Denis Lebel, les conservateurs et l’art de faire semblant d’écouter

Si tu veux écouter les citoyens, tu envoies un micro, pas une cassette comme Denis Lebel.

PolitiqueÀ 18 mois de la prochaine élection fédérale, voilà que le Parti conservateur se rappelle soudainement que le Québec existe.

Comment conquérir cette province qui le boude ? Dans une grande salle de réunion, les têtes pensantes du parti ont longuement réfléchi, cherchant L’IDÉE qui les rapprocherait du peuple québécois.

Finalement, comme ils n’ont rien trouvé, ils ont mis Denis Lebel dans une camionnette avec sa face dessus, lui ont payé un plein d’essence et l’ont envoyé faire le tour du Québec.

La grande «Tournée de la rentrée» est même accompagnée d’un site web où vous pourrez lire plusieurs textes qui sont en fait toujours le même, mais dans un ordre différent chaque fois. Petit résumé rapide : Justin Trudeau veut droguer vos enfants au cannabis, le NPD veut vous mettre au chômage et le Bloc Québécois est à deux doigts d’être le FLQ.

C'est un agent d'immeuble ? C'est un concessionnaire automobile ? Non ! C'est un ministre conservateur en tournée !
C’est un agent d’immeuble ? C’est un concessionnaire automobile ? Non ! C’est un ministre conservateur en tournée !

Avec cette tournée, le parti de Stephen Harper aurait-il enfin décidé d’écouter ce que les Québécois ont à dire ? Faudrait pas exagérer non plus. Si tu veux écouter les citoyens, tu envoies un micro, pas une cassette comme Denis Lebel. (À ce sujet, voyez mon idée pour réinventer la cassette de Denis Lebel.)

Le ministre explique : «Il est important pour le Parti conservateur d’aller à la rencontre des militants et des Québécois afin de bien les écouter. Évidemment, nous voulons aussi que notre message soit entendu.»

Bref, on veut bien venir faire semblant d’écouter, mais ce n’est pas le Parti conservateur qui ne comprend pas le Québec : c’est le Québec qui ne réalise pas encore qu’il aime le Parti conservateur.

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Samedi, j’ai eu l’honneur et la surprise d’être invité au Moulin à paroles, qui clôturait l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde. Il y avait là des élus, des artistes, des gens impliqués dans leur milieu, des personnalités publiques et moi. Nous devions livrer une courte réflexion sur l’engagement citoyen.

Alors que Denis Lebel fait le tour du Québec pour «écouter» la parole des citoyens, cette réflexion sur la portée de huit années d’un gouvernement refermé sur lui-même pourrait être appropriée.

Voici donc le petit texte que j’ai présenté :

Ça va être plate à dire, dans un événement qui célèbre la participation citoyenne, mais le citoyen n’a pas toujours raison. Après tout, c’est pour lui qu’on ramène L’auberge du chien noir à l’écran depuis plus de dix ans.

C’est aussi facile, parfois, de se laisser impressionner par le nombre de personnes qui pensent comme nous. Or, s’il y a une chose que les «Manifs pour tous» en France nous ont apprise, c’est qu’on ne peut pas mesurer la valeur de l’idée défendue à la taille de la foule venue la défendre.

Alors des fois, le citoyen s’engage et il est dans le champ. Ça arrive. Parallèlement, les gens au pouvoir ont aussi tort, parfois. Souvent, diront certains.

Un gouvernement conçoit une charte qui est ben de valeur. Un premier ministre nous dit : «Baaaah. Pas besoin d’une étude du BAPE pour une couple de vieux tuyaux avec du gaz dedans !» Et quand un député trouve ça trop compliqué, les faits, il arrive qu’il s’en invente d’autres.

Un jour, des citoyens sont allés mettre leur X à côté du nom d’un parti. Depuis, le gouvernement majoritaire considère qu’il a raison pour toute la durée de son mandat. T’es pas d’accord ? Tant pis, j’ai eu un mandat fort. Si tu veux qu’on t’écoute, fais-toi élire. Idéalement, pas dans l’opposition.

Si c’est vrai que le droit de voter, c’est le droit de chiâler, les gouvernements majoritaires se sont rapidement inventé le droit de ne pas t’écouter quand tu chiâles.

Le sport préféré de ce genre de gouvernement est de créer de l’apathie. Et là-dedans, le gouvernement conservateur est médaillé d’or. Après huit ans d’un gouvernement qui fonctionne en vase clos, n’écoute que lui-même et ne fait jamais de compromis, même le plus enragé des militants finit par se dire «Ben coudon’. À quoi bon ?»

À quoi bon s’impliquer pour sauver Radio-Canada, à quoi bon écrire aux députés conservateurs, à quoi bon même s’impliquer dans les autres partis ? Avec Harper, on dirait que la seule chose à faire, c’est d’attendre la prochaine élection en espérant qu’il y aura encore quelque chose à sauver, rendu là.

