Débat autour du reportage de Radio-Canada au sujet de la filature avortée

Comme d’autres collègues, j’ai exprimé mon malaise à l’égard du reportage de Radio-Canada au sujet de l’interruption de la filature de l’ancien dirigeant de la FTQ-Construction, Eddy Brandone, après que celui-ci ait eu une courte rencontre avec Jean Charest. Les 140 caractères d’un message Twitter ne rendant pas justice à mon point de vue, je m’explique.

En fait, ce n’est pas le reportage, qui précise bien que rien ne prouve que M. Charest y soit pour quelque chose qui me dérange. Je n’ai aucun problème non plus avec la diffusion du reportage en pleine campagne électorale. C’est plutôt la façon dont ce reportage a été présenté et résumé qui est, à mon avis, en cause.

Chaque fois que j’ai entendu la manchette à la radio de Radio-Canada mercredi, elle laissait flotter un sous-entendu. On restait avec l’impression que Jean Charest pouvait être intervenu. Prenez le bulletin de 18h00 du 8 août dernier. L’animateur lance l’histoire ainsi :

Radio-Canada a appris qu’une filature policière impliquant un ex-dirigeant de la FTQ-Construction, Eddy Brandone, a été interrompue après que cet homme fut entré en contact avec le premier ministre Jean Charest. Eddy Brandone dirigeait les finances de la FTQ-Construction au moment où Jocelyn Dupuis, au coeur d’un scandale pour dépenses excessives et liens avec la mafia, était directeur général de l’organisation. Eddy Brandone est aussi un militant de longue date du Parti libéral. L’ordre d’interrompre l’enquête policière a été donné après que la filature eut mené les policiers à une brève rencontre entre Eddy Brandone et Jean Charest lors d’une pause à une réunion où plusieurs ministres québécois et fédéraux étaient présents.

Ma première réaction et celle de mon entourage en a été une d’incrédulité. Jean Charest serait intervenu? Puis, nous avons noté qu’aucune preuve n’avait été donnée en ce sens. Mais rien dans ce texte ne le disait et je suis persuadée que bien des auditeurs ont, aux premiers abords, sauté à la même conclusion.

Sur le site web, le même jour, le texte démarrait ainsi :

Une filature policière impliquant un ancien dirigeant de la FTQ-Construction, Eddy Brandone, a été interrompue après qu’il fut entré en contact avec le premier ministre Jean Charest au lendemain des premières révélations d’Enquête sur l’industrie de la construction.

On poursuit en disant que les enquêteurs s’interrogent sur les raisons de l’interruption. On décrit les événements pour, aux sixième et septième paragraphes seulement, ajouter ceci :

Cet événement soulève des questions : qui a donné cet ordre et pourquoi y a-t-il eu cette interruption après la rencontre avec le premier ministre au milieu de la journée?

La Sûreté du Québec a refusé de commenter l’incident en disant que cette filature fait partie de la preuve policière dans le dossier de Jocelyn Dupuis. La SQ assure du même souffle que jamais il n’y a eu d’intervention politique dans cette affaire.

On fait longuement état de la réaction de Jean Charest pour offrir ensuite un résumé plus détaillé du reportage original.

Au téléjournal, le soir même, la manchette fait immédiatement état du démenti de Jean Charest, mais l’introduction du reportage qui suit ne précise pas que rien ne prouve qu’il soit intervenu. Le reportage, cependant, est très clair à ce sujet.

Il est plus qu’à-propos de diffuser des reportages d’enquête en campagne électorale, surtout s’ils offrent des informations supplémentaires sur un des enjeux clé de la course, comme ici celui de l’intégrité. Mais quand la complexité des faits peut amener les auditeurs à tirer des conclusions hâtives et que cela peut influer sur le cours de la campagne, il revient aux journalistes et aux médias de faire preuve d’une précision chirurgicale dans tout ce qui entoure la présentation dudit reportage.

Un mauvais titre, une mauvaise manchette induisent sans le vouloir une certaine lecture d’une nouvelle. Ils peuvent mener à des malentendus. Je pense que cela est survenu dans ce cas-ci, ce qui a malheureusement fait dévier le débat.

Car ce reportage fouillé en soulève plusieurs, dont un important à travers une des sources policières citées, celle qui dit :

De façon générale, il y a un principe non écrit de protection du gouvernement. Il ne faut pas laisser l’impression qu’une enquête criminelle s’approche du premier ministre.

Si tel est le cas, la Sûreté du Québec nous doit bien des explications.

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La réaction de Manon Cornellier est bien janséniste judéo-chrétienne. Après que Jean Charest a ri de la population pendant des années en refusant d’instituer une commission d’enquête sur l’industrie de la construction, tout à coup, il faudrait dissiper l’ombre d’un doute sur cette archange qui dirige la province en mettant en colère 70% de la population.

Vraiment, Mmme Cornellier, si vous aimez présenter la joue gauche, ce n’est pas le cas de tout le monde. La plupart s’en sont sortis de ces sornettes religieuses qui sont restées dans les gènes de certains citoyens.

Vous aimez vous faire bafouer par Jean Charest? Continuez.

