Dans l’univers binaire de Justin Trudeau

À trop vouloir politiser la vaccination pour mieux faire campagne, le chef libéral risque de constater qu’il s’agit d’un thème auquel qui s’y frotte s’y pique.

Paul Chiasson / La Presse Canadienne / Montage L'actualité

Le chef libéral Justin Trudeau n’a pas du tout apprécié s’être fait accuser lundi par son rival chef du Bloc québécois de « jeter de l’huile sur le feu » parce qu’il avait dénoncé assez fermement les manifestants exaltés s’opposant à la vaccination. Yves-François Blanchet lui avait suggéré une attitude davantage « informative », plus de nature à réduire le risque d’incidents lors de ces rassemblements. 

« Ce que [Yves-François] Blanchet a dit est tout à fait inacceptable et irresponsable », a-t-il rétorqué mardi. Après avoir rappelé qu’une vaste majorité de Canadiens ont porté le masque, gardé leurs distances et accepté de se faire vacciner, le premier ministre a affirmé avoir « choisi de les appuyer, de les défendre dans ce choix ». « M. Blanchet et [Erin] O’Toole doivent vraiment réfléchir à comment ils sont en train d’encourager, par leur manque de leadership, ceux qui pensent qu’il y a encore un débat sur la vaccination. »

Justin Trudeau choisit donc ainsi de politiser la vaccination à des fins électorales. Il tente de faire croire qu’il n’y a que deux positions possibles : être en faveur de la vaccination et donc de la vaccination obligatoire, ou alors être contre la vaccination obligatoire et donc encourager l’opposition à la vaccination. Dans son univers, il est impossible d’être à la fois en faveur de la vaccination et contre la vaccination obligatoire. C’est pourtant la position du chef conservateur, de celui du Bloc québécois et de la chef du Parti vert, Annamie Paul. 

Ce qui est nouveau, c’est que Justin Trudeau s’en soit pris à son adversaire bloquiste, alors qu’il avait jusqu’à présent réservé cette ligne d’attaque pour son rival conservateur. Et cela pourrait faire voler en éclats sa stratégie… si tant est qu’elle soit payante, ce qui est loin d’être garanti.

Un sondage de la maison Abacus Data publié mardi confirme une intuition : les Canadiens qui ne sont pas vaccinés ou qui hésitent à recevoir le vaccin sont plus susceptibles de voter pour le Parti conservateur (PCC) que pour le Parti libéral (PLC). Parmi les hésitants, le PCC devance le PLC de 7 points, et parmi les non-vaccinés, de… 37 points. En ne ciblant qu’Erin O’Toole, le chef libéral alimentait une trame narrative qui a été si payante pour son parti dans le passé, à savoir que les conservateurs sont des dinosaures (au sujet des changements climatiques, de l’avortement et maintenant de la science vaccinale). 

L’inclusion dans l’équation du chef bloquiste — qu’on pourrait difficilement accuser d’obscurantisme — affaiblit cette trame narrative. C’est pour la même raison que Justin Trudeau ne mentionne jamais Annamie Paul, qui pense pourtant elle aussi qu’on devrait aménager des compromis pour ceux qui refusent la piqûre.

Le pari de Justin Trudeau de tabler sur la vaccination obligatoire est aussi dangereux, car rien n’indique qu’il s’agit d’un thème porteur pour lui. En effet, le sondage d’Abacus Data nous dit aussi que les personnes vaccinées sont à peine plus susceptibles de voter libéral que la moyenne nationale : les intentions de vote nationales placent les libéraux et les conservateurs à égalité statistique (33 % contre 32 %), alors que les intentions de vote des vaccinés s’établissent à 34 % pour le PLC contre 30 % pour le PCC. Bref, placer la vaccination obligatoire au cœur de sa campagne n’est pas susceptible d’apporter bien des votes supplémentaires à Justin Trudeau. 

Mais il y a plus. Un autre coup de sonde, mené celui-là par la maison Léger en fin de semaine, nous apprend que les électeurs ne sont plus aussi friands de l’approche de Justin Trudeau pour gérer la pandémie, dont la vaccination obligatoire fait désormais partie. À la question « Dans l’éventualité où la pandémie s’aggrave, voudriez-vous continuer avec l’approche du gouvernement de Justin Trudeau ou changer d’approche en votant pour un autre parti ? », la très vaste majorité des répondants (62 %) ont dit vouloir « changer d’approche ». Dans toutes les régions du pays, en milieu urbain autant qu’en milieu rural et auprès de tous les groupes d’âge, il y a toujours une majorité réclamant une nouvelle approche. Seuls les électeurs libéraux veulent poursuivre dans la même voie. Cela tend à démontrer que le potentiel de croissance pour le PLC est extrêmement limité s’il continue à taper sur le clou de la vaccination.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

En plein dedans!

Justin ne pense qu’à Justin. Il s’intéresse seulement aux votes des Canadiens. Si la logistique contextuelle le permettait il serait le dictateur du Canada.

Paul, O-Toole, Blanchette, Signh et Bernier proposent des options pour les Canadiens.

En bon calculateur (sauf pour les calculs liés à l’économie) il sait que Paul et Singh sont intouchables (ça risquerait d’irriter sa base électorale).

Il sait également qu’il doit accepter de se faire traiter de « Fake…& Mother fucker » par Celina Caesar Chavennes ». Comme les manifestants, mais à un niveau plus intense elle a témoigné à propos de l’irritabilité de Justin le menteur, le faux, le narcissique, bref ce type à presque tous les défauts…ce n’est pas la vaccination, mais Justin lui-même (on lui disait surtout to get out of Canada et ce slogan est demeuré sous silence) qui était le point principal des manifestants….les journalistes se sont laissés endormir….là conclusion à propos de ces événements aurait dû être que ce gars est emmerdant…en tout cas un PM pas apprécié.

Les complaintes des « caucasiens » ont aucune emprise sur Justin…mais si on changeait le messager ça pourrait être différent.

C’est Justin le toxique qui crée les tensions pour arriver à ses fins. Dans la vraie vie, la société est diversifiée et c’est plus harmonieux que décrit par Justin…n’oublions pas que Justin a méprisé une autochtone lors d’un dîner bénéfice à Toronto en 2019…il a 3 blackfaces connus à son actifs (en cache-t-il d’autres) alors que presque tous les « méchants » caucasiens en ont aucune et savent depuis leur naissance que ce n’est pas correct…etc.

Répondre