C’est inquiétant, qu’on puisse éroder comme ça l’envie de s’impliquer, juste en étant une tête de cochon assez longtemps. Très inquiétant.

Le rôle d’un gouvernement n’est pas de plier à toutes les demandes de ce que Jean Charest appelait avec affection «La rue». Mais la vie démocratique doit être une danse qui se danse à deux, pas un solo.

L’engagement citoyen n’a pas de sens si le pouvoir transforme toutes les avenues où l’on peut s’engager en cul-de-sac.

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À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web et chroniqueur musique à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. Il collabore au webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

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Le Canada est en déficit démocratique avec un système politique et électoral anachronique, fait pour des situations qui n’existent plus aujourd’hui et cela permet à un parti politique de détourner la vie politique d’un pays avec moins de 40% des votes des électeurs qui se déplacent pour voter. Pas besoin d’écouter quand tu peux diriger le pays exactement comme le ferait un petit dictateur avec la seule barrière contre les excès c’est le pouvoir judiciaire avec des juges nommés par le Premier ministre…

D’autre part, comme vous le dites, la majorité n’a pas toujours raison – au Canada la majorité anglophone du pays aurait facilement relégué le Québec à une espèce de réserve, et les autochtones n’auraient pas les droits qu’ils ont, du moins sur papier. Ceci dit, un gouvernement démocratique devrait refléter l’électorat et les coalitions devraient être la règle plutôt que l’exception et un gouvernement ne devrait pouvoir gouverner que s’il avait l’appui d’au moins 50% de l’électorat – ce serait un bon début.

Si vous suivez l’actualité vous allez voir qu’il y a de nombreux pays où le gouvernement avec 99.9% des voix au ballotage. Mais ce sont des dictateurs qui mène le pays avec une armée.

Denis Lebel?
Pas de temps à perdre.
Y est même pas beau!
Même son futur pont payant aura j’en suis certain plus de charisme que lui.

Voila une autre bonne raison pour sortir de ce drabe pays !

Il aurait eu avantage de participer au défilé gai dimanche à Montréal.
Je l’y imagine en couche et jarretelles noires, un béret bleu sur la tête, une cravate avec le visage de son premier ministre!
Il aurait ajouté 25 votes minimums.
Si je comprends bien ses explications à l’absence de son parti, c’est à cause des Québécois. Enfin, ceux qui ont choisis de ne pas élire un député conservateur. Et donc, en restant absent là où le parti est absent, ils auront des chances…d’y rester absent encore aux prochaine élections! Ça me convient. Même un Trudeau à la place de n’importe quel Lebel ou Harper de ce monde!

En fin de compte je constate que j’avais pas mal de temps à perdre.
Mais ce fut amusant de le faire!
Un Lebel vaut bien une risée.

À voir la photo, non seulement il n’y a pas de micro , il n’est même pas dans la rue, la porte du garage fermée!

Vous vous êtes tellement fait enfler la tête par les journalistes et les éditorialistes des journaux et des magazines que vous ne tentez même pas de voir ce que le parti conservateur a fait de bien durant son mandat à la tête du pays. Tout ce que vous critiquez c’est le premier ministre Mr. Harper et les quelques ministres québécois. Pourtant on est loin des scandales du parti libéral du temps qu’ils étaient au pouvoir, En ce qui concerne radio-canada ils nous coutent plus de 1 milliard en taxes, alors si on ne les arrêtent pas jusqu’ou vont-ils aller dans leurs folles dépenses. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas fait d’erreurs mais avant de tout critiquer et des foutres dehors on pourrait réfléchir un peu. C’est sûr que si j’étais un artiste je voudrais qu’ils s’en aillent car je risquerais de perdre une grande partie de mes subventions. Si vous voulez savoir combien on a d’artistes au Québec vous n’avez qu’a regarder le bottin de l’union des artistes et ça vas vous donner une idée combien ils nous coutent en taxes et impôts. Roger16

Et combien nous coûte en manque à gagner en taxes, en subventions abusives et en dégâts qui un jour nous paierons tous à nettoyer et à réparer, les entreprises les plus riches au monde, soient entre autres les pétrolières Roger Menard?

Comme vous semblez être bien informé cher Monsieur Ménard, alors peut-être que vous pourriez nous dire combien ils rapportent au système tous ces artistes car eux aussi, comme vous et moi je suppose, paient des taxes et des impôts. Ils font aussi tourner l’économie lorsqu’ils se produisent partout au Québec, en province. Pour ce qui est de Radio Canada il faudrait faire la part des choses et déterminer ce qu’il en coûte au Québec versus le reste du Canada pour en avoir une meilleure idée. Naturellement, il n’y a pas de Commission Charbonneau pour les contrats du Fédéral mais nous n’avons qu’à penser à la réfection extérieur de l’édifice du parlement, aux F18, aux contrats astronomiques pour les hélicoptères, les sousmarins, les portes-avions, etc. pour nous rendre compte qu’ils ne sont pas sans taches vos conservateurs.