Dégel américano-cubain : une part canadienne

On ne peut que féliciter le gouvernement canadien d’avoir contribué aux premiers pas vers la réconciliation entre Cuba et les États-Unis, après un froid de plus de 50 ans, dit Manon Cornellier.

Raul Castro, Barack Obama
Photo : AP/La Presse Canadienne

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper ne nous avait pas habitués à cela. Depuis qu’il est au pouvoir, le premier ministre s’est démarqué sur la scène internationale par un parler franc et sans compromis, et un désintérêt apparent pour la diplomatie et ses tractations de coulisses.
Politique

Voilà qu’on apprend que depuis un an et demi, le Canada a hébergé les pourparlers entre émissaires américains et cubains afin d’avoir raison de l’impasse qui se perpétue depuis plus de 50 ans entre Washington et La Havane.

Nos diplomates n’ont pas pris part aux pourparlers, le rôle du Canada s’étant limité à en faciliter la tenue, explique-t-on sous le couvert de l’anonymat à Ottawa. Au moins sept réunions au total auraient ainsi eu lieu à Ottawa et Toronto.

La première se serait tenue en juin 2013 au Canada, ont précisé les responsables américains. La dernière, au Vatican, cet automne.

Puis, le président américain, Barack Obama, et son homologue cubain, Raúl Castro, ont scellé les discussions avec un entretien téléphonique d’environ une heure, mardi.

On ne peut que féliciter le gouvernement canadien d’avoir ainsi contribué aux premiers pas vers la normalisation de cette relation anachronique, vestige d’une époque révolue.

Que ce relent de la guerre froide ait persisté si longtemps est attribuable à la force du lobby anticastriste et aux calculs électoraux des politiciens américains.

La dynamique a toutefois évolué au fil des ans. La puissante communauté cubaine de Floride n’est plus aussi homogène et unanimement opposée à la normalisation des relations entre les deux pays.

La logique militait aussi en faveur de cette évolution, surtout depuis la chute du rideau de fer et l’adhésion de Cuba à l’Organisation mondiale du commerce, en 1995. Plus rien ne justifiait le maintien du sévère embargo économique en place depuis 1962 et condamné par nombre d’organisations de défense des droits de la personne.

L’embargo sera grandement assoupli, mais ne sera pas entièrement levé dans la foulée de l’entente annoncée mercredi, le dernier mot revenant au Congrès.

Le Canada était un partenaire idéal pour recevoir les négociateurs, qui ne se sont jamais rencontrés en sol américain ou cubain. Bien plus proche allié des États-Unis, Ottawa a toujours maintenu ses relations diplomatiques et commerciales avec La Havane. M. Harper n’y a rien changé, ce qui est à son honneur.

L’annonce d’hier n’est que le début d’un long processus, mais les premières étapes, clairement définies, donnent espoir. Reculer serait maintenant difficile.

Quant au Canada, on aimerait le voir plus souvent jouer ce genre de rôle.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de se joindre à La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Hey les gauchistes…pourquoi diable Cuba, paradis du socialisme, voudrait-il se rapprocher des gros méchants capitalistes américains, leurs ennemis jurés?

Allez… Nous attendons vos explications avec curiosité.

Pas fort l’ami en relations internationales! Ce sont les ÉU capitalistes qui ont établi une politique d’isolement de Cuba depuis 50 ans, pas les Cubains, et cette politique de l’aveu même du président Obama a été un échec retentissant. Imaginez que ce pays minuscule a survécu pendant un demi siècle malgré l’isolement et l’agressivité du voisin américain! Même que depuis presque 25 ans, Cuba ne jouit même plus de l’appui inconditionnel de l’Union soviétique qui s’est alors désintégré.

Qui plus est, la deuxième plus grande puissance économique sur la planète (en passe de dépasser les ÉU) est une dictature dirigée par des communisses! De plus en plus de pays d’Amérique latine penchent démocratiquement vers le socialisme et les ÉU ont été capables de vivre avec ça puisque c’est comme ça les relations internationales. Les systèmes économiques varient souvent d’un pays à l’autre, dépendant de ce qui semble fonctionner mieux pour les populations visées. De plus, les différentes cultures ont des concepts bien variées de la démocratie et les ÉU se sont très bien accommodés même des dictatures les plus féroces comme les Duvalier à Haïti, Pinochet au Chile, les généraux en Argentine et j’en passe plusieurs.

Quant aux mérites respectifs du socialisme ou du capitalisme ou un mélange des deux, ça varie aussi énormément. La Russie, héritière de l’ex Union soviétique communiste, a opté pour le capitalisme mais son économie semble avoir autant sinon plus de ratés que celle sous les communistes…

On devrait donc se réjouir du dégel des relations entre Cuba et les ÉU, un pas de plus vers la paix et la dignité sur la planète.

En effet, réjouissons-nous. Enfin, une bonne nouvelle ! Toute ma sympathie va pour le peuple cubain qui en bave depuis cinquante ans et plus. Fidel, lui, n’a pas trop souffert pendant cette période. Lui et ses acolytes vivent dans le plus grand luxe. C’est ça le communisme. Le peuple crève et les dirigeants s’en mettent plein les poches. Au moins ici, les dirigeants, qui s’en mettent aussi plein les poches, nous laissent des miettes : comme posséder deux voitures, avoir un chalet et aller au Mexique ou Cuba une fois par année. C’est quand même mieux que faire la file dans une tienda cubaine.

Votre réponse sonne comme le texte d’un épisode des Bobos, l’arrogance en plus… De fait, vous avez en effet l’air d’un expert en relations internationales. À vous entendre, Cuba apparaîtrait presque comme un petit paradis démocratique et j’imagine que vous auriez donné le prix Nobel de la paix à Guevara.Quant à considérer que la Chine (première puissance de la planète, vous retardez) est encore un pays communiste sur le plan économique et que l’économie de l’URSS ne se portait pas trop mal, mieux vaut ne pas relever de telles inepties.

Je vous félicite Mme Cornellier d’avoir souligné cet événement, de part vos convictions cela n’a pas dû être facile et cela vous honore.