Débat des chefs : que feront les électeurs indécis ?

Aux yeux d’Alec Castonguay, autant dans le ton que dans le contenu et la manière de se comporter sur la scène, il n’y avait que deux premiers ministres potentiels : Philippe Couillard et Pauline Marois.

PolitiqueJ’ai bien hâte de voir si l’électeur qui n’a pas encore fait son choix en vue du 7 avril, ou celui qui peut encore changer d’idée, a retenu les mêmes éléments du débat que les analystes ou les partisans convaincus. Je n’en suis pas certain. Le prochain sondage sera intéressant.

Les journalistes et les mordus de politique ont tendance à apprécier celui qui fait flèche de tout bois dans un débat. Celui par qui arrive l’action et les crochets de droite ou de gauche — comme si le débat était un match de boxe, mais avec l’éducation, la santé et l’économie aux poings.

Dans ce rôle, François Legault l’emporte. Il a été le plus incisif. Il a souvent déstabilisé Pauline Marois et Philippe Couillard. L’énergie de celui qui n’a rien à perdre, loin dans les sondages. Il a donné tout un spectacle et rassuré les caquistes. Sur les questions éthiques, n’ayant pas les bagages du PLQ et du PQ à traîner, il est dominant.

Mais au risque de vous surprendre, j’ai trouvé sa performance globale moins efficace pour aller chercher des votes que lors du précédent débat.

Lors du débat de Radio-Canada, François Legault avait été moins à l’attaque, mais il avait dosé ses envolées afin de présenter ses idées, ce pour quoi les électeurs devraient voter pour sa formation : baisse de taxes de 1 000 dollars, moins de gaspillage, réduction ordonnée de la fonction publique. Il avait souvent répété que ces choix seraient douloureux, mais qu’il avait le «courage» que les autres n’ont pas pour y arriver.

Hier, rien de semblable. Il a foncé dans toutes les directions. Quelqu’un qui regardait un débat des chefs pour la première fois de la campagne n’a pas une idée claire de ce qu’il propose en échange.

Il avait l’air du politicien qui auditionne pour le poste de chef de l’opposition, pas celui de premier ministre.

Au regard des sondages, c’est probablement la réalité. Ça va plaire à plusieurs, mais est-ce que ça va plaire aux indécis, à ceux qui disent qu’ils peuvent encore changer d’avis et à ceux qui se cherchent avant tout une personnalité en qui faire confiance pendant quatre ans ? C’est pour cette raison que j’ai hâte de voir la réception du débat chez cette mince tranche de l’électorat. J’ai mes réserves.

Françoise David, plus calme que François Legault, auditionnait pour le même rôle. Elle a fait un bon débat qui va aider sa formation dans les deux ou trois circonscriptions de Montréal où QS a une chance de l’emporter.

À mes yeux, autant dans le ton quand dans le contenu et la manière de se comporter sur la scène de TVA hier, je n’ai vu que deux premiers ministres potentiels : Philippe Couillard et Pauline Marois.

De plus, mis à part quelques circonscriptions, la lutte est vraiment entre ces deux partis à la grandeur du Québec. Pour beaucoup d’électeurs encore fluides dans leur choix, ceux qui veulent bloquer l’un ou l’autre dans cette course serrée, la joute se déroulait entre ces deux protagonistes.

Philippe Couillard, le meneur dans les sondages, a connu un débat en montagne russe.

Il a bien fait lorsqu’il a été question de santé, d’éducation et d’économie. Des exemples très concrets, des répliques qu’on sentait ancrées dans une connaissance des régions du Québec, un ton posé et une bonne capacité à expliquer ce qu’il souhaite faire pour les PME. Il a été efficace sur le référendum. Contrairement à François Legault, on sait davantage ce que Philippe Couillard veut offrir comme programme. Son côté calme et rassurant le sert bien.

Il a toutefois été mis à mal sur les questions d’éthique et d’identité, deux segments où Pauline Marois a mieux fait. La chef du PQ a connu un débat plus stable, plus en contrôle que son rival libéral. Pas de haut, mais pas de bas. Son sourire, bien dosé, a fait mouche à quelques reprises. Le volet sur la langue, le dernier du débat, a donné beaucoup de mal à Philippe Couillard, qui a trop appuyé sur le bilinguisme, avec un mauvais exemple sur les usines. Une gaffe face à Françoise David qui a propulsé Pauline Marois sur son terrain fort en fin de course. Elle a également eu le meilleur discours de clôture.

Si on doit donner un gagnant dans ceux qui auditionnaient pour le poste de premier ministre dans ce débat, je donne l’avantage à Pauline Marois.

Est-ce que ce sera suffisant pour inverser la tendance ?

Est-ce que les électeurs indécis ou fluides ont vu le même débat? Ont-ils les mêmes critères ?

J’ai hâte de voir. La course pourrait se resserrer dans le dernier droit.

Des questions se posent pour la suite de la campagne. De quoi va-t-on parler le plus ? Ce pourrait être décisif.

De référendum ? Ce sujet est imprégné chez beaucoup d’électeurs depuis l’arrivée de PKP dans la course. Pour ceux-là, leur idée est faite en vue du 7 avril.

Ce thème peut-il encore faire la différence dans les dix derniers jours ? Comme l’explique Chantal Hébert dans son billet, un retour du PQ dans les sondages pourrait le ramener à l’avant-plan. Sinon, le jus est probablement tiré.

