Départ de Mario Laprise à la tête de la SQ : et la suite ?

Mario Laprise n’était pas dans les bonnes grâces des libéraux : il était assis sur un siège éjectable, et dans les circonstances, il s’en tire très bien, dit Brian Myles. Mais à l’heure où les policiers ratissent les bas fonds du financement politique illégal, il est impératif d’assurer la séparation absolue entre le monde politique et le monde policier, ajoute le blogueur.

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Photo : Sûreté du Québec

La Sûreté du Québec (SQ) connaîtra, cet automne, son troisième directeur général depuis 2008, à la suite de la «promotion» de Mario Laprise à son ancien poste de directeur de la sécurité industrielle chez Hydro-Québec.

Difficile de croire que le choix du boss de la SQ se fasse à l’abri de l’ingérence politique.
Politique

En octobre 2012, le Parti québécois a dégommé Richard Deschesnes (aujourd’hui accusé de fraude) pour le remplacer par Mario Laprise, un candidat sorti du champ gauche. Les libéraux rendent la pareille aux péquistes en envoyant M. Laprise sur une luxueuse voie de garage, au terme d’un éphémère mandat de moins de deux ans.

La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, a validé les rumeurs persistantes depuis l’élection de Philippe Couillard. Mario Laprise n’était pas dans les bonnes grâces des libéraux. Il était assis sur un siège éjectable, et dans les circonstances, il s’en tire très bien.

M. Laprise était sous contrat à la SQ jusqu’en 2017. En acceptant de retourner à la sécurité industrielle d’Hydro-Québec (son ancien poste) sans faire de vagues, il épargne un psychodrame aux libéraux et une foire d’empoignes assurée à l’Assemblée nationale. Il aurait été proprement impensable, et scandaleux de le congédier sans aucune raison valable.

De son côté, Mario Laprise n’était pas en mesure de tenir tête au gouvernement en s’accrochant à son poste, sans y perdre au change son autorité morale.

Les apparences sont donc sauves, pour les libéraux comme pour Mario Laprise. Mais la mise en scène est fragile. Un directeur général de la SQ qui retourne à ses anciennes fonctions, c’est un peu comme si un juge de la Cour suprême demandait à redevenir juge à la Cour du Québec pour mieux «servir» l’État.

Mme Thériault a dit bien peu de choses, mercredi, au moment de la conférence de presse annonçant le départ de Mario Laprise. Elle n’a pas voulu dire s’il avait sa confiance, tout comme elle ne s’est pas risquée à porter un jugement sur son travail. Rien.

Que reproche-t-on à Mario Laprise ? C’est un mystère. C’est la question centrale à laquelle Mme Thériault ne veut surtout pas répondre.

Au moins, Mme Thériault a fait un pas timide dans la bonne direction en annonçant la création d’un comité de sélection pour choisir le prochain directeur général. Ce comité établira une liste de trois candidats, mais c’est toujours la ministre qui aura le dernier mot.

Hélas ! l’Assemblée nationale ne sera pas impliquée dans ce processus de la plus haute importance. À l’heure où les policiers ratissent les bas fonds du financement politique illégal, il est impératif d’assurer la séparation absolue entre le monde politique et le monde policier.

Les citoyens ont besoin de garanties d’impartialité dans le processus de nomination. Ils ont besoin d’un patron de la SQ qui aura les coudées franches pour que ses enquêteurs frappent à toutes les portes… même celles d’anciens ministres, s’il le faut.

Le comité de sélection est dominé par le monde policier. Y siégeront Marie Gagnon, directrice générale de l’École nationale de police, Robert Lavigne, ex-directeur général de la SQ, Richard Bélanger, ex-policier de la SQ et ex-directeur du Service de police de Châteauguay, et Danièle Montmigny, qui a occupé des fonctions importantes au Conseil exécutif sous le gouvernement de Jean Charest.

Les voix indépendantes, les voix de la société civile, sont absentes de ce comité de sélection. Personnellement, j’aurais bien aimé y voir un criminologue qui connaît la chose policière… sans avoir fait carrière dans les organisations policières. À ce chapitre, il ne manque pas de talent et d’expertise dans les facultés universitaires du Québec.

Le comité de sélection a du pain sur la planche… et ses travaux seront scrutés à la loupe.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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M. Laprise n’avait les bonnes grâces des Libéraux. En effet, Philippe Couillard avait effectivement reçu la visite des enquêteurs de l’UPAC alors que ce dernier était dans l’opposition. Pourquoi garder à la tête de la SQ quelqu’un qui ose frapper à toutes les portes? Concernant le »souhait » de M. Laprise de retrouver ses anciennes fonctions, la très honorable Lise Thériault nous l’annonçait déjà le 4 mai 2014 lors de son passage à l’émission TLMEP https://www.youtube.com/watch?v=nH3Wcf_ApuY
de 4:37 à 4:48
Étonnant, n’est-ce pas?

