Dans les coulisses du gouvernement Marois

Un ex-conseiller de Pauline Marois décrit l’obsession de «Madame» de toujours paraître en pleine possession de ses moyens, «une façon de s’imposer et un mécanisme de défense».

Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne
Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne

Un gouvernement dans l’urgence constante, parfois en panique, très perméable à l’opinion publique. Et qui n’a donc jamais pu asseoir correctement sa stratégie.

C’est un peu l’image qui ressort de Dans l’intimité du pouvoir: Journal politique 2012-2014, le récit de Dominique Lebel comme conseiller de la première ministre Pauline Marois pendant les 19 mois de son gouvernement minoritaire. L’auteur a eu le luxe de la proximité, «l’oxygène du conseiller», explique-t-il.

Rien n’est oublié dans ce journal quotidien, ni même ses lectures et ses fins de semaine de ski. Mais il s’agit surtout d’un exercice très instructif sur les coulisses du pouvoir en situation minoritaire.

Jacques Parizeau était «Monsieur». Tout au long du livre, Pauline Marois devient «Madame». Lebel décrit l’obsession de «Madame» de toujours paraître en pleine possession de ses moyens, «une façon de s’imposer et un mécanisme de défense».

Elle cherche l’équilibre, toujours l’équilibre. «Elle fait peu de fautes, mais elle réussit peu de coups de circuit», avance-t-il. Ses alliances surprenantes, notamment avec la première ministre de l’Alberta, font mouche.

Elle déteste se tromper de mot ou de chiffre. Il y a d’ailleurs beaucoup de travail sur ses mots, ses formules, ses discours. On reprochait pourtant souvent à Mme Marois son manque de spontanéité.

«Elle a l’énergie, la résilience, l’entêtement. Mais elle est aussi capable de finesse. Elle peut être dure, et se rattraper sur un bon mot dans la minute qui suit.» Et on sent chez elle un immense besoin d’être aimée.


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Comme il le précise, un gouvernement improvise beaucoup plus que les observateurs politiques le croient. «Prévoir est une chose impossible en politique», estime-t-il.

De l’effervescence des premiers jours, avec la fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly, à Bécancour, la fin de l’amiante et l’abolition de la loi 78, jusqu’aux bons coups, comme le sommet sur l’éducation et la réponse immédiate à la tragédie de Mégantic, il reste peu.

Il reste surtout les revers: la taxe santé qui n’est pas abolie comme promis, les critiques venant de Bécancour, les compressions à l’aide sociale, qui vont les suivre pendant un an.

On apprend aussi que ses propres ministres n’étaient pas au courant de négociations avec Pétrolia pour l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti. Tout s’est fait en catimini, et ils ont été placés devant le fait accompli.

D’ailleurs, les rencontres avec des dirigeants d’entreprise foisonnent: les représentants de Mittal, Alcoa, SNC-Lavalin et Résolu, les Desmarais, Michael Sabia, Marcel Aubut, Alain Bouchard, etc. Que ce soit dans les sommets ou au club 357C, tous ont un accès aisé à la première ministre. Il en ressort une fonction plus économique que politique.

Sur le plan politique, Dominique Lebel raconte que Pauline Marois était «prête à tout» pour ramener Jean-Martin Aussant au PQ. Ce qui était aussi l’idée fixe de son ministre Pierre Duchesne.

Pauline Marois peut aussi se montrer implacable, même avec ses amies. Insatisfaite de la gestion de Marie Malavoy dans le dossier des commissions scolaires, elle lui annonce, tout juste avant les élections, qu’elle ne sera plus ministre en cas de réélection. «À toi de choisir si tu veux rester simple députée.»

On découvre d’ailleurs une chef de parti impatiente de retourner en élections dès que les sondages seront favorables. La campagne électorale, comme on sait, sera désastreuse. Les députés voient le bateau couler et ne savent pas comment réagir.

Pauline Marois, qui espère jusqu’à la toute fin que les libéraux ne soient pas majoritaires, en sortira démolie. Et battue dans sa propre circonscription.

Lisée, Ouellet et Breton dans le tordeur

Dominique Lebel écorche quelques têtes sans les nommer. Une députée qui affirme que lui refuser un poste de ministre serait un affront à la nation. Des anciens ministres qui appellent au bureau de la première ministre pour réclamer d’être nommés quelque part. Plutôt sidérant!

Jean-François Lisée, lui, est décrit comme une «tête bien faite» qui a beaucoup d’idées, peut-être trop. «C’est le conseiller qui ne s’est pas encore mué en député», juge-t-il.

Le statut minoritaire l’obsède tant qu’il propose de faire entrer Françoise David et François Legault au conseil des ministres.

«Il a un esprit frondeur qui l’amène parfois à faire des bêtises», précise Lebel. Comme proposer à brûle-pourpoint, devant les journalistes, de vendre la résidence du délégué du Québec à Londres pour contrer la baisse de budget des relations internationales.

Ou déclarer sans consulter que le Québec va soutenir des programmes de l’ACDI, parce que le fédéral vient d’annoncer des compressions.

«Lisée a une conscience aiguë de sa valeur qui le place au-dessus de la mêlée. Il n’y a rien là pour le rendre populaire auprès des députés de son parti.»

De son côté, Martine Ouellet apparaît comme une députée assez difficile à gérer. «Martine, elle est bien intelligente, mais son défaut, c’est qu’elle pense qu’elle peut faire tout, toute seule», lance Pauline Marois à son conseiller.

