Déclencher des élections ou pas, telle est la question

Pour les partis politiques, cette situation est pénible, car il faut demeurer sur le qui-vive en permanence.

Photo: Rogerio Barbosa/AFP/GettyImages
Photo: Rogerio Barbosa/AFP/GettyImages

Comme stratège politique, la question du déclenchement ou non d’élections générales est une des plus difficiles qui soit.

Dans un contexte de gouvernement majoritaire, la partie est plus simple, aussi bien pour l’opposition que pour le gouvernement. Ce sera encore plus simple quand les élections québécoises se feront à date fixe, ce qui empêchera un gouvernement majoritaire de manipuler le calendrier électoral à son avantage.

Dans un contexte minoritaire, le concept d’élections à date fixe ne tient plus, car aussi bien le gouvernement que l’opposition peuvent nous précipiter aux urnes. Chaque semaine, le gouvernement peut en effet être renversé par une motion de non-confiance, ce qui provoque automatiquement des élections.

Pour les partis politiques, cette situation est pénible, car il faut demeurer sur le qui-vive en permanence. Et quand l’odeur d’élections se fait plus insistante, il faut décider si on appuie sur l’accélérateur, un peu, beaucoup ou à fond. D’un côté, on ne veut pas se faire surprendre en état d’impréparation et de l’autre, on ne veut pas dépenser des milliers de dollars en pure perte, en cas de faux-départ.

Cette situation de pré-campagne permanente joue sur les nerfs de tous, car en plus d’accomplir le travail politique quotidien au Parlement et sur le terrain, il faut constamment mettre à jour le plan de campagne, la plateforme et l’organisation.

Le recrutement de candidats représente une tâche bien plus ardue, à cause de l’incertitude temporelle. Ce n’est pas une petite affaire pour une personne que de décider d’être candidat pour un parti politique. D’abord, il faut souvent renoncer à une bonne situation professionnelle. Il faut avoir l’appui de ses proches. Il faut être prêt à subir l’inquisition des médias et les critiques des adversaires politiques. Tout ça sans aucune certitude, ni d’être élu, ni de faire partie d’un éventuel gouvernement. Quand en plus on ne sait même pas quand les élections auront lieu…

Le personnel politique (le staff) est également sur les nerfs. Moi, par exemple, j’ai trois enfants et ma femme a une carrière professionnelle exigeante. Or, une campagne électorale, y compris sa préparation, ça implique des journées de travail de 12 à 16 heures pendant plusieurs semaines. Ça signifie une absence prolongée de la maison, parfois pour une durée de deux mois. Vous imaginez bien ce que ça représente pour la famille. Or, de 2000 à 2012, j’ai participé à pas moins de sept campagnes électorales! Disons qu’après chaque campagne, j’ai eu beaucoup à faire pour engranger des points famille…

Cette fois-ci, je suis assis chez moi, en observateur, mais j’imagine que les employés de tous les partis travaillent de longues heures en ce moment pour se préparer. Il n’y a en effet aucune illusion à y avoir. Passé la première année d’un gouvernement minoritaire, chacun souhaite être en position de choisir lui-même le moment des prochaines élections.

Avec les sondages favorables du printemps, les libéraux de Philippe Couillard ont sans doute planifié un possible renversement du gouvernement pour l’automne. Depuis, le leadership vacillant de Philippe Couillard et les descentes de l’UPAC au Parti libéral ont fortement ralenti leurs ardeurs. Les libéraux redoutent maintenant que le gouvernement déclenche lui-même des élections automnales. Ils sont de leur propre aveu en mode préélectoral, juste au cas.

Les caquistes, de leur côté, doivent redouter encore plus un tel scénario. Les sondages sont mauvais et la sortie intempestive de Jacques Duchesneau en loose canon a affecté encore un peu plus la crédibilité d’un parti qui n’en n’avait pas de trop. Dominique Anglade, l’étoile intellectuelle de la CAQ, a quitté le navire il y a quelques semaines. Jacques Duchesneau refuse de confirmer qu’il sera candidat. Couplés avec les mauvais sondages, ce départ et cette hésitation envoient un très mauvais signal aux éventuels candidats, qui seront pour le moins hésitants.

Pour ce qui est du gouvernement Marois, si j’étais encore un de ses stratèges, j’aurais déjà commencé à ouvrir une fenêtre électorale, de sorte que la première ministre puisse décider ou non de déclencher des élections en novembre (après les élections municipales).

Ensuite, j’insisterais pour que la décision d’y aller ou non soit prise le plus tard possible. Décider maintenant, ce serait de l’aventurisme.

Et puis à la fin octobre, il faudrait prendre la décision d’y aller ou non. Ce sera la décision du gouvernement et en dernier ressort, de la première ministre elle-même.

Rendu à ce moment-là, si le contexte était le même qu’aujourd’hui, est-ce que je lui conseillerais d’y aller?

