Démocratie mal en point: créer le vide

On peut blâmer le gouvernement conservateur pour son manque de transparence, mais pas pour manquer de suite dans les idées. Stephen Harper n’a jamais caché sa préférence pour un État moins interventionniste, de taille réduite et qui, au fédéral, se concentre sur ses sphères de compétence.

(En même temps, on ne peut manquer de noter que les dépenses publiques n’ont cessé de croître sous sa gouverne. En pourcentage du produit intérieur brut, les libéraux ont presque toujours dépensé moins et quelques fois autant que les conservateurs après avoir éliminé le déficit. Une exception: l’année où, sous Paul Martin, ils ont fait des versements uniques importants pour la santé et les accords atlantiques. Mais je m’éloigne de mon propos.)

Pour arriver à modeler l’État en accord avec ses idées, M. Harper ne s’est pas lancé dans de grands énoncés de vision. Il a, entre autres, utilisé un des outils les plus efficaces qui soit pour un gouvernement: la politique budgétaire et fiscale. Depuis 2006, le gouvernement fédéral a renoncé à des milliards en revenus, même après la réapparition du déficit. Au lieu de ralentir le rythme pour éviter de sabrer trop sévèrement dans les dépenses, le gouvernement a continué sur sa lancée. Ainsi, le 1er janvier, les entreprises ont eu droit à la baisse d’impôt prévue (une perte de revenus d’environ 4 miliards $ par année, sinon plus) alors que l’appareil fédéral doit, de son côté, mettre la touche finale à un plan musclé de réduction des dépenses de programmes dont le but est de générer des économies annuelles récurrentes de…  4 à 8 milliards $.

J’explique cet état de fait plus en détails dans ma chronique parue dans le Devoir d’aujourd’hui, mais pour résumer, disons que réduire les impôts fait toujours plaisir aux contribuables et que faire le ménage dans les programmes de l’État n’est pas une mauvaise chose. Mais quand la couperet tombe parce que les ressources commencent à manquer pour effacer le déficit et qu’elles manquent à cause des choix du gouvernement, il faut conclure qu’il y a là une démarche délibérée.

En limitant les moyens de l’État, on finit par rendre nécessaire la réduction de ses activités. Et on lie les mains de ceux qui voudraient succéder au gouvernement actuel. À moins qu’ils acceptent de hausser les taxes, un tabou difficile et coûteux à briser en politique, ou encore d’afficher un déficit. Ou de réduire… leurs ambitions.

Cette façon de faire n’est pas un sombre complot. Elle est même éprouvée. Le conservateur Mike Harris, sous lequel l’actuel ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a servi, a procédé de la même manière. Il a réduit les taxes plus vite que les dépenses et quand son successeur, Ernie Eves, a perdu le pouvoir, la province affichait un déficit plus important qu’annoncé. Incapable de mettre son programme en oeuvre, le libéral Dalton McGuinty a alors rompu sa promesse de ne pas hausser les taxes et a imposé un impôt santé que plusieurs lui reprochent encore aujourd’hui.

Prochain billet: la campagne permanente

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« En limitant les moyens de l’État, on finit par rendre nécessaire la réduction de ses activités. »

et c’est exactement ce qu’il faut faire. l’État est trop gros et dépense trop. qu’on fasse donc confiance aux gens

Je trouve scandaleux que le gouvernement coupe les dépenses afin d’accorder une baisse d’impôt de 1% aux entreprises. Afin de boucler le budget, les ministères fédéraux devront boucler le budget avec 10% de moins. Essayez de boucler votre budget familial avec 10% en moins et je vous garantis que votre qualité de vie va en être grandement affectée!

La théorie veut que si les entreprises font plus de profits, elles vont investir et moderniser mais, dans les faits, elles servent leurs actionnaires et la rémunération de leur dirigeant en premier et, s’il reste encore quelque chose, alors elles investissent..

Ce qui donne que l’écart entre les riches et les pauvres s’accentuent depuis le 30 dernières années.

Pendant que les entreprises vont bénéficier de ce 1% de réduction, notre gouvernement provincial augemente la TVQ de 1% pour financer les services publics. C’est de bonne guerre de chialer contre les hausses de taxes mais quand je prendrai le métro dans des wagons neufs, que l’échangeur Turcot aura été refait et que les CHU ouvriront (à temps pour ma retraite dans 20 ans…) je serai bien fier que collectivement nous nous soyons payés ces biens essentiels.

Vous décrivez la méthode John Snobelen (creating-a-useful-crisis). Snobelen fut mon député et ministre de l’éducation du cabinet de Mike Harris.

On l’avait capté sur film expliquant que Le Parti Conservateur se devait de mener le système d’éducation ontarien vers la banqueroute afin de créer de toute pièce une crise qui serait utile pour pouvoir entreprendre la réforme du système d’éducation souhaitée par son parti. (creating a useful crisis)

Lorsqu’Ernie Eves succéda à Harris, John Snobelen perdit son poste de ministre, mais décida d’aller vivre en Oklahoma tout en continuant de retirer son plein salaire de député, ce qui fit scandale. Il revint, mais démissiona peu après son retour. Aux dernières nouvelles, Monsieur Snobelen fut arrêté à Milton pour possession illégale d’armes à feu; le juge lui fit la morale, le traitant d’irresponsable, mais sans plus.

Mais je suis heureuse de rapporter que lors de la dernière élection provinciale Bob Delaney, un libéral, a remporté une des plus imposantes victoire dans ma circonscription, avec plus de 50% des votes exprimés. On oublira pas de sitôt les Conservateurs de l’époque Harris dans mon coin. Si on pouvait seulement se débarasser de Bob Dechert !

« C’est de bonne guerre de chialer contre les hausses de taxes mais quand je prendrai le métro dans des wagons neufs, que l’échangeur Turcot aura été refait et que les CHU ouvriront (à temps pour ma retraite dans 20 ans…) je serai bien fier que collectivement nous nous soyons payés ces biens essentiels. »

tout ça peut être fait par le privé, et (fort probablement) à meilleur cout. Sans comtper qu’en privatisant, ça nous laisse plus d’argent dans nos poches

S’il se trouve encore des gens pour croire en la responsabilité de ce gouvernement, je ferai remarquer que les premières coupes d’après élection se sont faites en vérification des comptes. On confie de plus cette dernière en sous-traitance, ce qui coûte cher et implique des conflits d’intérêt.

Comme tout juste avant le scandale des commandites.

Quant aux ploutocrates (1%), ils ont plusieurs raisons de fêter la nouvelle année:
– un cadeau fiscal (dont profitent plus les PDGs que les petits actionnaires), dont une partie pourra être dépensée en lobbyisme et contributions électorales,
– il ne semble avoir aucune limite à l’augmentation de leurs rétributions (les risques sont assumés par les autres, dont nos fonds de pension)
– et il y a de moins en moins de surveillance et de réglementation (coupures idéologiques oblige).

Comme on semble n’avoir presque rien appris de la dernière crise financière, on se prépare malheureusement à une pire encore,où nous serons tous dépossédés. Pendant que ceux qui auront allumé l’incendie seront à l’abri et plus riches encore.

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