Ouellet détestait le Plan Nord. Elle tient donc en horreur tout ce qui peut s’en rapprocher, y compris le Nord pour tous du Parti québécois. Elle fait pression pour qu’Hydro-Québec s’empare de la filière éolienne, envers et contre tous.

Son collègue Daniel Breton, poussé à la démission deux mois après sa nomination comme ministre, apparaît d’abord comme un «être blessé et abattu».

Mais plus le livre avance, plus le tempérament difficile de l’ex-ministre refait surface. À un moment, il prépare sa «rentrée médiatique»; à un autre, il est contrarié de ne pas être consulté pour tel projet. Même s’il a un accès privilégié à la PM, «chaque fois, il rate ses occasions», écrit Lebel.

Quant à Bernard Drainville, sa passion semble être son point faible. «L’exercice du pouvoir, comme le fait de vieillir, grossit les caractères des gens comme la loupe ceux d’un livre», écrit le conseiller à son sujet.

Même si la charte des valeurs suscite une vive opposition au sein du Conseil des ministres, Pauline Marois y adhère complètement. Et personne, précise l’auteur, ne le lui a imposé.

«L’art de se taire est l’arme suprême en politique», affirme Dominique Lebel en début de livre. Heureusement, il a décidé de ne pas suivre son conseil.

Dans l’intimité du pouvoir: Journal politique 2012-2014, Dominique Lebel, Boréal, 2016.

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Des germaines, il y en a partout ! Les hommes font la même chose… Mais je tiens de bonne source que ces gens du PQ aiment bien aussi la richesse excessive. Et le pouvoir, bien entendu, pour aider leurs petits amis, ce qui est normal dans notre monde. Le Parti québécois est destiné à disparaître. Avec le nouveau venu, démagogue et capitaliste, nous connaîtrons les derniers jours du PQ, et ce sera bien fait. Tant qu’à être gouvernés par des loups, les Québécois devraient en choisir des bons et forts !

Pauline c’est un Peter au féminin. Lorsqu’elle est devenue PM, ca faisait longtemps qu’elle avait atteint son seuil d’incompétence

Un passage intéressant : « On apprend aussi que ses propres ministres n’étaient pas au courant de négociations avec Pétrolia pour l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti. Tout s’est fait en catimini, et ils ont été placés devant le fait accompli. » Le projet de l’Île d’Anticosti, on parle de forage exploratoire, on ne parle pas de la construction d’un complexe industriel pour exploiter un gisement de pétrole potentiel. Donc, si une PM s’occupe d’un projet aussi embryonnaire, ne soyez pas surpris qu’il y ait plein de gens qui cherchent à avoir les faveur de l’État québécois…

Voici un article très intéressant qui nous informe bien du livre de Dominique Lebel.

Tout cela tendant à démontrer qu’une des qualités et en même temps le défaut principal du PQ, c’est son coefficient assez impressionnant d’egos qui sont tous autant des chefs en suspens. Pas facile dans ces conditions de gérer un tel parti. D’une certaine manière j’ai de la compassion pour madame Marois qui ne devait pas être à la fête tous les jours, dans ce panier de crabes-là. Pas excessivement étonnant non plus que l’exercice du pouvoir en de telles occurrences, ce soit interrompu si prématurément.

Heureusement qu’avec son nouveau chef charismatique, le PQ va enfin marcher droit, dans l’ordre et sans doute comme ça pour longtemps !

« Heureusement qu’avec son nouveau chef charismatique, le PQ va enfin marcher droit, dans l’ordre et sans doute comme ça pour longtemps ! » (sic)

Irony detected…

Cher François 1,

Comment osez-vous penser qu’il puisse y avoir le moindre soupçon d’ironie de ma part ?

Le problème avec Pauline Marois c’ est qu’ elle n’ a jamais été au pouvoir ! Elle a été élue par la bande et s’ est crue sincèrement au pouvoir avec une gang de gauchistes et verts en plus! La plupart des arrogants qui n’ ont jamais réalisé qu’ ils étaient en PROBATION et qu’ ils devaient faire leurs devoirs avant d’ être élus de façon permanente! Résultat ce petit gouvernemamam arrogant et autoritaire n’ a pas fait plus de 19 mois ! Alors qu’ ils auraient pu reprendre le vrai pouvoir pour les 4 ans à venir ; ils ont manqué de maturité et de compétence et perdu le pouvoir tout simplement parce ce qu’ il ne voulait pas de la gouvernance et le peuple n’ est pas dupe!!!!!

Le gouvernement Marois a été l’un des pires de l’ère moderne du Québec et n’a fait qu’amplifier l’incapacité des péquistes de gouverner.

Un pas de plus vers la disparition de ce parti moribund et c’est tant mieux.

Si j’étais dans l’entourage du P.Q ou tout autre parti,vous ne seriez plus jamais dans les coulisses du pouvoir.Vous n’avez jamais appris monsieur Lebel ce que veut dire le mot confidentialité et solidarité?Des traîtres il y en a partout.On apprendra sous peu que monsieur Lebel est passé à un autre parti.Dans mon livre à moi,vous n’étiez peut-être qu’un arriviste!

Tiens…une autre péquiste fru…

Des gens qui ont écrit sur ce genre de situation (coulisses de pouvoir, secrets d’état, etc…), il y en a eu des tonnes et je trouve qu’être transparent comme l’a fait l’auteur de cet article sert la démocratie de façon tout à fait admirable.

Nous sommes tous positivement impressionnés par les divulgations de Wikileaks et/ou de panama Papers. Pourquoi ne pas l’être au sujet du PQ?