De quelle université voulons-nous?

Ce printemps, la grève étudiante et la crise sociale qui en a résulté auront secoué le Québec. Beaucoup et sérieusement.

Au-delà de l’objet premier du mouvement étudiant – la hausse des frais de scolarité -, une question, une grande question, émergeait à l’aube de ce siècle que l’on dit être celui du «savoir»: de quelle université voulons-nous au Québec?

Une des revendications étudiantes était la tenue d’un sommet sur l’éducation supérieure. Plusieurs toutefois, incluant chez les professeurs, auraient préféré de vrais États généraux.

Le nouveau gouvernement Marois a promis un sommet.

Et si l’on décode les déclarations de la première ministre, on dirait bien qu’il aura lieu au printemps 2013. Le tout, sous la direction du ministre responsable, Pierre Duchesne.

Et donc, la réflexion, les rencontres, les débats et les échanges s’organisent déjà dans le milieu élargi de l’éducation supérieure. Plusieurs visions, plusieurs voix, parfois fort divergentes, se feront entendre d’ici le printemps prochain.

Ce 25 octobre, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) tiendra son sommet sous le thème: «Vers des États généraux: l’université publique au XXIe siècle».

Sa présentation est ici et son programme, ici.  J’aurai d’ailleurs le privilège d’animer les deux tables rondes du sommet. La première portera sur le financement et la seconde, sur la gouvernance de l’université publique – les deux thèmes étant inséparables.

La conférence d’ouverture sera donnée par Guy Rocher – sociologue, un des grands intellectuels du Québec, professeur émérite et chercheur au Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal.

Aux deux tables rondes, on retrouvera des intervenants aux points de vue très variés, incluant Martine Desjardins de la FEUQ, Louis Gill, Luc Godbout, Gabriel Nadeau-Dubois, Daniel Zizian de la Conférence des recteurs, Françoise David, Christian Nadeau, Armande Saint-Jean, et d’autres encore.

 

***

Le sujet, on en traitera également dans le prochain numéro tout chaud de  L’actualité avec son dossier sur «les universités et les cégeps qui innovent».

Plusieurs thèmes y seront fouillés.

Notamment:

– la fin du «modèle Harvard», ce modèle idéalisé d’une université hyper centrée sur la recherche;

– la demande accrue aux États-Unis pour des services universitaires en ligne centrés sur l’enseignement qui pourrait ou non se faire entendre chez-nous;

– une réflexion  sur la place des diplômés de sciences humaines sur le marché du travail, dont une expérience menée en France.

Bref, le débat est lancé. Enfin.

De quelle université voulons-nous? De quelle université voulez-vous?

 

 

Laisser un commentaire

Me Legault, bravo, je suis heureuse que vous serez des dicussions c’est formidable. Une chose est certaine l’université doit être séparée des milieux d’affaires, des entreprises. Former les gens pour répondre aux besoins des entreprises c’est dangereux et l’éducation n’est pas seulement au service du monde financier. Si c’était le cas nous sommes perdus.

Les universités vendent du rêve à notre jeunesse en leur promettant d’excellentes perspectives d’emplois à la fin de leurs études doctorales alors qu’elles sont quasi inexistantes. Tout un deal pour les universités quand on pense à tout ce qu’ils peuvent fournir comme travail pour un salaire risible. C’est ainsi que le nombre d’inscription au doctorat continue d’augmenter, malgré l’embouteillage annoncé en fin de parcours. Regardez les statistiques, questionnez les doctorants et postdoctorants en fin de parcours et constatez comment l’on traite nos scientifiques et intellectuels au Québec. Difficile de ne pas faire la comparaison avec le bétail.

@Mireille Deschênes

Je suis d’accord avec l’idée que la formation universitaire doit transcender les besoins des entreprises et ceux du monde des affaires. S’y coller de trop près pourrait notamment nuire aux progrès de la connaissance.

D’un autre côté la société doit absolument éviter que la formation universitaire ne corresponde que sommairement à la réalité. Les universitaires ne sont pas seulement ceux et celles qui poursuivent des études menant au doctorat. Les chaires industrielles recevant des millions d’entreprises spécifiques font aussi un travail valable et souhaitable.

Je pense que l’université doit aussi être un agora, un lieu de rencontre où les idées se rencontrent et se débattent.

Si comme le dit Philippe Girard au # 2 nos scientifiques et nos intellectuels sont traités comme du bétail au Québec, ne serait-ce pas là un indice que l’université a perdu un certain sens de l’actualité. Ceux et celles qui acceptent de monter dans leur tour d’ivoire acceptent aussi de s’éloigner et de s’isoler.

«Puisqu’on ne peut changer la direction du vent, il faut apprendre à orienter les voiles.»
[J. Dean]

Les plus populaires