrations que l’on entend en arrière-fond lorsqu’un ministre se lève pour répondre à une question…

La hantise de tous les conseillers politiques ? Une question tout droit venue du champ gauche qui déstabiliserait leur patron, qui donnerait l’impression qu’il ne maîtrise pas ses dossiers et qui serait reprise par les oppositions ou, pire, par les médias !

En somme, la période des questions est un exercice grisant, certes, mais également exigeant en amont, tant pour ceux qui préparent et posent les questions que pour ceux qui y répondent. Les répercussions de cet exercice de communication périlleux sont souvent inversement proportionnelles aux cotes d’écoute (anémiques) qu’il génère… c’est pourquoi tous s’y activent avec autant d’intensité.

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C’est un exercice futile, sauf pour les journalistes qui vont y trouver un sujet ronflant pour leur journal ou leur émission de télévision. Je trouve pitoyable de consacrer tant d’efforts et de temps pour essayer de faire mal paraître leurs vis-à-vis, autant le gouvernement que les oppositions.
On devrait plutôt allouer le temps consacré à la période de questions aux oppositions officielles afin qu’ils présentent et détaillent leurs propositions face aux projets de lois ou aux modifications de règlements du gouvernement en place.