Denis Coderre : un chevalier sans peur

Si Denis Coderre devient maire de Montréal l’automne prochain, personne n’aura à s’inquiéter de ce que le copinage et la collusion refassent leur nid à l’Hôtel de Ville sans qu’il en ait connaissance.

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Photo: Sean Kilpatrick / Presse canadienne

Si Denis Coderre devient maire de Montréal l’automne prochain, personne n’aura à s’inquiéter de ce que le copinage et la collusion refassent leur nid à l’Hôtel de Ville sans qu’il en ait connaissance.

À la Chambre des communes, qu’il quitte après 16 années de service, aucun député n’est aussi familier avec les coulisses de la politique montréalaise. Il les a fréquentées à titre de militant, d’organisateur, de député et de ministre libéral.

La première fois que j’ai croisé Denis Coderre, à l’été 1990, il était le candidat de Jean Chrétien contre Gilles Duceppe dans Laurier-Sainte-Marie. À 27 ans, il en était déjà à sa deuxième tentative pour se faire élire au Parlement, et il filait tout droit vers l’abattoir. Le Bloc québécois a remporté sa toute première circonscription à ses dépens. En rétrospective, cela fait de Denis Coderre le premier fédéraliste à avoir payé les pots cassés de l’échec de Meech.

Candidat battu dans Bourassa trois ans plus tard, il rate de nouveau le coche. Le règne de Jean Chrétien commence sans lui. Ce rendez-vous manqué permet notamment à Martin Cauchon, qui allait devenir son grand rival au sein de l’état-major québécois du gouvernement libéral, de prendre une longueur d’avance.

Élu dans Outremont, c’est lui qui s’installe dans le rôle de futur jeune premier québécois du PLC — rôle dans lequel il vieillira jusqu’à son humiliante défaite au leadership fédéral le mois dernier.

Finalement élu en 1997, Denis Coderre devra attendre encore cinq ans pour obtenir un ministère de premier plan. Quand Jean Chrétien le fait monter en grade, du Sport amateur à l’Immigration, en 2002, le règne du premier ministre tire à sa fin. Coderre, qui est identifié au clan de Paul Martin, est convaincu que cette promotion est un cadeau empoisonné.

En politique fédérale, un premier ministre se sert plus souvent du ministère de l’Immigration pour faire subir le supplice de la planche à un personnage encombrant que pour lui fournir un tremplin vers un brillant avenir. L’allergie à la langue de bois et l’amour des caméras, qui ont bien servi Denis Coderre au Sport amateur, sont autant d’attributs dangereux à l’Immigration.

Même s’il sort intact de cette expérience, sa trajectoire ministérielle se termine abruptement peu de temps après le départ de Jean Chrétien. En plein scandale des commandites, au lendemain des élections de 2004, Paul Martin s’inquiète des fréquentations de son député organisateur et l’écarte du Cabinet. Au bout du compte, la commission Gomery n’a rien retenu contre Denis Coderre, mais lorsque la poussière a fini par retomber, le PLC n’était plus au pouvoir.

C’est en 2009, le jour où il rend son tablier de lieutenant québécois en affirmant que son chef, Michael Ignatieff, est télécommandé par des conseillers torontois insensibles aux réalités québécoises, que Denis Coderre commence à écrire l’épilogue de sa carrière fédérale. Dans un parti qui compte davantage d’éminences grises à l’ombre de la tour CN que dans tout le reste du Canada, ce sont des paroles qui ne pardonnent pas.

Denis Coderre se présente à la mairie de Montréal alors qu’il n’y a plus vraiment de place au soleil pour lui à Ottawa, ou, tout au moins, aucune place plus ensoleillée que celle qu’il a déjà occupée comme ministre il y a 10 ans. Mais il se présente aussi parce qu’il a encore l’énergie de ses ambitions.

Il ne courra jamais les salons d’Outremont. Sa rivalité avec Martin Cauchon lui vaut de n’avoir jamais fait partie des protégés politiques du clan Desmarais et de Power Corporation. C’est une distinction que le député de Bourassa partage avec le nouveau chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, et elle ne l’aide pas dans les milieux d’affaires.

Surtout, il n’a ni le profil ni la virginité politique qu’ont en tête ceux qui rêvent encore d’un mythique chevalier blanc pour sortir Montréal des ornières de la corruption. Cela dit, Denis Coderre a accumulé suffisamment de plaies et de bosses pour que, à défaut de pouvoir prétendre qu’il est sans reproche, ceux qui le suivent depuis longtemps puissent dire qu’il est un chevalier sans peur.

 

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5 commentaires
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J’ai confiance en M. Denis Coderre. Il fera un bon maire de Montréal. Il a toute ma confiance.

Le chevalier réputé sans peur et sans reproche était Pierre Terrail de Bayart dit le chevalier Bayard, sa devise était : « Accipit ut det » ce qui veut dire : « Prends pour donner », on n’est pas loin d’ailleurs de la devise de Robin des Bois….

En somme la question que je me pose lorsque replacée sur la scène montréalaise est la suivante : « Si le « chevalier » sans peur Denis Coderre prends la mairie de Montréal, que va-t-il donner en échange ? » Par exemple Denis Coderre trouve que cela n’a aucun bon sens qu’il faut chaque année réparer les nids de poules et qu’il faudrait mandater notamment Polytechnique pour mettre au point un procédé qui permette de réparer ces nids à long terme. Voilà qui est excellent !

Si déjà Denis Coderre assurait aux Montréalais qu’en votant pour lui, il allait leur donner une ville sans nids de poules, il faudrait voter pour lui. Mais objectivement qu’en sera-t-il dans 5 ans ? L’état des rues est directement lié à l’état des infrastructures. Elles tombent en décrépitude par endroits et lors de leur édification, on n’a pas employé les meilleures techniques de confection. Une voie, ce n’est pas seulement une couche d’asphalte, c’est aussi tout ce qui est en dessous, invisible aux profanes.

Hors, il y a au moins un point commun entre la politique et le savoir-faire en matière de pavage, ce sont : les dessous auxquels le citoyen ordinaire n’a nullement accès. Si on veut des changements positifs et durables pour Montréal, ce sont directement aux dessous qu’il va falloir se cogner. Pour avoir des dessous impeccables, il y a toujours un prix à payer. Est-ce gros prix-là que veulent payer les montréalais ?

C’est bien beau de prendre (le pouvoir)…. En échange qu’a-t-on à nous donner ? Qu’est-ce que les citoyens pourront recevoir (de plus) une fois l’élection complétée ?

Coderre à Montréal. Couillard à Québec et Trudeau à Ottawa?

Moi, ça me va.

La constitution sera signée en un tour de main et ça sera la fin pour les séparatistes.

Mais enfin, on a pas besoin d’un chevalier sans peur. C’est l’ancienne façon de choisir nos dirigeants et on voit ce que cela a donné! On a besoin de quelqu’un qui a la connaissance des villes, de leur fonctionnement et surtout de ce que les citoyens ont besoin pour y vivre en toute mobilité et sécurité. Ce quelqu’un doit avoir aussi le leadership pour convaincre le reste de la province que Montréal doit s’élever au rang des grandes métropoles du monde!
On veut de l’action et que les projets deviennent réalité. Voilà ce que Richard Bergeron propose avec Projet Montréal.