De nos fragilités individuelles et collectives

Stephen Harper et Thomas Mulcair se sont enlacés, jeudi, à la Chambre des communes, et c’était sans doute la meilleure chose qu’ils pouvaient faire. Par ce geste, ils ont affirmé que la paix et l’intégrité de nos institutions démocratiques transcendent les divisions partisanes et les stratégies politiques, dit Jocelyn Maclure.

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Thomas Mulcair et Stephen Harper – Photo : Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne

Deux loups solitaires ont ébranlé les piliers de notre vivre-ensemble, cette semaine. La tentation est grande de lier les actions meurtrières commises par des individus singuliers vivant visiblement avec de problèmes de santé mentale sévères à des enjeux géopolitiques internationaux, dont la politique extérieure du Canada ou le djihadisme. Je laisserai à d’autres le soin de le faire.
Politique

Oui, le discours de l’État islamique en est un de pure haine. Des discours d’extrême droite — comme ceux qui ont nourri Anders Behring Breivik, en Norvège — aussi.

Il est toutefois difficile de comprendre par quel cheminement psychique un individu en vient à accepter sans réserve un discours moral et politique et, plus encore, à l’utiliser pour justifier la violence.

Je suppose que dans la majorité des cas, une perte de contact avec le réel et des troubles de la personnalité sont nécessaires pour céder à la folie meurtrière sur la base d’une idéologie. Il y a beaucoup de fanatiques dans le monde ; seule une poignée d’entre eux captent des discours qui circulent dans l’espace public et s’en servent comme tremplin pour passer à l’acte.

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En ce qui me concerne, j’ai d’abord pensé à l’importance cruciale des intervenants de première ligne en santé mentale.

Ma conjointe et une de ses collègues travaillent comme chargées d’enseignement et intervenantes psychosociales dans un groupe de médecine familiale à Montréal. Je ne peux que m’incliner devant la sagesse de ces médecins qui ont décidé de s’allier à deux professionnelles de la santé mentale pour dépasser la dichotomie corps-esprit — laquelle demeure encore trop souvent dominante dans le modèle biomédical  — et offrir des soins plus complets aux patients. Ces initiatives doivent être encouragées.

Je me suis ensuite demandé, comme l’avait fait René Lévesque au lendemain de la fusillade à l’Assemblée nationale, en 1984, si ces événements devraient nous inciter à repenser notre rapport à nos institutions et processus démocratiques.

Le philosophe John Locke disait que le pouvoir législatif est, en contexte démocratique, l’«âme» des communautés politiques. Malgré tous ses défauts, une des grandes vertus de la démocratie représentative est qu’elle offre un cadre politique permettant l’expression et la gestion pacifique des désaccords.

Je suis mal placé pour dire qu’il ne fait pas critiquer les institutions et les décisions politiques, mais il serait sans doute bon, aussi, qu’on se rappelle parfois leur valeur, leur importance. Lévesque s’inquiétait en 1984 du mépris dont étaient victimes les élus et les institutions représentatives.

Le premier ministre Stephen Harper et le chef de l’opposition officielle, Thomas Mulcair, se sont enlacés, jeudi, à la Chambre des communes (photo ci-dessus). C’était sans doute la meilleure chose qu’ils pouvaient faire. Ils ont, par ce geste, affirmé que la paix et l’intégrité de nos institutions démocratiques transcendent les divisions partisanes et les stratégies politiques.

Je sais que cela ne sera pas le cas, mais je ne peux que souhaiter que les acteurs politiques conservent ce sentiment précieusement en leur for intérieur, et qu’il rejaillisse sur la façon dont ils se conduisent dans l’arène politique.

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Jocelyn Maclure est professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval. Il a publié, avec Charles Taylor, Laïcité et liberté de conscience (Boréal), qui a été traduit en plusieurs langues.

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