Avec les adversaires dans les câbles, un programme économique solide, le projet de charte qui demeure très populaire, une équipe ministérielle aguerrie et une première ministre qui a trouvé ses marques, oui, je lui conseillerais d’y aller.

Mais ne vous y fiez pas. Même quand j’étais conseiller, on ne m’écoutait pas toujours…

Laisser un commentaire

Super Bon Billet Stéphane.
Toutefois…si j’étais conseiller de Madame Marois, je ne me contenterais pas de ces infos positives mais trop minces pour prendre une décision éclairée..
Je demanderais plusieurs autres infos::
1-Au sondeur du PQ l’heure juste et une évaluation des tendances lourdes depuis 6 mois dans les sondages
2- Une évaluation du comportement de l’UPAC-La CEIC vis à vis le PLQ. Peut on s’attendre que la position du PLQ soit pire au printemps qu’en ce moment?
3- Est ce que j’attendrais l’adoption ou non de la Charte des Valeurs Québécoises?
4- Est ce que l’état de l’économie du Qc et des USA risquent d’etre meilleur ou pire au printemps?
5- Est ce que la mauvaise position actuelle de la CAQ va amener plus vite que prévu son implosion?

Voilà ce que j’aurais comme questionnement supplémentaires

« Avec les adversaires dans les câbles, un programme économique solide, le projet de charte qui demeure très populaire, une équipe ministérielle aguerrie et une première ministre qui a trouvé ses marques, oui, je lui conseillerais d’y aller. » (sic)

Ne vous demandez pas pourquoi vous n’êtes plus conseiller…

Le Parti québécois représente actuellement exactement le contraire de ce que vous décrivez ici: il est bassement opportuniste et se contredit à chaque jour tout en trahissant honteusement ses engagements, il est remarquablement médiocre en finance et en économie, sa charte est taillée en pièces par plusieurs personnages intellectuels qu’il voulait justement séduire et la première ministre est la plus incompétente et la plus nulle de l’histoire moderne du Québec.

Et on n’a pas encore effleuré les liens incestueux entre ce parti et la mafia syndicale qui passe au actuellement grill de la commission Charbonneau. N’oubliez pas que le Parti québécois alignait 25 candidats venant tout droit des grosses centrales syndicales lors des dernières élections provinciales et qu’il est infiltré et gangrené par cette perversion depuis des lustres.

Par contre, en tant qu’adversaire du P.Q., je recommande d’y aller…en élections.

François, c’est une question de perception. Je suis d’accord avec vous sur le très mauvais bilan de ce gouvernement, par contre je pense que ce point de vue n’est pas encore assez largement répandu dans la population pour assurer une défaite électorale.

Les problème économiques, puis budgétaires ne font que commencer et ça serait une erreur pour le PQ d’attendre que tout ça devienne évident et ça risque fortement d’être le cas dans 6 mois.

De plus la charte est populaire chez les francophones et en région, en somme la clientèle dont a besoin le PQ pour se faire élire majoritaire. Ajouter à ça la faiblesse des deux autres partis, surtout la CAQ chez cette même clientèle et vous avec là de belles « conditions gagnantes » avec un « split » en trois en faveur du PQ

Bref rien de sûr, mais la possibilité d’un PQ majoritaire est bien réelle. (J’admets par contre que la possibilité qu’ils se fassent lessiver par le PLQ est aussi vraie. Je dis simplement que jamais ils n’auront d’occasion plus belle que maintenant)

Et je pense aussi qu’une telle éventualité (PQ majoritaire) serait rien de moins que catastrophique pour le Québec.

Mais peut-être qu’après tout est-ce dont nous avons besoin, il faut parfois toucher le fond pour rebondir!

Vos points sont excellents mais je crois que le Parti québécois ne pourra pas cacher bien longtemps ses innombrables déficiences, SURTOUT en campagne électorale où celles-ci seront clairement « mises en valeur » pas ses adversaires.

Mme. Marois devra commenter « live » à tous les jours sans son filet de sécurité habituel qui tente par tous les moyens de la faire passer pour une personne décidée et intelligente et cette seule probabilité doit déjà faire s’épouvanter les péquistes.

Imaginez-la maintenant une seconde dans 2 ou 3 débats des chefs devant un Monsieur Couillard au meilleur de sa forme…

Mais, tout est possible et l’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire serait effectivement le Waterloo québécois qu’attendent tous les économistes sérieux et intègres.

Je crois aussi qu’ils (le PQ) devraient y aller. La raison est qu’il est difficile de croire que la situation sera meilleure pour eux au printemps. Vrai que la charte (de la division) est un atout électoral et vrai que l’opposition en arrache. Beaucoup moins vrai sur le « solide programme économique »

Mais surtout l’économie montre des signes inquiétants, le Québec perd des emplois à tour de bras et les entrées fiscales moindres que prévu compromettent les objectifs budgétaires. Tout cela n’est pas encore très apparent pour la population mais cela est appelé à changer…