De l’irréversibilité des progrès de l’inculture

Vous vous désolez de l’état de l’éducation au Québec ? Du recul du savoir aux États-Unis ? Voici ce que dit l’essayiste français Alain Finkielkraut, dans un récent Nouvel Obs:

La phrase:

L’inculture pour tous est une conquête démocratique sur laquelle il sera très difficile de revenir.

Le contexte: une discussion sur l’identité française et sur le rôle de l’école comme passeur du savoir d’une génération à l’autre. Si, affirme Finkielkraut dans une autre formule, on refondait l’école en la recentrant autour de la culture et du rétablissement de l’exigence, cela « jetterait dans la rue collégiens, lycéens, syndicats d’enseignants et fédérations de parents d’élèves ».

Tiré d’un débat avec le philosophe communiste, impénitent, Alain Badiou, sur l’identité, sa nécessité (pour l’un) et ses dérives (pour l’autre). Vaut le détour.

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Une phrase encore plus vraie de Finkielkraut:

” l’antiracisme sera le communisme de notre siècle” (Alain Finkielkraut; si quelqu’un connait la source exacte, me le dire.)

Les communistes, au 20ème siècle, prouvaient leur extrême naiveté et intolérance (1) en condamnant des comportements tout à fait sains et normaux. De même, les antiracistes du 21 ème siècle prouvent hebdomadairement leur extrême unidimensionalité et leur intolérance en condamnant des affirmations ou des comportements tout à faits sains et normaux.

Au nom du communisme, montée d’une unidimensionalité qui augmente les tabous et court-circuite la réflexion. Au nom de l’antiracisme, montée d’une unidimensionalité qui augmente les tabous et court-circuite la réflexion. Par exemple, pour les antiracistes d’une certaine gogauche, il est interdit de comparer les cultures ou de trouver qu’une culture puisse être plus avantageuse qu’une autre! (Mais vous les verrez ensuite se contredire en agonisant sur le choix de la meilleur école pour leurs enfants !)

Sur ce thème, 2 excellentes chroniques de David Brooks, l’une décrivant des aspects clés de la culture juive :

http://www.nytimes.com/2010/01/12/opinion/12brooks.html
et l’autre, décrivant des aspects clés de la culture haitienne :
http://www.nytimes.com/2010/01/15/opinion/15brooks.html?ref=opinion

(1) tout en tolérant, par ailleurs, des choses objectivement intolérables. Les sociétés intolérantes ont presque toujours d’inacceptables tolérances, et les société tolérantes sont toujours porteuses de salvatrices intolérances (intolérance de la torture, de l’esclavage d’autrui, de la malnutrition, de l’inceste, de l’analphabétisme, de la fumée secondaire de cigarette,etc…)

Il parle de fausse démocratie populaire au parti unique donc de bonne dictature temporaire .
Toutes les dictatures totalitaires non éclarée et non éclairant ont brûlés les livres pour généraliser l’inculture face aux vieux systèmes anarchistes et pour établir leur dieu vivant comme seul livre ouvert
En réalité l’école devrait se limiter à apprendre à chacun à apprendre et jamais de dire ce qu’il doit faire , penser et dire
Le pire qui peut arriver à un système scolaire est de former pour des entreprises identifiés au lieu d’instruire éduquer et bonifier l’être entier ( corps âme esprit) et laisser l’individu choisir et innover .
Brûler les livres ne sert à rien car la mémoire est indestructible , inscrite dans les gènes
Un système éducatif doit être axé sur le mémoire, la concience et l’intuition et jamais un sans les deux autres . Essentiellement sur la mémoire c’est de l’esclavagisme robotisation stagnation .

Je préfère de loin cette phrase de Badiou :

« Notre problème aujourd’hui n’est pas de nous crisper sur de prétendues « identités » qu’on tire de la tradition et qu’on croit devoir restaurer pour organiser une résistance fantomatique à la puissance gigantesque de la marchandisation universelle. Le problème c’est de trouver une voie qui ne soit ni la souveraineté du capital et de sa phraséologie «démocratique», ni la construction forcenée d’ennemis intérieurs supposés saper notre «identité». Et là, nous sommes adossés à la seule tradition qui se soit constituée ainsi, qui ait refusé de se laisser embrigader au XIXème siècle par le nationalisme pur et dur, à savoir la tradition internationaliste révolutionnaire. C’est la seule. »

Il est intéressant que vous mettiez ce billet en ligne, alors que je viens de lire un article portant justement sur l’un des problèmes qui accablent la France ou le débat sur la nationalisé fait rage.

L’inculture avance à grands pas évidemment, parce que là-bas comme ici, on a l’impression que les systèmes de transmission du savoir se comportent comme des poules sans tête, bradant avec légèreté et semble-t-il sans état d’âme particulier ce qui fait leur force, au profit de connaissances combien plus utiles.