Pour ce qui est des nominations au comité de sélection des 3 candidats potentiels pour diriger la SQ, notons que Mme Marie Gagnon avait été nommée directrice de l’ÉNPQ en 2010 par le conseil des ministres (alors libéral).
http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/vie-regionale/centre-du-quebec/201008/23/01-4308900-une-nouvelle-directrice-a-lenpq.php

M. Robert Lavigne, quant à lui, nommé en 1988 par le gouvernement libéral de Boubou. Richard Bélanger a été relevé de ses fonctions un an après l’arrivée de la nouvelle mairesse (Nathalie Simon) et que le nom de Sergio Pavone (maire de 1999 à 2009) circule concernant ses conflits d’intérêts à la ville (notons que son nom est revenu à quelques reprises devant la commission Charbonneau et qu’il a été »fiché » par les enquêteurs). M. Bélanger aurait-il été nommé par l’administration pour volontairement fermer les yeux? Et comme le mentionne M. Myles, Mme Danièle Montminy occupait des fonctions importantes au sein du Conseil exécutif sous le très honorable Jean Charest.

On retiendra également (tel qu’entendu à la commission Charbonneau) qu’un comité de sélection est facilement manipulable. D’autant que le ministre responsable à le mot final…

Qu’est-ce qui exactement vous donne à penser que les Libéraux aient quelques griefs à reprocher à monsieur Laprise. Apportez-nous un peu de croustillant, s’il vous plait !

Les citoyens ordinaires que nous sommes, savons que — lors de son mandat — monsieur Laprise eût à faire face et gérer deux crises majeures éprouvantes émotionnellement et très difficiles : la tragédie de lac Mégantic et l’incendie d’une résidence pour personnes âgées de l’Île Verte.

Je conçois objectivement que ce sont dans la vie d’un homme des expériences qui durent être éreintantes. Tout le monde s’accordera selon moi que monsieur Laprise s’est acquitté de ses devoirs avec compétence et abnégation au service de tous.

C’est pourquoi, je puis comprendre qu’il ait pu estimer opportun en commun accord avec la ministre, qu’il était de bon aloi qu’il passe à autres choses suite à ce changement d’administration.

Je ne considère pas que de retourner à ses anciennes fonctions, puisse dans ce cas être évalué comme une déchéance ou encore une sorte de destitution déguisée. C’est un excellent poste que celui qui est de nouveau confié à monsieur Laprise. Quand plus d’une personne sans doute, s’en satisferaient fort bien.

Quant à des voix indépendantes dans le comité de sélection. Je suis d’accord avec vous. Nous avons besoin de transparence dans tous les processus de nomination.

Duplessis doit bien être heureux de constater que ses manières de dominer le petit peuple sont encore à la page.

Aussi les méthodes Charest rides again.

Et pourtant la clique des docteurs nous avaient promis de nouvelles façons de faire.
Mais lorsqu’on a dans ses amis le plus grand fraudeur économique et politique dans différents pays, et donc qui a eu un imposant avant-bras sur la planète, y compris dans son pays d »origine, dans plusieurs ville états-uniennes, en Amérique du sud, à Ottawa: dans nos secrets intérieurs et militaires de la plus haute importance, au Québec, à Montréal, il est permis de penser qu’il puisse avoir déteint tout de même un peu sur nos dirigeants à tout les niveaux.
Déjà que sans lui, nos politiciens avait une très grande propension, contrairement à leurs prétentions, à s’entourer de leurs amis.
Hors pourquoi pas lorsqu’il s’agit du parti?
Mais pourquoi en 2014 encore, lorsque l’on prétend le contraire surtout, lorsqu’on est le gouvernement?

Ici ou ailleurs, ce n’est pas exclusif qu’au Québec comme certains voudraient l’affirmer surtout si c’était le PQ qui était au pouvoir, politiciens croix sur le coeur, qui donc, pourrait me convaincre que j’exagère en disant, que non seulement que cette culture est encore bien présente et l’exercice en cour nous l’exprime bien!
Et pourtant, nous raconte-t-on pas que la justice et la police est indépendante du gouvernement, du politique?
Que de balivernes, que de mensonges, que de pourritures nauséabondes nous sont régulièrement passés pour la juste vérité exercée en toute liberté indépendante des interventions extérieures et dans les règles de l’art!

Que les aveugles et les sourds le restent puisque ce qu’on lit souvent ici comme ailleurs nous prouve qu’ils sont encore très nombreux et malheureusement, ce qui m’attriste le plus, c’est qu’ils ne sont pas que de pauvres ignares tout le contraire! Quand j’étais encore étudiant, à l’époque académique du sens, car tout ma vie je resterai un étudiant, je croyais faussement, mon expérience me l’a apprise que l’éducation et l’instruction était un espèce d’antidote à la malhonnêteté et aux dérapages inconsidérés et injustices. Hors, les années m’ont fait comprendre que trop souvent « la » connaissance était le tremplin idéal pour multiplier les tares de chacun avec plus de subtilité et de savoir faire!
A ce qu’il semble, quand les intérêts personnels passent avant tout, l’honnêteté, la justice, même le « gros bon sens » en prennent un coup! Tout les détours et les détournements deviennent alors permis.
Qui est-ce qui payent par son argent et par sa personne?

À quoi d’autre s’attendre lorsque l’on met un nouveau gouvernement en place. Est-ce que M. Laprise dérangeait à HQ pour que le PQ l’amène près d’eux ? Est-ce qu’il dérangeait le PLQ au point de le retourner à HQ ? Pourquoi ne pas le nommé PDG de HQ et y faire un peu de M. Net ? De toute façon la plupart de nos bons… policiers auront toujours une double carrière incluant une double paie et une double pension et une double ….