Souvenez-vous du discours de Chrétien devant Gomery : «Il fallait sauver le pays.»

La fin justifie les moyens, ça marche des deux côtés.

Moi, ce qui me dérange (aussi), c’est le fait qu’on insiste pas beaucoup sur la date de cette rencontre (les extraits que vous citez n’en parle pas, votre texte non plus)…

Je crois que le problème est que beaucoup de personnes laissent leur switch émotion à « on » en s’informant. Perso, j’essaie de rester objectif le plus possible et en aucun cas j’ai pensé que Charest avait demandé l’arrêt. Il faut vraiment avoir un côté pris pour le croire..

Parlons du contenu maintenant. Cette histoire vient faire un lien avec les dire de policiers de la SQ en septembre 2011 comme quoi le gouvernent en menait beaucoup à la SQ. Ces policiers avaient contacté l’enquêteur André Noël, en voici un extrait:

«La Sûreté du Québec est une excellente organisation policière. Cependant, j’ai le regret de vous apprendre qu’il n’y aura aucun membre du gouvernement actuel qui sera accusé par la SQ ou l’UPAC! Pourquoi? Dans notre système actuel, il n’y a aucune indépendance entre le pouvoir policier et le pouvoir politique et c’est ce dernier qui dicte ses ordres au DG et aux DGA de la Sûreté.»

«Nos enquêtes sont orientées sur des cibles précises et nos enquêteurs doivent constamment en tenir informés leurs supérieurs de leur évolution. Aucun membre du gouvernement ne sera enquêté sans que monsieur Martin Prud’homme, sous-ministre à la sécurité publique ou que monsieur Robert Lafrenière, commissaire de l’UPAC, en soient informés. Or, à qui ces deux hommes rendent-ils des comptes?»

Encore une histoire qui sent très mauvais du côté des Libéraux. Ça en fait plusieurs d’ailleurs…

Ce n’est pas la première fois qu’un journaliste salit un personnage sans preuve à toutes épreuves. Malheureusement il est très rare aussi qu’ils soient sanctionnés, mais le mal est fait au grand plaisir des adversaires. c’est peut-être une des raisons qui nous portent à ne pas croire ces soit disant professionnels qui trop souvent cours pour le prestige et prêt à tout pour gagner. Ceci nous indique qu’il est dangereux que des journalistes s’inventent comme justifier et ce lance dans des enquêtes sans en avoir la compétence nécessaire pour approfondir et analyser froidement les trouvailles.Peut-être qu’ils devraient être dirigés sous l’œil d’un policier d’expérience afin d’éviter les abus comme nous venons de vivre.

Le problème vient peut-être du fait que les gens croient s’informer en n’écoutant que les manchettes de la même manière qu’ils le font avec le journal: en ne lisant que les titres…

Les titres ont une fonction racoleuse parfaitement justifiée. On n’a jamais demandé à un pupitreur d’informer complètement le lecteur avec son titre. La même règle prévaut avec les présentations de reportages télé ou radio et les amorces de nouvelles sur les bulletins électroniques et autres info-lettres.

Le reportage d’Enquête est complet en ce sens que si on prend la peine de le regarder jusqu’à la fin, on peut se faire une idée sur ce qui s’est passé ce jour-là et finalement conclure que si les apparences sont louches, tout reste à prouver.

Un mauvais titre, c’est un titre qui n’attire pas l’attention. La confusion et les malentendus viennent du simple fait que les gens ne se rendent pas à la fin des reportages avant de tirer leurs conclusions.

Les médias sont responsables d’informer le public avec rigueur et objectivité. Les consommateurs d’information ont aussi la responsabilité d’aller au fond des choses.

Les média doivent aussi s’assurer que le plus grand nombre de personnes les lisent, les regardent, les écoutent, les consultent. Quand chaque lecteur compte, que chaque clic est minutieusement comptabilisé sur Google Analytics, le travail de « marketing » du reportage est souvent garant de la survie du média. La SRC ne vit pas en vase clos.

Si ce reportage démontre une chose, c’est que nos institutions et la fonction de PM sont rabaissées au point où un caïd de la construction peut prendre son char et aller s’adresser au PM en réunion parce qu’il a contribué à la caisse de son parti (peu importe son motif). Les relations incestueuses des collecteurs d’argent à des fins électorales et politiques nous ont amené là. Il est grand temps de revoir nos façons de faire en matière de financement des partis politiques bien plus que celles des médias de présenter des manchettes.

Bonjour je viens de lire votre excellent article de ce matin. Il est évident que nous ne pourrons obtenir les raisons qui ont poussé à interrompre cette filature. Cependant avec votre expérience journalistique vous savez sûrement qu’il n’est pas fréquent que des policiers affectés à des filatures parlent à des journalistes pour rapporter de tel fait. Il est indéniable qu’avant de parler à l’équipe d’Enquête, ces policiers, pas seulement 1 mais 4 sources, ont essayé d’avoir les raisons qui ont conduit à cette interruption et ils ne sont pas satisfait des réponses reçues et ce 3 ans après les faits! Alors nous pouvons en déduire que les véritables raisons sont suffisament troublantes pour qu’elles ne puissent être divulguées même aux policiers au coeur de l’enquête.