Depuis une semaine, ce n’est plus ce qui domine les nouvelles. Le PQ a réussi à ramener les thèmes de l’intégrité et de l’éthique. Même s’il y a des squelettes dans le placard du PQ, celui du PLQ semble plus rempli. Et les années Charest ne sont pas très loin dans l’esprit des gens. Mais est-ce que cette campagne a été jouée en 2012, avec les résultats que l’on sait, ou y a-t-il encore de la traction pour changer la donne ?

Ou est-ce qu’une autre surprise surgira, en économie, emploi, santé ou éducation, ramenant les propositions des partis sur le devant de la scène ?

Une chose est certaine : on ne risque pas de s’ennuyer d’ici le jour du scrutin.

* * *

À propos d’Alec Castonguay

Alec Castonguay est chef du bureau politique au magazine L’actualité, en plus de suivre le secteur de la défense. Il est chroniqueur politique tous les midis à l’émission Dutrizac l’après-midi (sur les ondes du 98,5 FM) et analyste politique à l’émission Les coulisses du pouvoir (à ICI Radio-Canada Télé). On peut le suivre sur Twitter : @Alec_Castonguay.

Laisser un commentaire

Très bonne pondération et propos respectant l’intelligence de tous.. Mes félicitations…

Après 18 mois, il me semble tout à fait normal que le débat sur l’ÉTHIQUE des partis politiques ne soit pas être déjà évacué… D’après moi, il n’y a RIEN de plus important que d’avoir de la POLITIQUE SAINE… Tout le reste en découle….

Nous sommes au 21ième siècle, bon sens, l’Homme de Cro-Magnon ne devrait-il pas être derrière nous !!!! Et qu’il y ait beaucoup plus de FEMMES dans ce secteur.

De plus, que l’on cesse avec cette foutu ligne (muselière) de parti… Je pense ici, à Mme Fatima Houda-Pépin. Bien sûr, que cela amène certains propos qui semblent contradictoires dans le feu de l’action ou interprétés hors contexte… Mais il me semble plus démocratique que TOUS les points de vue
s’expriment…

Quand j’entends dire que l’ensemble des citoyens ne voit pas de problème d’une montée de l’intégrisme au Québec !!!! La réalité de citoyens qui vivent en région, qui sont peu exposé au contact des langues anglophones ou allophones n’est sûrement pas la même que celle de citoyens vivant à côté d’une mosquée… à Montréal… Et qui sommes-nous pour tenter de museler Mme. Pépin, une femme qui doit être la MIEUX placée pour savoir de quoi elle parle !!!!!

Quand vous écrivez à propos de monsieur Legault :
« Il avait l’air du politicien qui auditionne pour le poste de chef de l’opposition, pas celui de premier ministre. »

Précisément cela relève de l’audition, mais après quoi est-il seulement taillé pour le rôle ? Celui qui peut trouver un attrait à occuper ce poste, c’est celui qui est dans l’optique de se servir de ce poste pour tremplin à fin de devenir ensuite le Premier ministre. Hors, si le prochain gouvernement est majoritaire et si on applique la loi sur les élections à dates fixes ; eh bien la prochaine élection ne devrait pas prendre place maintenant avant 2018.

Je ne suis pas sûr qu’on puisse entrevoir François Legault comme le futur Premier ministre du Québec en 2018. C’est précisément la problématique et selon moi la seule question de l’isoloir.

Qui pourrait succéder à Couillard ou bien à Marois, un jour ?

Qui peut réellement occuper le poste de Premier ministre jusqu’en 2018 ? Attendu qu’aucun des chefs actuels ne fera de chef de l’opposition pour au moins 4 ans. Quand on lorgne déjà dans l’ombre celui, pour ne pas dire le seul qui pourrait éventuellement donner une seconde vie au PQ.

Drainville peut-être ou alors Lisée ? Je ne gagerai pas !

Un petit mot encore sur le bilinguisme. Être bilingue au Québec, cela ne signifie pas connaitre un minimum de 20 000 mots ou plus dans chacune des deux langues officielles. Cela consiste à être capable d’articuler environ 500 mots tant en français qu’en anglais pour un grand total de 1000 mots.

Alors sur la base de tels cotas c’est relativement simple d’être parfaitement bilingue. — Don’t you think ? Yes, I’m supposed to be number one on everybody !

« Être bilingue au Québec… » allez-y continuer à cracher sur le Québec et les québécois Serge Drouginsky.

Pas de multiculturalisme, ni de bilinguisme obligatoire mur à mur !
Vive l’indépendance du Québec !
Vive une meilleure protection de la langue française.
Ce n’est pas aux employés Québécois de parler l’anglais pour se faire comprendre de la direction d’une compagnie, fut-ce-t-ils les investisseurs ni aux autres employés, mais en tout temps c’est le contraire !

» La tragédie de la mort est en ceci qu’elle transforme la vie en destin. » – André Malraux

Vous dites : » Vive l’indépendance du Québec ! »

What do you mean by that ? (traduction libre : Qu’entendez-vous par çà ?)

Je ne crache pas sur le Québec, c’est vous qui crachez sur moi.

Vous ne savez que diminuer, minimiser tout ce qui est, tout comme vous le faites encore ici lorsque vous précisez ainsi: «Être bilingue au Québec, cela ne signifie pas connaitre un minimum de 20 000 mots ou plus dans chacune des deux langues officielles. Cela consiste à être capable d’articuler environ 500 mots tant en français qu’en anglais pour un grand total de 1000 mots.».
C’est écoeurant de vous lire Monsieur.