Par exemple, dans un rapport du Conseil économique environnemental et social sur la francophonie, on peut lire ce qui suit : «Il serait opportun d’examiner la possibilité d’assouplir les conditions actuellement imposées à l’inscription dans l’enseignement supérieur français quant à la maîtrise de la langue française». Belle façon de lutter contre l’inculture n’est-ce pas ?

Oui justement, voici comment. L’une des 133 propositions préconisées pour renforcer la francophonie, donc la culture des francophones, je vous la donne en mille : «développer les cursus anglophones dans les universités françaises !»
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/favoriser-l-anglophonie-pour-67584

En lisant ça je me suis dit, c’est intéressant, dans quelques années, contrairement à nous, les français vont pouvoir faire tous leurs téléthons uniquement dans la langue code. N’est-ce pas merveilleux!

Intéressant votre commentaire, M. Laughra PhD.

-Êtes-vous aussi d’accord avec Finkielkraut, qui dénonce la montée des communautarismes et leurs effets anti-nationaux?
Par exemple, le fait de vouloir se définir en tant que « juif » avant tout, et même d’aller jusqu’à prétendre à la supériorité d’une telle identité ethnique (par opposition à une identité politique ou nationale) sur les autres.

Certainement, vous devez conclure avec lui que l’activisme communautariste et la politique de l’identité, que vous pratiquez allègrement dans chacune de vos interventions sur le Web, sont à l’origine de ce que vous dénoncez. -Quand tout le monde (re)commence à se définir comme appartenant à telle ou telle « race », « religion », « ethnie », etc. — plutôt qu’à une nation commune –, et surtout lorsque ces sous-communautés se mettent à agir, penser et surtout voter en bloc, n’est-il pas normal que l’anti-racisme devienne un paradigme politique?

Si » la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié », en bonne logique l’inculture devrait être ce qui reste quand on a rien appris. Et pourtant, toute personne apprend. La question soulevée par Finkielkraut c’est donc la qualité de l’inculture par rapport à une référence et non pas à une réalité intrinsèque. Les références des deux Alain sont évidemment différentes..

Quand au Québec, terre de la nation québécoise dont la langue officielle est le français, on téléphone à un organisme privé ou public, ou une compagnie, et que la prmière chose que l’on entend c’est : « For service in english, press nine ! », ce n’est plus de l’inculture, c’est de l’aliénation !

Et Charest est heureux…

L’école appauvrie participe du glissement de l’âme inclusive. On crée des groupes à détester lorsque l’on est doté de pensée primaire.

Et l’intégration passe par le respect mutuel. Porter le voile intégral dans une société d’accueil est un manque de respect, comme stigmatiser une population est une démarche raciste. Les deux sont évidemment condamnables.

De l’eau dans le vin tue le grand cru. Mais la mondialisation nous oblige à nous contenter trop souvent de pîquette.

On ne s’améliore pas en ne conservant pas les caractères propres de chacune des identités. On nivelle. On réduit. On recherche le commun dénominateur. Mais le voile intégral ne saurait être perçu comme un signe identitaire en terre d’accueil. En France comme au Canada, le voile intégral est un signe d’aliénation.

Ce que les pays d’accueil souhaitent dans l’intégration c’est le profit mutuel à la fréquentation de l’autre. Non l’exclusion mutuelle.

Je ne sais pas pour le reste de l’article mais pour la phrase citée ci-haut, je suis profondément persuadé qu’il est préférable d’avoir une inculture généralisée et un peuple où tous savent lire (bien ou mal) et savent écrire (idem) qu’un peuple où seulement quelques élus possèdent une grande lumière et la majorité est laissée à la noirceur.

J’ai l’impression que souvent, ceux qui aspirent à une grande culture ne voient plus, ignorent ou négligent ceux qui n’y auront jamais accès malgré toute leur bonne volonté. Et de là naissent des propos du genre : «Avant, le monde savaient écrire, ils nous l’apprenaient à la dure à l’école; maintenant, les jeunes, ça écrit tout croche pis ça a pu d’bon sens.. mais où s’en va le monde?»

Eh bien, n’est-il point logique que si nous donnons accès à l’écriture à la masse plutôt qu’à l’élite, la qualité moyenne se verra diminuée au fur et à mesure que l’accessibilité augmente?

Les choses ne vont pas en «empirant». Il ne faut pas baisser les bras, il y a encore beaucoup de combats à mener mais il ne sert vraiment à rien d’être amer et cinglant.

Et redonnons donc un peu de liberté aux plus intelligents, qu’ils s’éduquent eux-mêmes… comme ils le font déjà.