Merci
Michel Caron

Est ce qu’il fallait présenter des excuses aux partisants libéraux pour la diffusion d’une information qui ne pouvait être plus claire sur les relations entretenues depuis fort longtemps entre celui qui est devenu un « PARRAIN » et son milieu?

Quand aurons-nous la réponse et qui nous la donnera?..Avant le 4 septembre j’espère…!

Robert Pineault
Jonquière

Il fut un temps où ce genre de reportage devait passer dans les mains des avocats des entreprises de presse qui voulaient publier. Moi aussi, avec mes 46 ans de métier derrière la cravate, je me suis posé des questions en entendant les propos tenus. Il va sans dire qu’il faut vérifier et revérifier. S’assurer que les faits relatés ne prêtent pas à confusion et n’accusent pas sans preuves évidentes et précises. Dans le cas de ce reportage, il aurait fallu de plus que la SQ explique au lieu de laisser aller la suspicion non-fondée. Malheureusement, aujourd’hui, la moindre allégation peut devenir rapidement une accusation et une condamnation. Les faits disaient un de mes anciens rédacteurs en chef. « Va chercher des faits et donne-moi au moins deux sources crédibles clairement identifiées, sinon, on ne publie pas », disait-il. Il faut croire que cette règle élémentaire ne tient plus. Que ce soit en pleine campagne électorale ou pas, là n’est pas la question.

radio Canada manque beaucoup d’objectivité de par leur journaliste. Je crois que Jean Charest est un homme honnête et intègre. Je regarde LCN car leur journalistes sont objectifs.

Nous sommes innocent jusqu’à preuve du contraire.
Les journalistes doivent rapporter les faits avec des preuves fondées et non pas des rumeurs.

Après 50 ans de pratique légale la présomption d innocence existe toujours pour les citoyens dans cette démocratie.

Félicitation Mme Cornellier que je ne connais pas.

Les gens sont tellement crinqués contre M.Charest qu’ils sont prêts à avaler n’importe quelle nouvelle qui leur permettra d’haïr encore plus celui-ci peu importe la véracité des faits. Dommage qu’il faille détruire des réputations pour pouvoir adhérer au POUVOIR !Moi ce que j’en déduis, c’est que les journalistes de R-C et RDI sont en mission commandée. M. Charest n’est probablement pas blanc comme neige, mais ce salissage ressemble à un lynchage public, ça ressemble à une gagne de vautours qui se sont jurés d’avoir la peau d’un homme et qui ne cesseront leurs allégations et leur mesquinerie qu’à la mise à mort (figuré) de M. Charest mais les autres chefs tels que Mme Marois, M.Legault ou M. Khadir ont-ils le monopole de l’intégrité, permettez-moi d’en douter, où il y a de l’homme il y a de l’hommerie c’est bien connu. Pour terminer, je dirais que tous ces journaliste et animateurs ont perdu mon estime, je suis profondément déçue de voir où nous en sommes rendus au Québec si on ne peut plus faire confiance à ceux qui sont payés pour nous informer de façon objective.

Tout à fait d’accord avec cette analyse qui met en cause la façon dont le reportage a été présenté. Bravo d’avoir mis le doigt sur ce qui me tracassait aussi.

Marci, Manon, de soulever ces questions. Pour ma part, en voyant ce « reportage » mercredi (les guillemets sont les miens et intentionnels), non seulement ai-je éprouvéle même malaise, mais celui-ci s’est vite transformé en indignation. Ce « reportage » n’était qu’une curieuse enfilade d’insuations indignes des standards normaux qu’on attend de la société d’état. Qu’il ait ciblé Jean Charest n’a rien à voir. Ç’aurait été Pauline Marois ou François Legault ou amir Khadir, j’éprouverais le même malaise et la même indignation. Ce fut du mauvais journalisme, et le couple Gravel-Denis vient de voir sa crédibilité en prendre un sérieux coup. Dommage.

J’irai plus loin. Radio-Canada est une pouponnières de gauchistes, rien de bien de nouveau, mais avec Draiville et Duchesne deux anciens de la boîte qui se débattent comme des diables dans l’esu bénites contre la CAQ, avouez que le timing est assez louche.

Il est évident que ce reportage et sa présentation, comme la couverture journalistique de la politique en général, contribuent à alimenter le cynisme de la population à l’égard de nos dirigeants. J’essaie de comprendre l’intérêt de nous donner cette information, alors qu’elle semble une non nouvelle sans la moindre signification, et je ne trouve toujours aucune explication. On sous-entend clairement qu’il y a eu ingérence politique, alors qu’en réalité, on se fit uniquement sur une chronologie pour établir un lien de causalité. Un travail hautement inutile d’une équipe de journalisme d’enquête que je respecte pourtant énormément…

Comment Radio Canada peut-il concerver des journalistes aussi corrompus.Ce n’est pas de l’information qu’ils émettent mais leurs idées personnelles qu’ils éxpriment.Un grand ménage est à faire à la société d’état.

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